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En inversant les rôles, ces photos soulignent les disparités sociales entre les femmes blanches et non-blanches

Pour le magazine O, The Oprah Magazine, de Oprah Winfrey, le photographe Chris Buck a livré une série qui inverse les rapports de pouvoir et les positions sociales entre femmes blanches et non-blanches.

C’est autour des représentations raciales et des stéréotypes que le photographe et réalisateur américain Chris Buck a pensé sa dernière série Let’s Talk About Race, réalisée en exclusivité pour les pages du magazine d’Oprah Winfrey qui consacrait son numéro de mai aux questions raciales.

La série est vite devenue virale après qu’une étudiante en journalisme, @jaeralde, d’origine philippine, chinoise et américaine, a tweeté quelques images extraites du magazine en légendant : "Retournées et inversées - les perspectives sur la question raciale."

Une série consacrée aux rôles des femmes

Afin de lever le voile sur le déterminisme social et racial, Lucy Kaylin (la rédactrice en chef du magazine) et Chris Buck ont voulu concentrer la série autour des femmes. Pour cela, le photographe a réalisé des scènes de vie qu’on peut voir tous les jours et dans lesquelles il a inversé les rôles des femmes en plaçant systématiquement la femme blanche dans une position sociale se référant aux stéréotypes des femmes non-blanches, établis par notre société.

De cette manière, l’inversement des rôles rend les scènes plus percutantes que celles auxquelles on a affaire au quotidien et que la société trouve "normales" et "courantes" : des femmes blanches font des pédicures à des femmes asiatiques se racontant des potins et riant à gorge déployée ; une petite fille contemple un rayon de poupées exclusivement noires auxquelles elle ne peut s’identifier ; une servante blanche allaite le bébé d’une femme noire, ou remplit la tasse de thé d’une femme hispanique… Le projet aborde le thème épineux de la "suprématie blanche" et du manque de représentations positives dont sont victimes les communautés asiatiques, noires et hispaniques (entre autres).

Quand on regarde les images, on prend vite conscience du fossé social et racial qui persiste encore aujourd’hui dans différents corps de métiers, dans le rapport à "l’étranger", et qui rappelle l’Histoire à une plus grande échelle. De ce fait, cette série de photos (à laquelle on pourrait reprocher de généraliser et de grossir les traits) témoigne de manière juste des fossés qui existent encore et qui font partie des représentations que se font la plupart à propos de certaines communautés. Bien sûr, à notre époque, toutes les femmes asiatiques, noires et hispaniques ne sont pas exclusivement cantonnées à ce genre de professions et positions sociales.

Un dialogue complexe autour de la question raciale et de la justice sociale

À travers une approche et une discussion complexes autour de la question raciale, sociale et des rapports de pouvoir entre femmes et entre communautés, Buck confie au site Mic qu’il y a un bon nombre d’interprétations à se faire en regardant les photos. En tant qu’homme blanc, Buck avoue qu’il n’a pas été facile pour lui d’aborder le sujet car il observait toutes ces mises en situation à travers son propre prisme et "son monde" d’homme blanc. Mais les multiples interprétations faites par des personnes issues d’autres communautés que la sienne lui ont en quelque sorte ouvert les yeux.

La baseline qu’il a utilisée pour décrire son projet au site Mic se résume à :

"Quand vous voyez une image de quelqu’un d’origine et de milieu social différents, qu’est-ce que vous attendez d’eux ? Pourquoi attendons-nous certaines choses de la part de quelqu’un de couleur, pourquoi attendons-nous qu’il serve un autre individu ?"

Chris Buck ajoute qu’il est "essentiel dans son travail d’engager la conversation autour de la race et de la justice sociale". Il justifie le succès de sa série par l’honnêteté de leur approche : "En tant que photographe résidant aux États-Unis, il est important de me plonger dans des histoires comme celles-ci, de les nuancer et de les rendre intéressantes. C’est mon travail."

La rédactrice en chef explique, quant à elle, que le but de ce projet était de débattre "honnêtement et passionnément" autour de la question raciale. Un dialogue lancé et voulu par Oprah Winfrey elle-même :

"C’était un sujet qui a toujours été dans nos esprits et Oprah Winfrey nous a poussés à l’aborder vraiment. La chose principale que nous voulions faire était de traiter 'de l’éléphant dans la pièce' : de la question raciale comme un problème épineux dans notre culture, et de toutes les tensions que ce problème soulève.

Donc, faisons notre part du travail, soyons honnêtes et compatissants dans notre conversation, à travers laquelle les différentes communautés peuvent se sentir écoutées et nous apprendrons tous quelque chose de cela - comment nous pouvons faire mieux et passer à autre chose."

Rédactrice en chef de Cheese et ex-Sorbonnarde, on ne m’a pas demandé si j’aimais le fromage avant d’arriver ici. Mais j’aime bien le fromage, donc tout va bien.