Aurélien Buttin nous raconte son road trip au cœur de la Californie

En septembre dernier, Aurélien Buttin a traversé la Californie pendant trois semaines. De Los Angeles à San Francisco en passant par Yosemite et Las Vegas.

© Aurélien Buttin.

© Aurélien Buttin

À travers une série de photos mêlant histoires réelles et féerie, Aurélien Buttin a su capturer les paysages arides et les gueules californiennes en traversant la vallée de la Mort, Big Sur, Joshua Tree, le désert de Mojave ou encore Nevada City. Il a partagé avec nous le récit de son expérience. À l’origine, ce sont les blogueurs de Miles & Love, Seb et Manue, qui ont proposé à Aurélien de les accompagner dans un road trip aux États-Unis. Pour financer leur voyage, les quatre compères ont fait appel à des partenaires :

“Seb et Manue voulaient créer un voyage musical. Je leur avais envoyé les sons de mon ami Richard Allen et ils ont été conquis. On en a alors profité pour faire des vidéos pour ses musiques sur la route. À la base, le partenaire de Seb et Manue était XL Airways. Brandy Melville, Deejo et Sandqvist ont ensuite rejoint l’aventure. La compagnie d’assurance Chapka a aussi offert une couverture médicale gratuite", confie Aurélien.

Et qui dit road trip dit économie budgétaire. Même lorsqu'il s'agit de se nourrir, il faut faire attention à son budget. Les repas étaient constitués exclusivement de junk food de supermarché ou se prenaiet dans un fast-food, pour pouvoir manger chaud de temps en temps. Concernant les endroits où ils ont dormi, Aurélien confie :

"La plupart du temps, Seb et Manue dormaient dans des motels en bord de route. Richard et moi, on s’installait dans la voiture. Parfois, on se trouvait quelques campings ici et là. On a aussi fait du couch-surfing, et c'est là qu'on a rencontré Matteo à Los Angeles, Jack à San Francisco et Mariee Sioux à Nevada City."

La découverte de la population californienne 

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© Aurélien Buttin

La photographie d’Aurélien Buttin est reconnaissable de par sa liberté mais également par une non-pose volontaire, qui donne à ses images une esthétique lifestyle. Avec une intégration parfaite du sujet photographié dans le paysage, Aurélien sait manier les rencontres et convaincre les gens de figurer sur ses images. Certains d’entre eux ont même pris une place conséquente durant son road trip. À San Francisco, Aurélien se souvient surtout de Jack Danger, rencontré grâce à une annonce sur Couchsurfing.com alors que lui et son équipe cherchaient un endroit où loger :

"La demande à peine envoyée, Jack nous a proposé son logement pour le week-end. En arrivant dans le quartier où il habitait, on a découvert un grand appartement, beau et propre. Quatre serviettes nous attendaient à côté de la douche, une bonne bouteille de vin française et du chocolat livré de Colombie. Jack bossait à la Silicon Valley et gagnait suffisamment d’argent. Il voulait se faire le plus d’amis possible pour que le jour de son enterrement plein de gens s’y rassemblent, comme dans Big Fish."

Jack était également bénévole à la Folsom Street Fair, le rassemblement annuel des pratiques sadomasochistes en pleine rue. On y est allés, on n’a pas été déçus”, ironise Aurélien. Il n’est sans doute pas nécessaire de rappeler que, dans certains quartiers de San Francisco, il est légal de se promener nu. Avant de prendre l’avion pour Los Angeles, Aurélien, Richard et les blogueurs se sont arrêtés chez Matteo. Ce sont les amis d’Aurélien, Théo Gosselin et Lucas Hauchard, qui leur ont conseillé d’aller passer du bon temps avec lui. Aurélien nous explique :

"Une fois arrivés chez lui à 23 heures, les amis étaient conviés, il y avait de la bonne musique, les bières étaient au frais… Matteo nous a fait visiter une bonne partie de la ville et tous les soirs après son boulot, il nous faisait voir les bars du coin et nous payait des coups."

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Alors qu’ils étaient sur les collines d’Hollywood, les voyageurs sont tombés sur quelqu’un d’improbable : Donald. "On a vu un homme déguisé en Donald Duck qui grimpait la colline, seul, sous 35 °C. Il semblait dans le mal mais c'était parfait pour la photo”, plaisante Aurélien. À Nevada City, petite ville perdue au nord de Sacramento, le groupe a fait la rencontre de Mariee Sioux : une chanteuse folk amérindienne qui habite dans une cabane en pleine forêt. Aurélien Buttin raconte :

"Seb était en contact avec elle. Elle a pris un plaisir fou à nous faire visiter ses lieux. On a dormi chez elle pendant deux jours, dans une petite cabane, à jouer de la guitare, entourés de biches et de cerfs."

La rencontre la plus mystérieuse, quoique commune aux États-Unis, semble être celle du vendeur d’armes. Alors que le photographe se promenait dans une petite ville, il est tombé sur un magasin d’armes où le vendeur, avec une barbe imposante, tenait à raconter l’origine de son métier : "Mes parents m'ont appris à tirer quand j'avais quatre ans. Depuis, je suis amoureux des armes. Vous les Français, vous vivez vraiment dans un pays de fous. C’est insensé de ne pas avoir d'armes avec soi…"

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Chacun son point de vue. Lorsque le groupe de voyageurs était à Los Angeles, tous les Américains assistaient au premier débat Trump/Clinton : "C’était comme un match du Super Bowl : casquettes, pizzas, bières, amis et bonne ambiance. Tout le monde débattait dans le salon. Les candidats faisaient surtout l'objet de moqueries."

