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Le gouvernement italien veut interdire les photos au bloc opératoire

Du "selfie-scalpel" à l'image d'un thorax ouvert, les photos prises à l'hôpital, pendant des opérations, affluent sur les réseaux. Afin de protéger la dignité des patients et d'assurer leur protection, le gouvernement italien a décidé de prendre des mesures et d'interdire les photos au sein du bloc opératoire. 

À l'ère des réseaux sociaux, il est d'usage de documenter son quotidien et cela inclut souvent son travail. Ainsi, le hashtag #OfficeLife est couru des instagrameurs qui tentent souvent de rendre leur vie professionnelle un peu plus passionnante. Si la tendance n'est pas bien méchante, elle peut devenir dangereuse lorsqu'elle met en péril le bon déroulé de quelque chose d'aussi précis et délicat qu'une opération chirurgicale par exemple.

C'est pourtant une mode qui prend de l'ampleur : sur les réseaux, pullulent les selfies de chirurgiens vêtus de leurs blouses et masques, mais aussi des images des opérations chirurgicales elles-mêmes, à travers des hashtags tels que #SalaOperatoria#BlocOperatoire ou #SurgicalProcedure.

Le journal Marianne a rapporté ce lundi 17 avril la décision de la ministre de la Santé italienne, Beatrice Lorenzin, de mettre en place de mesures visant à contrer cette mode. Lorenzin a ainsi adressé une lettre à l'Ordre des médecins italiens en proposant "un système de sanctions contre les médecins addicts aux selfies au nom du respect de la liberté individuelle". "Ces selfies offensent la dignité des malades", poursuit la ministre italienne, qui dénonce le côté "voyeur et un peu gore" de ces images.

La représentante du gouvernement n'est pas la seule à s'élever contre ces pratiques. Des associations de défense des droits des malades souhaitent elles aussi dénoncer ces procédés moyennement rassurants pour les patients et leurs familles, d'autant plus que les images n'ont aucun but documentaire. Celles-ci visent plutôt à raconter une journée au travail, plutôt riche en hémoglobine.

Un phénomène international et dangereux

Dans un milieu où des gens mettent littéralement leur vie entre les mains de ces professionnels, il n'est pas étonnant de voir ce genre de polémique enfler. Marianne précise d'ailleurs qu'une image en particulier avait posé problème, celle "d'une équipe médicale souriant devant l'objectif avec en premier plan un patient qui mourra quelques heures plus tard en sortant du bloc opératoire".

Cependant, ce phénomène n'est pas propre à la botte de l'Europe. En France comme ailleurs, le personnel soignant partage sur Instagram des images tout droit sorties du bloc opératoire. Entre les selfies inoffensifs tout sourire, les photos de chirurgiens et chirurgiennes occupés à opérer un patient et les zooms sur des parties d'entrailles à l'air libre ou des organes détachés de leur propriétaire, le réseau est une caverne d'Ali Baba du gore et du bizarre.

Cette prise de conscience du gouvernement italien permettra peut-être aux principaux intéressés de remettre en question leurs pratiques douteuses et leur rapport à l'hygiène, leur permettant de trouver une limite entre les photos qui permettent de souffler au travail et celles qui engagent l'intimité des patients, alors dans une position plus que vulnérable. Cela donne au passage un coup au serment d'Hippocrate qui impose le secret médical : "Admis(e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés." En 2017, la diffusion de photos peu ragoûtantes sur les réseaux va à l'encontre de ce droit à l'intimité.