Entre kitsch, subversion et passion dévorante, retour sur le succès populaire du roman-photo

Drame, sentiments et trahison : découvrez ou redécouvrez l’univers du roman-photo au Mucem.

Scénographie de l’exposition "Roman-Photo" au Mucem. (© François Deladerrière)

Jusqu’au 28 avril prochain, le Mucem – musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée — fête les 70 ans du roman-photo à travers son cycle d’expositions. Né en Italie en 1947, le roman-photo a connu un succès fulgurant et a été un incontournable de la littérature populaire durant plus d’une vingtaine d’années : des millions de lecteurs se sont arraché ces best-sellers, et un Français sur trois lisait des romans-photos dans les années 1960.

Malgré ce succès incontestable, le roman-photo est souvent méprisé. Perçu comme un sous-genre vulgaire, qualifié de "littérature de boniche" sans aucun intérêt, le roman-photo n’a que très rarement retenu l’attention des historiens de l’image, des musées et autres institutions. C’est justement parce qu’il n’appartient pas à une culture élitiste et "noble" que le Mucem s’est emparé du sujet. Intéressé par la culture populaire et la littérature de gare, le musée a eu envie de consacrer une exposition à cette industrie culturelle de masse. Marie-Charlotte Calafat, commissaire de l’exposition, explique :

"Pour le Mucem, il était important de traiter du roman-photo en tant que phénomène de société. De sa naissance durant l’après-guerre à la façon dont il a su évoluer – ou pas – avec son temps. Il n’y a encore jamais eu d’exposition rétrospective sur ce sujet, alors que le roman-photo a constitué l’un des plus grands succès de la culture populaire du XXe siècle. Il a généré une véritable industrie, produisant des millions de clichés pour des millions de lecteurs et lectrices."

Un témoin de la société et de son temps

À l’eau de rose, les histoires des romans-photos sont souvent abracadabrantesques : trahisons, jalousie et cœurs brisés rythment les scénarios. Ainsi, l’exposition du Mucem ne cherche pas à présenter le roman-photo comme de la grande littérature, mais se questionne plutôt sur la manière dont le genre a été un témoin de la société et de son temps. Frédérique Deschamps, commissaire de l’exposition, explique que le roman-photo est un "formidable sismographe" de la société des Trente Glorieuses :

"Ces contes de fées modernes, ancrés dans le réel, sont peuplés de réfrigérateurs, de voitures, de tourne-disques, signes tangibles de la modernité et objets de désir. En faisant défiler ces images, nous retraçons donc aussi l’évolution d’une époque et de ses envies, l’émancipation de la femme et celle des mœurs."

À travers plus de 300 objets – revues, photographies originales, maquettes, films, etc. – l’exposition retrace une époque, ses rêves et ses peurs. Si elle s'attache à témoigner d’une période de l’histoire, l’exposition met aussi en lumière de belles images, encore peu connues, notamment une série de clichés issue de la collection de l’éditeur italien Mondadori. On y retrouve aussi des images de Raymond Cauchetier, photographe de plateau de nombreux films de la Nouvelle Vague – comme À bout de souffle ou encore Jules et Jim – et créateur de nombreux romans-photos. On découvre aussi plusieurs célébrités ayant tourné dans des romans-photos comme Sophia Loren, Mireille Mathieu, Dalida, Hugh Grant ou encore Johnny Hallyday.

Un nouveau procédé narratif

Le roman-photo a été critiqué du fait de son succès. Accusé de mièvrerie, de bêtise, il est condamné par certains auteurs comme Roland Barthes, qui le déclare "plus obscène que Sade". Et pourtant, si le roman-photo n’a peut-être pas brillé pour ses aspérités scénaristiques, il est tout de même innovant par sa forme et convoque à la fois le cinéma, la bande dessinée et la photographie.

Cette narration protéiforme a ouvert un nouveau champ des possibles dans la création. Il a alors été repris dans des domaines totalement différents : de la propagande en passant par l’humour jusqu’à la pornographie. En effet, le Mucem consacre un large espace au roman-photo érotico-sadique intitulé Killing – connu en français sous le nom de Satanik – sorti à la fin des années 1960.

On remarque aussi que le roman-photo a été particulièrement parodié, notamment par Fluide Glacial ou encore Les Nuls. Il a aussi influencé la création artistique. Nous nous souvenons tous de la cultissime Jetée de Chris Marker, film expérimental réalisé uniquement à partir de photo, œuvre que le réalisateur a qualifié de "photo-roman". L’exposition se termine par une installation d’Eugènia Balcells, artistique contemporaine féministe, qui a utilisé le roman-photo pour questionner la place de la femme dans notre société.

S’il était lu par nos grands-mères, on peut remarquer que le roman-photo a eu un véritable impact dans notre société, et que son économie a su survivre à de nombreuses crises de la presse. Nous Deux, magazine connu pour ses romans-photos sentimentaux, se tire encore à 350 000 exemplaires par semaine et se lit désormais sur un iPad. À présent entré au musée, le roman-photo n’a pas dit son dernier mot.

Gioventù Delusa, 1967. (© Fondation Arnoldo et Alberto Mondadori)

Scénographie de l’exposition "Roman-Photo" au Mucem. (© François Deladerrière)

Qualcosa che si chiama onore. (© Fondation Arnoldo et Alberto Mondadori)

À bout de souffle en roman-photo. (© Raymond Cauchetier/Mucem/Yves Inchierman)

Gioventù Delusa. (© Fondation Arnoldo et Alberto Mondado)

Satanik, extrait de 1967. (© Josselin Rocher)

"Roman-Photo", du 13 décembre 2017 au 23 avril 2018 au Mucem à Marseille.

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