Une statue de la honte à l’effigie d’Harvey Weinstein érigée à Hollywood

Harvey Weinstein a fait une récente apparition à Hollywood sous une forme assez inattendue.

© Plastic Jesus & Joshua "Ginger" Monroe

Loin du Walk of Fame, Harvey Weinstein a récemment été sculpté et littéralement érigé en grand prédateur sexuel par deux artistes, Plastic Jesus (qui réalise chaque année pour la cérémonie des Oscars des sculptures satiriques sur le monde d’Hollywood) et Joshua "Ginger" Monroe, à qui nous devons une sculpture de Donald Trump nu (qui avait donné lieu à un réel mouvement contagieux).

Si la statue de Donald Trump a été retirée, celle d’Harvey Weinstein, qui a été installée deux jours avant la 90e cérémonie des Oscars, trône encore à l’intersection entre Hollywood Boulevard et La Brea Avenue ; les passants pourront continuer de la prendre en photo (ou lui faire des doigts d’honneur) pendant quelque temps.

Mettre en lumière l’hypocrisie hollywoodienne

Cette statue représente Harvey Weinstein en robe de chambre débraillée, assis sur un sofa, tenant un Oscar contre sa bedaine et invitant les passants à s’asseoir à ses côtés. On pourrait y voir un hommage avec sa taille grandeur nature et sa couleur dorée et noble, mais il s’agit bien d’une statue de la honte que les deux artistes Plastic Jesus et Joshua "Ginger" Monroe ont réalisée.

L’inscription ironique "Casting Couch" qui figure sur le socle est là pour rappeler les pratiques plus que contestables de l’ex-producteur américain et les nombreuses agressions dont on l’accuse. Cette sculpture leur a demandé deux mois de travail. Ils ont apporté un soin tout particulier à la réalisation de la tête et du haut du corps en moulant habilement le visage d’un de leur ami qui avait un air d’Harvey Weinstein, avec sa corpulence et sa barbe de trois jours.

© Plastic Jesus & Joshua "Ginger" Monroe

Avec cette œuvre, Plastic Jesus et Joshua "Ginger" Monroe ont voulu mettre en lumière l’hypocrisie de l’industrie cinématographique et d’Hollywood avec une pointe d’humour et d’ironie. Ils (se) questionnent ainsi (sur) la société en rebondissant bien souvent sur l’actualité à travers leurs installations corrosives, sans pour autant tomber dans un message anarchiste et révolutionnaire.

Ici, le duo pointe du doigt le fait que le système hollywoodien a couvert à plusieurs reprises les allégations d’agression sexuelle de ce prédateur sexuel et que cette même institution le condamne aujourd’hui après l’avoir adoubé de nombreux Oscars ; c’est ce paradoxe qui est raillé par les deux artistes. Ginger explique au Hollywood Reporter leur démarche :

"Le canapé et l’image entière donnent selon moi une représentation visuelle des pratiques et des méthodes qui sont utilisées à Hollywood avec ces grandes personnes puissantes. Ils ont de l’argent et du pouvoir pour donner des emplois et ils l’utilisent pour leur propre satisfaction sexuelle. Il n’y a pas de meilleure façon de visualiser cela que la façon dont nous l’avons faite avec notre œuvre Casting Couch. […]

Tout le monde veut un selfie, tout le monde veut faire partie de l’expérience […]. Être capable d’abattre le monstre, de se moquer de lui et de le ridiculiser, cela aide à lui enlever son pouvoir… C’est comme ça qu’on rabaisse les hommes puissants. Comme Mark Twain dit : 'Contre l’assaut du rire, rien ne peut résister.'"

Sur son compte Instagram, Plastic Jesus s’exprime également sur le projet :

"Harvey Weinstein est devenu une icône dans l’industrie du divertissement. Son pouvoir et son influence étaient presque sans pareils. Cependant, alors que beaucoup pensaient que le 'casting couch' était une chose du passé, elle faisait encore clairement partie de la culture hollywoodienne.

Pendant de nombreuses années, l’exploitation de nombreux espoirs et noms établis dans l’industrie a été balayée sous le tapis en ignorant leurs plaintes de harcèlement et d’abus sexuels, ou pire. Espérons maintenant, à la lumière des récentes allégations contre de nombreuses personnalités à Hollywood, que l’industrie va se racheter une conduite."

© Plastic Jesus & Joshua "Ginger" Monroe

Rédactrice en chef de Cheese et ex-Sorbonnarde, on ne m’a pas demandé si j’aimais le fromage avant d’arriver ici. Mais j'aime bien le fromage, donc tout va bien.