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De père en fils, Pablo Bartholomew dresse un portrait de l’Inde sur 25 ans

En mettant en regard ses propres photos avec celles de son père prises 25 ans plus tôt, Pablo Bartholomew propose deux visions de son pays natal.

Maya, Zarine et un ami, New Delhi, 1975. (© Pablo Bartholomew)

L’exposition "Affinités", signée Pablo Bartholomew et son père Richard, n’a pas vocation à immortaliser de manière exhaustive l’Inde des années 1960 à 1980. Cette expo, qui se déroule à la Maison européenne de la photographie jusqu’au 29 octobre, confronte deux époques, deux générations, avec une même recherche : la quête de leur identité à travers la société indienne. Son père, Richard, décédé en 1985, a laissé derrière lui plus de 17 000 négatifs. Ce n’est qu’à sa mort que son fils Pablo a eu accès à ses archives et son passé brumeux : "Mon père ne m’a jamais parlé de sa famille, je savais qu’il y avait des gens qui étaient de ma famille quelque part, mais je ne les avais jamais rencontrés avant qu’ils me contactent", confie-t-il lors d’une conférence à la Cité internationale des arts.

Leurs destins se font face : Richard est originaire de Birmanie, pays qu’il a fui lors de la seconde guerre mondiale et l’invasion japonaise, pour s’installer à New Delhi où il a rencontré sa femme Rati et donné naissance à un enfant : Pablo. Ce dernier a observé son père développer ses photos dans sa chambre noire durant toute son enfance, et c’est dans les années 1970 qu’il s’est lui-même mis à photographier sa génération vivant des années hippies flamboyantes et son quotidien dans les rues indiennes. Toutes les photos exposées sont en noir et blanc et se mélangent pour créer une homogénéité ; seules une marie-louise, une inscription sur le mur et une légende distinguent les deux photographes.

Un portrait unique de la société indienne à travers deux regards

Nommie qui danse à une fête chez Koko, New Delhi, 1975. (© Pablo Bartholomew)

Pablo et Richard ont tous deux figé l’Inde qui leur était contemporaine, sur trois décennies. Dans la première partie de l’expo, on s’attarde sur les passants, les marchands mais aussi tous les détails poétiques des rues indiennes à travers un beau grain. À cela s’ajoutent des photos de leurs propres amis, amours, de leur cocon familial, de leurs excès de jeunesse et des autoportraits. Le déracinement est le point de chute de ces deux hommes qui questionnent leur propre identité à travers l’identité indienne : Richard est un immigré et Pablo est le fils de deux réfugiés. Ils sont tous deux partagés entre différentes villes (New Delhi, Bombay, Calcutta) et plusieurs cultures (birmane, indienne et occidentale).

Dans la seconde partie, leurs deux vies sont considérées comme deux parallèles qui ne se croisent jamais et qui ne ressemblent pas : d’un côté, nous contemplons la vie de Richard au milieu des camps de réfugiés des années 1960 qu’il a documentés, ainsi que ses multiples voyages en compagnie d’une communauté tibétaine lorsqu’il était curateur artistique et chef de développement à la Tibet House. En tant que critique d’art, Richard a évolué dans les sphères intellectuelles de l’Inde des années 1950-1960.

De l’autre, nous découvrons les évolutions auxquelles Pablo a assisté : expulsé de son école, il apprend la photographie à la maison, documente la jeunesse dans les années 1970, les classes moyennes, les Européens en voyage en Inde à la recherche de drogues, de musique et de mysticisme, ainsi que les marginaux et toxicomanes de Bombay. Son reportage sur les morphinomanes lui vaudra un prix World Press Photo en 1975, à seulement 19 ans. C’est ainsi qu’une longue carrière de photojournalisme commence pour lui.

En filigrane de l’un, l’autre se dessine : père et fils n’ont eu à aucun niveau des vies et identités similaires mais leur approche est semblable et leurs travaux se complètent. Dans cette expo voulue par Pablo, nous décelons un héritage photographique paternel immense. Dans les images de son père, nous observons le décor de la tendre enfance de Pablo et l’origine de tout cela. Lors de la conférence, Pablo déclare : "Ce n’est pas l’histoire d’un fils qui idolâtre son père. Je pense que j’ai une meilleure relation avec mon père maintenant que lorsqu’il était en vie, notre relation se prolonge aujourd’hui." En tout cas, Pablo a prolongé l’œuvre de son père (jusqu’alors inconnue du grand public) et lui rend ici un bel hommage.

Richard Bartholomew, autoportrait, Delhi, vers 1956. (© The Estate of Richard Bartholomew)

Pablo Bartholomew, autoportrait après une nuit de trip dans ma chambre, New Delhi, 1976. (© Pablo Bartholomew)

Le salon de l’artiste Bal Chhabda, Bombay, 1965. (© The Estate of Richard Bartholomew)

À la maison, New Delhi, vers 1979. (© Pablo Bartholomew)

Rati portant un sari, vieux Delhi, vers 1954. (© The Estate of Richard Bartholomew)

Jeram, Navina et un ami à une fête, New Delhi, vers 1970. (© The Estate of Richard Bartholomew)

La place Narinder sur Parliament Street, New Delhi, vers 1965. (© The Estate of Richard Bartholomew)

Une voiture sur Laburnum road, Bombay, vers 1979. (© Pablo Bartholomew)

Un homme endormi à Chowpatty Beach, Bombay, 1980. (© Pablo Bartholomew)

"Affinités", exposition de Pablo et Richard Bartholomew jusqu’au 29 octobre 2017 à la Maison européenne de la photographie.

Rédactrice en chef de Cheese et ex-Sorbonnarde, on ne m’a pas demandé si j’aimais le fromage avant d’arriver ici. Mais j'aime bien le fromage, donc tout va bien.