En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Festival Images : Berndnaut Smilde nous parle de ses nuages en suspension

Berndnaut Smilde est un artiste néerlandais qui crée de véritables nuages en suspension. Ses clichés oniriques sont actuellement exposés au festival Images de Vevey, en Suisse. Rencontre avec un artiste au travail singulier et poétique. 

smilde-4

Nimbus d'Aspremont, 2012. (© Berndnaut Smilde)

Si au premier regard, on pourrait penser que les images à l'esthétique soignée de Berndnaut Smilde sont le résultat d'une habile manipulation numérique, ce n'est pas du tout le cas. En effet, l'artiste néerlandais ne réalise pas ces clichés grâce à des techniques de postproduction mais crée de véritables phénomènes naturels dans des espaces clos. À l'aide d'une machine à fumée, de la vapeur d'eau et d’un produit fixateur, l'artiste façonne de véritables nuages en apesanteur pendant quelques instants. Des sculptures éphémères investissent des lieux insolites comme des musées, galeries, églises, châteaux et même un ancien hôpital psychiatrique.

À travers ses installations in situ, l'artiste porte une réflexion sur ce qu'est une œuvre et quels sont les rapports qu'entretient l'art avec son lieu d'exposition. La série Nimbus est actuellement présentée au festival Images de Vevey en Suisse. À cette occasion, nous avons rencontré l'artiste.

smilde-5

Cliché de Berndnaut Smilde exposé à Vevey. (© Festival Images)

Konbini | Qu'est-ce qui vous a donné envie de capturer des nuages ?

Berndnaut Smilde | J'ai toujours beaucoup travaillé sur les espaces et l'architecture. À un moment donné, je travaillais sur des espaces miniatures, et j'ai pensé que ça pourrait être intéressant d'y exposer des nuages. J'imaginais marcher dans un musée où il n'y aurait rien, pas de peintures sur les murs, juste un nuage exposé dans un coin de la pièce. Donc, j'ai commencé à travailler sur cet espace réduit et j'ai réussi à m'approcher assez vite de ce que j'avais en tête. Je me suis dit que c'était quelque chose sur lequel je pouvais travailler, notamment sur l'aspect éphémère des nuages, et j'ai commencé à travailler dans des endroits réels en créant de véritable de nuages.

Les lieux dans lesquels vous fabriquez vos nuages semblent avoir beaucoup d'importance, comment les choisissez-vous ?

Les nuages sont en réalité des sculptures particulièrement éphémères, qui sont immatérielles, contrairement aux espaces. L'art fonctionne souvent dans des espaces d'exposition, les lieux et les œuvres  sont liés et se répondent d'une certaine manière. C'est aussi ce que j'essaie de faire avec les nuages. Je suis d'ailleurs toujours à la recherche de nouveaux éléments architecturaux, de nouveaux endroits où les nuages pourraient investir l'espace.

Ces nuages ont-ils une signification ?

Oui, ce qui est très intéressant, c'est surtout les idées qu'on peut projeter sur les nuages. À travers les époques de l'histoire, nous n'avons pas toujours compris ce qu'était la météo, d'ailleurs on ne le comprend toujours pas entièrement puisque c'est quelque chose que nous ne pouvons pas vraiment contrôler. Pour les gens, il y a souvent une signification derrière les nuages, je joue avec ces symboles. Un nuage dans un espace clos peut représenter quelque chose de positif mais peut aussi être vu comme quelque chose de menaçant. Il y a vraiment plusieurs manières de les interpréter, c'est ce que je tente de questionner.

smilde-7

Nimbus Dumont, 2014. (© Berndnaut Smilde)

Vous les réalisez grâce à un procédé technique complexe, avez-vous eu des difficultés à obtenir un résultat satisfaisant ?

Au début oui, j'ai essayé tout un tas de choses, puis j'ai décidé de travailler avec de la brume et de l'eau, car c'est vraiment la meilleure technique que j'ai pu trouver pour capturer les nuages en un très court instant. Les espaces dans lesquels je travaille sont plutôt froids, je pulvérise de l'eau à certains endroits, j'ajoute de la fumée et un nuage apparaît. J'ai juste le temps de faire quelques images.

Dans ce genre de configuration, la lumière est-elle difficile à contrôler ? 

Ça dépend des lieux, en général je passe quelques jours ou même une semaine pour apprendre à la gérer. Connaître le lieu, les lumières, le décor. Parfois, je bloque les fenêtres, je regarde aussi comment créer le nuage, quelle forme lui donner… Je pense aussi à la façon dont je veux qu'il grandisse. Je ne peux pas tout contrôler entièrement, j'ai souvent des images en tête mais réussir à les créer précisément est assez compliqué.

