En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Comment Kodak a loupé son tournant vers le numérique dans les années 1970

Savoir miser au bon moment sur la bonne innovation n’est pas chose facile. Steven Sasson, inventeur du premier appareil photo numérique au monde, raconte comment Kodak n’a pas cru au potentiel de ses découvertes.

© Camille Minouflet/Unsplash

Si la photographie numérique fait aujourd’hui totalement partie de nos vies – entre nos feeds Instagram et nos timelines Facebook –, cela n’a évidemment pas toujours été le cas. Pour certains, la photographie digitale semblait même n’avoir aucun intérêt, être un mauvais pari sur l’avenir…

Comme le relate le New York Times, en 1973, un jeune ingénieur de 24 ans nommé Steven Sasson travaillait pour la société Eastman Kodak. Après deux ans de bons et loyaux services dans l’entreprise, l’ingénieur particulièrement avant-gardiste a inventé le premier appareil photo numérique au monde. Le créateur revient sur cette période :

"C’était plus qu’un simple appareil photo. C’était un système photographique qui démontrait la possibilité d’un appareil de prise de vues totalement électronique, qui ne nécessitait pas de pellicule, pas de papier, ni aucun autre consommable pour capturer et afficher les images."

L’appareil pesait plus de 3,6 kg, était capable de prendre des photos en noir et blanc de 0,1 mégapixel et de les enregistrer sur cassette. Si la technologie permettait de capturer une image en 50 millisecondes, il fallait tout de même 23 secondes pour pouvoir l’enregistrer sur bande et l’afficher sur un écran de télévision classique.

"Personne ne voudra jamais regarder des images sur un écran de téléviseur !"

L’ingénieur a donc fait la démonstration de ses découvertes à certains cadres de Kodak, qui n’ont pas su voir leur potentiel, comme l’explique Sasson :

"Ils étaient convaincus que personne ne voudrait jamais regarder ses images sur un écran de téléviseur. La photo existait uniquement sur papier et ce depuis plus de 100 ans, personne ne se plaignait des tirages et ils étaient très peu coûteux…"

Les principales objections venaient de l’équipe marketing de l’entreprise qui y voyait un problème de positionnement. À l’époque, Kodak contrôlait toute la chaîne de production d’une image et gagnait de l’argent à toutes les étapes : ils vendaient des appareils Kodak, des pellicules Kodak, du papier Kodak, et les films étaient développés par l’entreprise avec des émulsions Kodak. L’avènement du numérique symbolisait pour eux la perte de nombreux marchés. Plutôt que d’anticiper et d’investir dans cette voie, l’entreprise a accepté sans enthousiasme de déposer un brevet et a permis à Steven Sasson de continuer ses recherches sur les appareils numériques, la compression et les cartes mémoires, sans investir particulièrement dans ce nouveau marché.

Ce n’est que 18 ans plus tard que la marque a compris son erreur et a adopté son grand virage vers le numérique, en commercialisant son premier appareil. Si les recherches de Sasson ont rapporté des milliards à l’entreprise, grâce au brevet déposé dans les années 1970, la marque s’est lancée bien trop tard sur le marché et Eastman Kodak a fait faillite en 2012.

En 2009, le président Obama a décerné à Steven Sasson la médaille nationale de la technologie et de l’innovation lors d’une cérémonie à la Maison-Blanche et son premier appareil photo numérique est actuellement exposé au musée national de l’Histoire américaine.