Bettina Rheims a photographié des femmes incarcérées dans toute la France

Bettina Rheims vient d’inaugurer l’exposition de Détenues, un travail de longue haleine durant lequel elle est partie à la rencontre de femmes incarcérées.

© Bettina Rheims

Depuis le début de sa carrière, Bettina Rheims ne cesse de briser les codes et de bousculer le monde de la photographie. Dès les années 1980, elle immortalise les strip-teaseuses de Pigalle, tire le portrait à de nombreux d’animaux empaillés pour son projet Animal, se questionne sur le genre avec sa série Gender Studies ou encore sur le féminisme en photographiant des membres des Femen.

Pour son dernier projet Détenues, la photographe a été durant plusieurs mois à la rencontre de femmes incarcérées au sein de quatre établissements pénitentiaires français. Un projet qui trottait dans les pensées de l’artiste depuis plusieurs années. Elle explique dans un communiqué :

"Depuis longtemps, cette idée m’obsédait. On parlait des hommes, de la radicalisation, de la violence en prison, mais trop peu des femmes. Qu’en était-il de leur vie quotidienne ? Comment préservaient-elles leur féminité, loin des leurs, de leurs enfants, dans des conditions matérielles si difficiles.

Quand le monde carcéral rejoint celui de la création

Soutenue par l’administration pénitentiaire, l’artiste a pu pénétrer l’univers carcéral, installer un studio improvisé et immortaliser des détenues. Une rencontre à la fois photographique et humaine :

"Chacune, avec l’autorisation préalable de l’administration pénitentiaire et celle du juge d’application des peines, s’est présentée dans ce studio improvisé. Nous les avons accueillies pour choisir une tenue, se faire coiffer et maquiller, si elles le désiraient. Une occasion à cet instant de retrouver un peu de cette estime de soi, bien souvent égarée dans ces lieux de détention où rien n’est fait pour elles."

Ce projet confronte alors l’univers de la détention de celui de la création artistique : un dialogue photographique qui questionne l’enfermement, la liberté, le système judiciaire, mais aussi l’image de soi, et les représentations de la féminité. Il en résulte une cinquantaine d’images puissantes, accompagnées ce que l’artiste nomme "des fragments", c’est-à-dire une succession de souvenirs qu’elle a pu recueillir auprès des détenues. Un jeu d’allers-retours entre texte et image, qui nous plonge encore plus loin dans leur histoire.

La série est actuellement exposée à la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, une façon de renouer avec l’histoire du monument puisque le donjon a été une prison pour femmes. Une série intime, sincère, qui nous ouvre une porte sur ce monde clos et méconnu qu’est l’univers carcéral.

Eve Schmit II, novembre 2014, Roanne. (© Bettina Rheims)

Niniovitch II, novembre 2014, Roanne. (© Bettina Rheims)

Vaiata, novembre 2014, Rennes. (© Bettina Rheims)

Ramy, octobre 2014, Poitiers Vivonne. (© Bettina Rheims)

Vanessa Bareck, novembre 2014, Lyon-Corbas © Bettina Rheims, courtesy Galerie Xippas

L’exposition "Détenues" de Bettina Rheims est organisée par le Centre des monuments nationaux, elle a lieu du 9 février au 30 avril au château de Vincennes, puis du 1er juin au 4 novembre 2018 au château de Cadillac.