En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

À gauche, la photo originale

Sans pression, le rappeur Skepta a volé les photos d’Ilyes Griyeb pour sa marque de vêtements

Si la campagne de Skepta pour sa marque de vêtements vous a plu, sachez que c’est au photographe marocain Ilyes Griyeb que vous devez adresser vos compliments.

Photo de la campagne de Skepta.

Photo originale d’Ilyes Griyeb.

Ilyes Griyeb partage sur son site ses séries photo qui, en plus de leur poésie et de leur esthétisme, ont valeur de témoignage. Bien que le photographe soit basé à Paris aujourd’hui, il semble que le fait de concentrer son travail autour de son continent d’origine et de son pays natal, le Maroc, lui tienne à cœur.

Il est ainsi parti à la rencontre des travailleurs du lac Rose à Dakar, a questionné les rapports de transmission et de modernité au sein de son pays d’origine et il continue de mettre à l’honneur la jeunesse marocaine, dans un projet qui dure depuis 2013. La série en question, baptisée Moroccan Youth, porte sur "la jeunesse de Meknès et plus largement sur la jeunesse marocaine désœuvrée", a déclaré Ilyes Griyeb au Huffington Post Maroc.

Des images personnelles, propres à l’esthétique et à l’originalité du photographe. Mais cela n’a pas empêché le rappeur britannique Skepta, figure importante du mouvement grime et connu pour être "à la pointe du style", de tout bonnement s’emparer des images de l’artiste, sans lui demander la permission, ni créditer son nom.

En novembre 2016, Skepta lance sa marque de vêtements, Mains, et commence à la promouvoir sur son compte Instagram en utilisant des photos d’Ilyes Griyeb, qu’il a simplement rognées et sur lesquelles il a apposé le logo de sa marque. C’est simple finalement, la création artistique, n’est-ce pas ?

L’arbre qui cache la forêt

Toujours au Huffington Post, Ilyes Griyeb affirmait s’être rendu compte très rapidement du vol de ses images :

"Je l’ai contacté dès le premier jour où il a posté les images, via une personne de son entourage. Mes amis ont essayé de contacter son manager sur les réseaux. Sans succès non plus. On m’a dit qu’on me contacterait, mais ça n’a jamais été fait depuis novembre dernier. […]

Je n’attends plus rien de lui aujourd’hui. J’ai d’abord demandé à être cité, ça n’a pas été fait. Puis j’ai demandé que les images soient supprimées, ça n’a pas été fait. On m’a ensuite parlé d’une éventuelle rencontre en vue d’une collaboration… Sûrement un mensonge pour me faire patienter en silence. Car rien n’a été fait non plus."

Si Skepta n’a jamais répondu au photographe, et bien qu’il ait arrêté de lui voler ses photos, cela ne l’a pas empêché de continuer à se servir grassement dans son esthétique. Le rappeur a publié un lookbook qui rappelle le style d’Ilyes Griyeb, sans que celui-ci ne puisse y faire grand-chose.

Comme le rappelaient Mohamed Sqalli et Ilyes Griyeb dans leur tribune publiée sur Konbini, ce plagiat pose évidemment un problème judiciaire mais, de façon plus large, il rappelle la façon dont la pop culture se sert allègrement dans l’esthétique arabe.

Le tout sans mettre à l’honneur les artistes arabes qui en sont à l’origine, préférant laisser les créateurs occidentaux s’attribuer tout le mérite. Même sans reprendre directement une œuvre, s’approprier une esthétique et une culture s’apparente à du vol et cela a des conséquences sur les rapports de force établis dans le monde de l’art et dans la société elle-même.

Photo de la campagne de Skepta.

Photo originale d’Ilyes Griyeb.

Image issue du lookbook de Skepta.

Image issue du lookbook de Skepta.

Image issue du lookbook de Skepta.

Vous pouvez retrouver le travail d’Ilyes Griyeb sur son site et son compte Instagram.