Le photographe de guerre américain David Douglas Duncan s’est éteint à l’âge de 102 ans

Ami de Pablo Picasso, qu’il a photographié dans une réelle intimité, et connu pour ses photos de la guerre de Corée en 1950, David Douglas Duncan est mort le 7 juin, en début de soirée, à Grasse.

© Ray Fisher/The LIFE Images Collection/Getty Images

C'est une triste nouvelle que le musée Picasso d'Antibes a annoncé aujourd'hui : le photographe américain David Douglas Duncan, dit "DDD", s'est éteint hier à l'âge de 102 ans à l'hôpital de Grasse. "Il est mort des suites d'une pneumopathie entouré de ses proches", a déclaré Jean-Louis Andral, le directeur du musée d'Antibes.

Depuis les années 1960, il vivait sur la Côte d'Azur et fréquentait le peintre espagnol Picasso et sa famille. "Il vivait dans un domaine de Castellaras sur la commune de Mouans-Sartoux. Il avait rencontré Picasso en 1956 et ils sont restés très amis jusqu'à son décès en 1973, puis par la suite avec sa veuve Jacqueline et sa fille Catherine", ajoute le directeur du musée. Il a d'ailleurs réalisé les dernières photos de Picasso avant sa mort.

De lui, Claude Picasso disait : "Un monument. Il était là, comme un membre de la famille. On n'y prêtait pratiquement pas attention. Sauf lorsqu'il se faisait disputer comme un enfant, parce qu'il ne nous rejoignait pas assez vite autour de la table du déjeuner, occupé à régler ou à nettoyer ses appareils. C'était sa vie. Être un photographe, et c'est tout."

Militaire et reporter engagé

"Quelle vie ! Repose en paix David Douglas Duncan."

Marine durant la Seconde Guerre mondiale, David Douglas Duncan s'est passionné pour la photographie en documentant le quotidien des soldats. Travaillant pour le magazine Life, il a couvert la guerre de Corée en 1950 et a publié son premier livre This is war!, un an après, devenu best-seller aux États-Unis. Le Huffington Post rapporte que dans la préface de cet ouvrage, on pouvait lire : "Pas d'apothéose dans ce livre, ni de conclusion fracassante. Juste le désir de montrer un peu ce qu'un homme doit subir quand son pays décide d'entrer en guerre." Avec une grande générosité, il a cédé les droits d'auteur de ce livre aux veuves et orphelins des marines morts au combat.

La manière dont il s'est fait repérer par le magazine Life, pour lequel il a entre autres couvert la fin de l'empire des Indes ainsi que de nombreux conflits en Turquie, en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient durant sa carrière, est de l'ordre du scoop fortuit. En effet, Duncan, alors âgé de 18 ans et armé d'un appareil photo offert par sa sœur, a pris des photos de l'incendie de l'hôtel Congress, à Tucson en 1934. Dans cette série, on voit revenir sur plusieurs images un drôle de client qui essaye de convaincre les pompiers de le laisser entrer et qui tente de regagner sa chambre pour récupérer ses affaires.

Le lendemain, DDD apprend que ce client, qu'il a photographié par hasard, n'est autre que l'ennemi public numéro 1, John Dillinger, le célèbre braqueur de banques, qui a été arrêté avec sa bande le soir même de l'incendie. Ce dernier voulait remonter dans sa chambre pour récupérer le butin d'un vol au cours duquel il avait tué un policier. En 1942, Duncan part à la guerre. À son retour, quatre ans plus tard, Life l'embauche.

Véritable pacifiste, il a connu trois guerres en tant que soldat ou reporter : la guerre du Pacifique et la guerre du Viêt Nam en plus de la guerre de Corée qui l'a profondément marqué. Après la guerre du Viêt Nam, il sort deux livres Protest! (1968) et War Without Heroes (1970) dans lesquels il s'insurge contre la manière dont le gouvernement américain menait cette guerre.

De la Russie à l'Iran, il a mené une vie d'aventurier avec son chien Yo-Yo et sa Mercedes. Ce témoin des tragédies de notre monde était considéré comme un des photojournalistes les plus influents de sa génération et laisse derrière lui des reportages inoubliables.

© Life

Rédactrice en chef de Cheese et ex-Sorbonnarde, on ne m’a pas demandé si j’aimais le fromage avant d’arriver ici. Mais j'aime bien le fromage, donc tout va bien.