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Jacqui Kenny compile les plus belles vues de Google Street View pour combattre son agoraphobie

Jacqui Kenny n’est pas une photographe professionnelle. Un jour, elle s’est surprise elle-même en enchaînant les captures d’écran de lieux qui lui plaisaient sur Google Street View.

Encouragée par ses proches, Jacqui Kenny sillonne Google Street View pour faire des captures d’écran et se constituer une collection de lieux inspirants. Elle se définit comme une "agoraphobic traveller" (voyageuse agoraphobe) et après avoir commencé son exploration, elle a pris conscience d’un autre élément : ce voyage virtuel lui permet d’affronter son agoraphobie et ses angoisses, dont elle souffre depuis des années.

Armée de son extrême patience et de son œil affûté, Jacqui Kenny a pu voyager en une journée aux quatre coins du monde en restant figée devant son ordinateur, depuis l’Angleterre. Du chapiteau de cirque péruvien au couple de chameaux aux Émirats arabes unis en passant par un cactus sur un rond-point perdu dans l’Arizona, les sélections insolites de ses Street View Portraits nous fascinent.

Déjà 27 000 captures d’écran du monde entier

Passionnée de photographie et de technologie, Jacqui Kenny soigne ses angoisses par des découvertes exotiques en parcourant virtuellement le monde entier à bord du camion Google. Elle aimerait pouvoir être aux commandes d’un tel voyage dans la réalité mais malheureusement, comme beaucoup de personnes victimes d’agoraphobie, elle est incapable de mettre un pied dehors. Voyager entraîne chez elle un violent sentiment d’insécurité et des crises de panique.

Cette esthète a commencé ce projet il y a plus d’un an, lorsque l’entreprise de production numérique qu’elle dirigeait a dû mettre la clé sous la porte. Avant cela, elle était dans l’industrie du cinéma ; elle assemblait des supports visuels pour les metteurs en scène. En fait, si l’œil de Jacqui est particulièrement vif, c’est en partie grâce à sa curiosité picturale, qu’elle a su nourrir et mêler à son goût du numérique tout au long de ces années.

Cette collection de captures d’écran lui permet ainsi de survoler le globe comme elle en rêve, en trompant ses angoisses. Qui aurait pu croire à première vue que ces sublimes images de villes et de paysages viennent de Google Street View ?

Un voyage virtuel dont l’unique boussole est la recherche de l'esthétique

L’une des plus grandes frayeurs de Jacqui Kenny est de prendre l’avion. Un handicap qu’elle regrette profondément en raison de la forte attirance qu’elle ressent pour les paysages lointains. Ainsi, Jacqui transforme cette frustration immense en inépuisable persévérance, qui lui permet de passer des heures devant son écran à la recherche des pépites visuelles qui se cachent dans Google Street View.

Elle nous explique qu’elle aime la lumière des pays situés tout près de l’Équateur, ainsi que celle des pays qui en sont très éloignés. En effet, les images de ces deux zones sont soit extrêmement lumineuses, soit ne le sont quasiment pas. La lumière joue un grand rôle dans l’itinéraire virtuel que poursuit Jacqui Kenny ; par exemple lorsque le soleil est très puissant et que les ombres sont démesurées, comme sur les images d’arbres massifs.

Aussi, elle favorise les images avec une lumière permettant d’accentuer les couleurs vibrantes que "l’on retrouve dans le style et l’architecture de l’Amérique latine", comme elle le fait remarquer. À la recherche de la clarté limpide certains jours, et le lendemain en quête d’images pâles et embrumées, Jacqui se laisse guider par son œil cinématographique avisé :

"Je suis une grande fan des jardins désertiques, c’est pourquoi je suis attirée par les lieux comme l’Arizona aux États-Unis. J’aime particulièrement les villes poussiéreuses, le camion Google agite la poussière ambiante offrant ainsi à l’image une impression de lieu extraordinaire."

Comme des décors de films

Jacqui Kenny s’est découvert une préférence pour les petits villages reculés. Ces lieux isolés lui permettent d’appréhender le phénomène d’isolation à travers l’utilisation spatiale du vide qui apparaît sur les images. "L’isolation" de ces lieux leur donne une apparence de paysages étranges venus d’un autre monde, comme le sont les décors de films.

Déconnectés géographiquement, ces lieux deviennent de vrais théâtres de fiction qui inspirent Jacqui Kenny et renouvellent sans cesse son appétit pour cette quête virtuelle :

"Je suis une grande cinéphile, j’adore rechercher ces endroits qui ont un côté cinématographique. J’imagine perpétuellement mes images comme des lieux pour un film. Il m’arrive même de jouer la scène dans ma tête."

Il n’est pas difficile d’en faire autant lorsque l’on circule d’image en image sur son compte Instagram. Impossible de ne pas se laisser aller à la rêverie cinéphile lorsque l’on voit ce gang de chameaux du Moyen-Orient traversant une route tranquillement. "Les photos qui m’attirent n’ont pas besoin d’être retouchées, un léger affinage sur Instagram ou Photoshop suffit", précise Jacqui.

Le réel et le hasard : deux ingrédients de merveilles visuelles

Ces moments photographiés par le camion Google sont de véritables bijoux du hasard, collectés avec minutie par cette passionnée de photographie, munie d’une patience infinie. La collection de Jacqui Kenny est dotée d’une belle harmonie aérienne et onirique, et témoigne de son attirance pour les images qui laissent une grande place au vide.

L’ensemble de ses captures d’écran donnent l’impression d’appartenir à un univers irréel mais serein. Ses images sont toutes imprégnées d’une belle étrangeté, douce et enivrante, qui accentue le contraste avec leur provenance. Google Street View est pourtant une application d’utilité publique pour se localiser. Il s’agit de paysages réels pris en photo de la manière la plus aléatoire possible et dans un cadre purement utilitaire. Mais Jacqui Kenny transforme ainsi un outil pragmatique en support artistique et féerique.

Elle a su transcender son handicap en combinant à la fois son goût pour la photographie, les nouvelles technologies et sa frustration extrême de ne pouvoir partir à la découverte des paysages lointains. Le pari est réussi et est porteur d’espoir sur les effets collatéraux des heures passées devant un écran d’ordinateur : "Je ne m’arrêterais pas tant que je trouve quotidiennement des images qui m’intéressent et me captivent."