Outre ce moment symbolique, les élections présidentielles ne sont pas si présentes qu’on ne le prétend dans le paysage américain. À part quelques panneaux en faveur de Donald Trump, rien ne laissait présager que le pays vivait un moment fort de son existence. Aurélien explique :

"Je me souviens surtout d’une grand-mère au bord de la route, complètement possédée, habillée aux couleurs de l’Amérique. Elle dansait avec un panneau Trump dans les mains et une casquette 'Make America Great Again', casquette que j’ai d’ailleurs achetée sur Hollywood Boulevard pour la déconne. Un bon souvenir."

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© Aurélien Buttin

Immensité et disproportion dans une région qui ne cache plus de secrets

© Aurélien Buttin.

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Ce n’est un secret pour personne : la Californie est vaste, très vaste. Les routes sont droites et sans fin, les forêts sont denses, la solitude est de marbre. Néanmoins, tout semble conçu pour les automobilistes. “Tout est construit autour de la voiture. Il y a même des drive-in pour retirer de l’argent, sans même descendre de ton véhicule”, raconte Aurélien. À Los Angeles, le showbiz est néanmoins présent dans tous les esprits. Il ajoute : "Presque tous les gens rencontrés avaient pour objectif de devenir célèbre, par quelque moyen que ce soit."

Si l’on pousse jusqu’au Nevada, Las Vegas réunit parfois certains critères communs à Los Angeles, à l’image de l’extravagance et du rêve de projecteurs sur son visage. Le jeu, l’alcool, l’argent, tous les clichés sont réunis. Le photographe nous confie :

"On se sent vraiment dans un parc d’attractions pour adultes. La ville émerge avec ses hauts gratte-ciel au milieu de nulle part. Le plus flagrant de tous ? Les dizaines d’Elvis qui se baladent partout dans la rue, adossés à leur vieille voiture des années du King."

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Toutefois, le bon côté en cache toujours un mauvais, et particulièrement la pauvreté. Aurélien nous raconte sa rencontre avec un couple qui connaissait tous les soubassements de Las Vegas :

"Dans un camping près de Tahoe, un couple originaire de Remo nous expliquait, tout en nous offrant le café, qu’à Las Vegas, les SDF vivent dans les égouts sous la ville, cachés de tous. Le pire, c’est qu’ils ne sont pas les seuls. Certains employés des casinos étaient accros au jeu et dépensaient tout leur salaire dans les machines, ce qui les amenaient directement à construire un logement de fortune dans les eaux usées."

La ville qui semble tirer son épingle du jeu, c’est San Francisco. La plus européenne des métropoles californiennes offre une ouverture d’esprit inégalée. Aurélien explique que "les gens se déguisent en plein jour, sans raison, ou se promènent nus et tout le monde passe outre. La liberté et le respect sont les roi et reine de la ville". Un barbecue au pied du Golden Gate, dans le quartier de Castro autour d’un verre ou encore sur la plage où jouent les enfants en week-end, San Francisco témoigne d’une attitude peu commune par rapport au reste du territoire. Aurélien a surtout été frappé par la gentillesse et la fraternité des habitants :

"Tout le monde s’intéresse à toi, d’où tu viens, ce que tu fais, où tu vas. C’est différent de l’Europe, où les gens sont froids. Là-bas, tu peux rester discuter pendant trente minutes avec une caissière comme si ça faisait vingt ans que tu la connaissais. Bien évidemment, ça ne va jamais plus loin et tu ne les revois pas, mais c’est agréable."

© Aurélien Buttin

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Toutefois, le respect des habitants s’arrête lorsque l’honnêteté, considérée comme un code d’honneur, est bafouée. Aurélien se rappelle particulièrement d’un moment tendu avec Richard et un policier à Nevada City : "Il est interdit de fumer là-bas. On a à peine eu le temps de se rouler une clope qu’un flic s’était déjà garé derrière nous. En bons français, notre première réaction a été de lui mentir en prétextant qu’on cherchait un endroit où fumer. Évidemment, il ne nous a pas crus."

Les États-Unis n’auraient-ils pas été trop exposés au point de ne plus créer de surprises ? Pour la première fois en quarante-deux pays visités, le voyage n'a pas dépaysé Aurélien. "On voit tellement le pays à la télévision, dans les films, dans les séries ou les jeux vidéo que tout nous est familier, comme une impression d’y être déjà allé des milliers de fois. Je n’arrêtais pas de dire "GTA !" ou alors "Breaking Bad !" dans la rue." La campagne, les stations de radio, la police, les dinners, les motels, rien ne semble une découverte. Tout n’est que déjà-vu, mais l’état d’esprit, lui, y est unique.

Le travail et les voyages d’Aurélien Buttin sont à découvrir sur sa page Facebook, son Instagram et son site Web.

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