Les sculptures impressionnantes de l’artiste Subodh Gupta exposées à la Monnaie de Paris

En travaillant les métaux non précieux comme si c’était de l’or, l’artiste indien Subodh Gupta signe des œuvres monumentales qui rendent hommage à sa culture.

Very Hungry God, 2006. (© Subodh Gupta/Pinault Collection)

C’est une collaboration sous le signe du métal qu’a inaugurée la Monnaie de Paris avec sa nouvelle exposition mettant à l’honneur Subodh Gupta. L’une produit des pièces métalliques depuis 1 150 ans, l’autre transcende cette matière en œuvres d’art. Pour l’institution et pour l’artiste, il est question de laminer, découper, frapper, patiner et ciseler ; de susurrer à l’oreille du métal, que ce soit de l’acier, de l’or, du bronze ou de l’argent ; et de domination et de maîtrise de cette matière commune.

La Monnaie de Paris signe ici la première rétrospective de l’artiste plasticien indien en France, avec "Adda / Rendez-vous", visible jusqu’au 26 août 2018. Dans cette exposition, Gupta présente des œuvres qui reflètent la culture indienne, et surtout sa cuisine traditionnelle et ses ustensiles. Il compare d’ailleurs le pétrissage d’une pâte à la création artistique.

Iconographe de la vie quotidienne

Depuis son enfance dans un village au nord de l’Inde, Subodh Gupta a nourri une passion pour ces ustensiles de cuisine qu’on trouve dans la plupart des foyers indiens des classes moyennes. Il a ainsi fait des sculptures conçues à partir d’ustensiles sa signature. De ce fait, l’exposition nous accueille avec une sculpture-mastodonte d’un crâne étincelant constitué d’ustensiles de cuisine en inox. Son Very Hungry God a fait partie de la Nuit Blanche à Paris, en 2006, et s’est aujourd’hui imposé comme une des vanités les plus célèbres de l’art contemporain, à l’instar de Damien Hirst et son crâne en diamants.

Au fil de sa visite, le spectateur tombera également sur un défilé captivant et mouvant de bentos indiens vides : "D’un côté l’abondance fascine et de l’autre, la faim paralyse". À travers ces objets ordinaires, Subodh veut dépeindre le paradoxe qu’il y a dans la possession d’un acier inoxydable aussi noble, que la plupart des familles indiennes ne peuvent pourtant pas remplir. Son art interroge la manière dont ces objets culturels emblématiques, qui semblent anecdotiques, forgent l’identité entière d’une nation. Sur un panneau à l’entrée de l’exposition, on peut lire :

"La force plastique des sculptures de Subodh Gupta lui a permis de se forger une place de tout premier plan sur la scène internationale. Il pense chacune de ses œuvres comme une accumulation : son histoire personnelle vient s’ajouter à celle de l’Inde où il vit, celle des nombreux pays où il voyage, mais aussi celle du monde qui l’entoure et sur lequel il porte un regard critique, souvent politique. Son œuvre récente continue d’explorer l’histoire de la spiritualité et aborde celle du cosmos."

Jal Mein Kumbh, Kumbh Mein Jal Hai, 2005. (© Genevieve Hanson (photo)/Subodh Gupta. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta et Hauser & Wirth)

La grande Histoire croise la sienne, plus petite, à travers des œuvres allant de la taille d’une pomme de terre à celle d’un éléphant. En mettant en avant ces objets du quotidien, il les érige en "anti-monuments". À travers deux œuvres exposées, l’une représentant une barque chargée d’amphores et l’autre montrant en vidéo les maigres effets personnels de migrants indiens partis pour le Moyen-Orient, Subodh aborde les thèmes du déplacement, de l’exode et le destin des migrants.

Artiste multimédia et visuel, il travaille aussi bien à la vidéo qu’à la sculpture. "La faute à sa mère" qui l’emmenait au cinéma très régulièrement quand il était tout jeune. En hommage au cinéma italien ainsi qu’aux salles de cinéma et aux films qui ont bercé son enfance, il a taillé des sculptures dorées de bobines de films et de vieux projecteurs.

There is always cinema (I), 2008. (© Subodh Gupta/Ela Bialkowska (photo). Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta et la Galleria Continua)

Vue de l’exposition de Subodh Gupta, "Adda / Rendez-vous", Monnaie de Paris, 2018. (© Monnaie de Paris/Martin Argyroglo (photo), People Tree, 2018, The Donum Estate, Sonoma, Californie. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta)

Two Cows, 2003-2008. (© Subodh Gupta. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta et Hauser & Wirth)

Door, 2007. (© Amil Rane et Rohan Mukherjee (photo)/Subodh Gupta. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta)

Only One Gold, 2017. (© Ela Bialkowska (photo)/OKNO Studio/Subodh Gupta. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta et la Galleria Continua)

Vue de l’exposition de Subodh Gupta, "Adda / Rendez-vous", Monnaie de Paris, 2018. (© Monnaie de Paris/Martin Argyroglo (photo), Unknown Treasure, 2017. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta et la Galleria Continua)

Vue de l’exposition de Subodh Gupta, "Adda / Rendez-vous", Monnaie de Paris, 2018. (© Monnaie de Paris/Martin Argyroglo (photo), Unknown Treasure, 2017. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta et la Galleria Continua)

Vue de l’exposition de Subodh Gupta, "Adda / Rendez-vous", Monnaie de Paris, 2018. (© Monnaie de Paris/Martin Argyroglo (photo), Doot, 2003. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta et la galerie Enrico Navarra)

Faith Matters, 2007-2010. (© Subodh Gupta. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta, Hauser & Wirth, Stefan Altenburger Photography Zürich)

Atta, 2010. (© José Luis Gutiérrez (photo)/Subodh Gupta. Avec l’aimable autorisation de Hauser & Wirth)

Jutha, 2005. (© Marc Domage (photo)/Subodh Gupta. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta)

In This Vessel Lies The Philosopher’s Stone, 2017. (© Ken Adlard (photo)/Subodh Gupta. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta et la Galleria Continua)

A Penny for Belief, 2008. (© Subodh Gupta/Pinault Collection)

In This Vessel Lie The Seven Seas; In It, Too, The Nine Hundred Thousand Stars (I), 2016. (© Subodh Gupta. Avec l’aimable autorisation de Subodh Gupta et Hauser & Wirth)

"Adda / Rendez-vous", exposition de Subodh Gupta à la Monnaie de Paris, jusqu’au 26 août 2018.

Rédactrice en chef de Cheese et ex-Sorbonnarde, on ne m’a pas demandé si j’aimais le fromage avant d’arriver ici. Mais j'aime bien le fromage, donc tout va bien.