Ramin Mazur

Rencontre : des personnes atteintes de la maladie du papillon sous l’objectif de Ramin Mazur

Lauréat du prix des moins de 30 ans en 2015, décerné par la prestigieuse agence Magnum, le photographe Ramin Mazur assure un éclairage de son propre pays souvent délaissé par les médias : la Moldavie.

Ramin Mazur

© Ramin Mazur

Ramin Mazur photographie avec hardiesse la lente transition vers l’avenir d’un pays en plein développement. Certes, le photographe pourrait avec facilité capturer les vestiges soviétiques, mais il préfère à juste titre se concentrer sur l’essence même de la Moldavie, ses habitants et leur histoire qui se déroule au quotidien.

Ses photographies prises sur le vif reflètent des vies âpres, et les tabous de la société moldave, comme l’épidermolyse bulleuse (ou maladie du papillon) : une maladie cutanée héréditaire qui se caractérise par une peau aussi fragile que les ailes d’un papillon et l’apparition de cloques. Cette maladie orpheline touche une cinquantaine de personnes dans le pays, mais elle n’est pas reconnue par le gouvernement, tout comme ceux qui en souffrent.

Les laissés-pour-compte atteints de cette maladie endurent, comme le peuple moldave, une morne existence mais continuent de croire en un futur meilleur. Piqués par la curiosité d’un photographe fier de son pays mais toutefois conscient de ses travers, nous avons interviewé Ramin Mazur.

Ramin Mazur

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Cheese | Pourrais-tu te présenter, ainsi que ton pays la Moldavie qui fait partie intégrante de ton travail photographique ?

Ramin Mazur | Je suis né sur la rive gauche de la rivière Dniestr, avant qu’elle ne soit séparée de la République de Moldavie en un État non reconnu, la Transnistrie. Malheureusement, ce n’est pas le seul moment négatif de l’histoire du pays. Nous vivons dans un État qui est, depuis plus de deux décennies, encore en période de transition. De nombreux défis sont encore à relever. Tout cela provoque en moi un besoin de documenter cet entre-deux.

Peut-on décrire tes travaux comme du photojournalisme ?

Certes, j’ai commencé ma carrière comme photojournaliste, mais aujourd’hui, j’essaie de me concentrer davantage sur les problématiques en me documentant à mon rythme. Si cela est considéré comme du photojournalisme, alors j’en suis. Néanmoins, je suis personnellement déçu de ce que nous appelons le photojournalisme à l’heure actuelle.

Es-tu d’accord si on dit que tes travaux sur la Moldavie représentent un travail de mémoire à long terme ?

Pour être honnête, tout ce que je photographie est lié, jusqu’à présent, à mon expérience personnelle. Je ne photographie pas quelque chose qui ne me touche pas personnellement, ou qui ne représente pas mon territoire. Dans la série Explicit, j’illustre la façon dont je vois et comprends la Moldavie.

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Ta série Butterfly Disease met en lumière une maladie trop peu connue et qui n’est d’ailleurs pas reconnue par le gouvernement moldave. Peux-tu nous apporter d’autres éclairages sur ce mystère ?

Je ne savais auparavant rien de la maladie, comme beaucoup de médecins moldaves, mais je suis tombé sur une photo d’Eugeniu [Brad, fondateur de l’association Debra Moldova, ndlr], qui était physiquement très mal en point. Il était également le fondateur d’une ONG qui a essayé de diffuser un maximum d’informations sur la maladie en formant une communauté de malades qui s’entraideraient. J’ai décidé de documenter leur vie, car étant d’abord effrayé par les images vues, j’ai absolument voulu me débarrasser de cette peur en exposant leur désir d’être traités comme tout être humain.

Quels sont tes futurs projets ?

Pour le moment, je travaille encore sur la série de ma ville natale Left Bank, et j’ai également commencé à m’intéresser aux traditions des carnavals d’hiver en Europe de l’Est. Enfin, tout récemment, j’ai terminé une courte série sur les vétérans de la prison la plus sûre de Moldavie qui ont joué Hamlet accompagnés d’acteurs professionnels.

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