Avez-vous le sentiment que votre travail est à la frontière entre l'art et les sciences ?

Pas vraiment, je ne suis pas un scientifique mais plutôt un créateur, j'utilise tout ce que je peux pour réaliser mes images. À présent, je travaille aussi en décomposant des lumières pour insérer des arcs-en-ciel dans des paysages, je recrée ce phénomène naturel dans le décor. Mon travail artistique a des aspects scientifiques mais ce n'est pas le plus important. Je soigne beaucoup plus le plan visuel et le message qui se dégage.

smilde-3

Nimbus Green Room, 2013. (© Berndnaut Smilde)

Avez-vous l’impression de contrôler la nature ?

On dirait, n'est-ce pas ? [Rires.] On me dit souvent ça, c'est surtout parce que mes images reflètent quelque chose d'impossible. Mais ce n'est pas du tout le propos de mon travail, je ne peux pas contrôler la nature, en revanche ce que j'apprécie c'est de la comprendre et de jouer avec !

Pensez-vous que créer un nuage est une nouvelle forme de sculpture ?

Pas une nouvelle forme mais, oui, c'est une présence physique dans un espace, une sorte de sculpture connectée à l'environnement qui l'entoure. Que ce soit pour les arcs-en-ciel ou les nuages, ils ne sont même pas matériels, on ne peut pas vraiment les toucher. Malgré tout, j'aime l'idée que ce soit à la fois des éléments présents physiquement, tout en étant très volatils. J'y vois effectivement une sorte d'association avec la sculpture.

Est-ce que l’acte photographique a une importance pour vous ou est-ce seulement un moyen d’immortaliser une installation ?

La photo, comme la vidéo sont en effet des moyens de capturer mon travail parce qu'il est éphémère. Mais la photo est le plus important pour moi, c'est un cadre précis qui retranscrit les idées que je veux diffuser, questionne sur ce que l'image d'un nuage peut représenter. Toutes ces installations sont réalisées dans le but d'obtenir des photographies, l'image est vraiment le centre de mon travail.

Considérez-vous que l'éphémère est votre thème de prédilection ? 

Oui, je travaille beaucoup la question de l'éphémère. J'aime l'idée que quelque chose n'est pas toujours là, qu'il va disparaître. C'est ce qui se passe avec ces nuages, mes photographies documentent un moment qui a eu lieu mais qui n'existe plus, les lieux sont à nouveau vides. C'est une notion centrale qui m'inspire beaucoup.

smilde-2

Nimbus II, 2012. (© Berndnaut Smilde)

Quels sont vos projets pour l'avenir ? 

Pour le moment, je travaille sur des vidéos en slow motion, toujours sur les nuages. Je suis intéressé par la manière dont les nuages grandissent, changent de forme et de lumière. Ce travail est très différent, il est en mouvement maintenant, et cette fois-ci, il est réalisé sur fond noir. D'un seul coup, il n'y a plus de notion d'échelle, il est impossible d'avoir une idée de la taille du nuage, il pourrait à la fois être monumental ou extrêmement petit ...

D'ailleurs, comment est-ce que vous décidez la taille de vos nuages ? 

Ça dépend des espaces, j'ai souvent une idée au préalable, de la forme et de la taille que je souhaiterais avoir, puis je fais des tests pour trouver les bonnes proportions. Je suis également limité techniquement, je ne peux pas faire des nuages de quatre ou cinq mètres, sinon ça ne fonctionne pas. Je peux fabriquer au maximum des nuages de deux mètres, deux mètres et demi. Mais ça ne me dérange pas, je trouve ça bien de garder des proportions humaines et de le fixer dans l'espace.

Quels sont les photographes qui vous ont inspiré durant votre parcours ? 

J'aime beaucoup l'aspect scientifique des œuvres d'Olafur Eliasson, qui travaille aussi sur les phénomènes naturels, je m'intéresse aussi beaucoup à ce que produit Pedro Cabrita Reis, un artiste portugais qui porte une vraie réflexion sur l'architecture et notre rapport aux espaces.

smilde-8

Nimbus Bonnefanten, 2013. (© Berndnaut Smilde)

smilde-6

Berndnaut Smilde, Spectrum Mu, 2016. Klokgebouw, Eindhoven. (© Hanneke Wetzer)

smilde-9

At Teresa's, 2015, Boulder. (© Ascended Lens Visuals)

Les photos de Berndnaut Smilde sont exposées au festival Images de Vevey jusqu'au 2 octobre 2016.