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Rencontre : dans les coulisses d’un night-club chinois avec Sergey Melnitchenko

Dernier lauréat en date du prix photographique Leica Oskar Barnack, l’Ukrainien Sergey Melnitchenko expose sa série Behind the Scenes à Paris Photo du 9 au 12 novembre 2017.

© Sergey Melnitchenko

Le photographe ukrainien Sergey Melnitchenko s’immergea quatre mois durant dans un établissement de nuit en Chine. Si ses prestations de danse l’ont emmené sur un devant de scène clinquant, il a préféré nous montrer, en toute honnêteté, l’envers du décor de ce cabaret dans lequel il était danseur. Là, derrière les épais rideaux, les femmes tombent leurs masques et se dévoilent loin des projecteurs, à travers le viseur de Sergey.

Avec authenticité et bienveillance, il éclaire l’invisible lieu fermé des coulisses où les cicatrices sont vives et les émotions mises à nu. Subjugué par les travaux du jeune photographe, Cheese a souhaité, avant son accrochage à Paris Photo, interviewer le prometteur Sergey Melnitchenko.

Cheese : Peux-tu nous expliquer la genèse du projet Behind the Scenes ?

Sergey Melnitchenko : Des travestis, des filles qui se baignent dans des baignoires de bière, des acteurs saouls et encore plus de visiteurs éméchés : tout cela se déroulait dans le club où je travaillais. Je me suis exilé un an en Chine pour travailler en tant que danseur. Les derniers mois, je me suis produit dans un club, qui ressemble plus en réalité à un immense bar avec une scène.

À un moment, j’ai réalisé combien de grandes choses se déroulaient ici, c’est ainsi que la série Behind the Scenes est apparue. J’ai voulu montrer la face cachée du club et son atmosphère. Dans les coulisses, il y a plus de burlesque que sur le devant de scène. Mais ce n’est pas une scène, il n’y a pas de mensonge, c’est la vraie vie.

© Sergey Melnitchenko

Comment as-tu réussi à entrer en contact avec ces femmes et gagner leur confiance ?

Tout ce que je devais faire était de travailler là-bas et d’être amical. Je l’ai fait. Mais ce n’était pas si facile de les photographier les premiers jours, parce qu’elles étaient timides et ne m’ont pas laissé faire.

Les coulisses semblent être un salon de vie et de décompression où les femmes se racontent leurs blessures et leur routine. Justement, comment se déroule une soirée type ?

Elles arrivent au club, changent de vêtements, se maquillent et s’installent ensuite à une table pour boire et s’amuser avec les visiteurs. Puis elles retournent au vestiaire, changent de vêtements pour un spectacle et après changent de nouveau de tenue pour travailler à la table, et ainsi de suite toute la nuit.

© Sergey Melnitchenko

Te souviens-tu d’une anecdote particulièrement émouvante dans les vestiaires de ce club ?

Nous étions assis dans le vestiaire quand est entrée une fille portant une autre dans ses bras. Cette dernière était tellement saoule qu’elle ne pouvait plus tenir debout. Quand son amie l’a posée sur la chaise, tous les travailleurs (danseurs, danseuses, pianistes, chorégraphes, sécurité) ont commencé à l’aider. Ils ont apporté de l’eau, lui en ont versé sur les cheveux, lui ont donné à boire.

J’ai sorti mon appareil photo mais me sentais un peu mal à l’aise, la sécurité m’ordonnait d’ailleurs de ne pas la photographier, mais c’est mon métier, alors je l’ai fait. Le lendemain, la jeune femme est revenue, elle avait passé la nuit à l’hôpital. Elle semblait mieux mais tout le monde pouvait lire qu’au fond d’elle, elle ne sentait pas si bien, surtout pour reprendre le travail.

© Sergey Melnitchenko

© Sergey Melnitchenko

© Sergey Melnitchenko

© Sergey Melnitchenko

© Sergey Melnitchenko

© Sergey Melnitchenko

© Sergey Melnitchenko

© Sergey Melnitchenko

© Sergey Melnitchenko

Vous pouvez retrouver le travail de Sergey Melnitchenko sur son compte Instagram.