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Sida, sexe, mort : Nan Goldin a immortalisé la vie sans filtre

Du 13 au 17 mai, à l'occasion du Forum European Lab et du Festival Nuits Sonores, la photographe Nan Goldin sera présente à Lyon pour parler de sa carrière. Focus sur le travail d'une artiste emblématique en phase avec son époque.

Le bras de Gilles, Paris, 1993

Le bras de Gilles, Paris, 1993 © Nan Goldin

Certains diront que ses photos sont volontairement sulfureuses, d'autres qu'elles représentent simplement des tranches de vies liées à la condition humaine. Ou peut-être est-ce un savant mélange des deux ? Quoi qu'il en soit, Nan Goldin est aujourd'hui une figure incontournable de la photographie contemporaine.

Elle est l'une des pionnières d'un genre : le journal intime photographique, dans lequel elle met, dès le début de sa carrière, sa vie et celle de ses proches en scène. Sans aucune forme de pudeur ou de retenue, elle livre un travail à la sincérité désarmante. Et qu'il soit violent, tendre ou cru, il est toujours passionnant.

La photo comme exutoire

Née en 1953 à Washington D.C, aux Etats-Unis, Nan Goldin est élevée dans un milieu bourgeois plutôt strict au coeur du Maryland. C'est à l'adolescence qu'elle se prend de passion pour la photographie pour échapper à une famille rigide (de laquelle elle ne cesse de fuguer), et à un quotidien étouffant.

Outre un goût prononcé pour l'image développé dans sa jeunesse, c'est le suicide de sa soeur ainée qui la pousse à vouloir immortaliser son entourage à l'image d'un journal intime photographique. "J’ai commencé à prendre des photos à cause du suicide de ma sœur. Je l’ai perdue et je suis devenue obsédée par l’idée de ne plus jamais perdre le souvenir de personne", explique Nan Goldin.

© Nan Goldin

© Nan Goldin

David Wojnarowiwicz chez lui, New York, 1990© Nan Goldin

David Wojnarowiwicz chez lui, New York, 1990© Nan Goldin

Bruce dans le brouillard, Pozzuoli en Italie, 1995

Bruce dans le brouillard, Pozzuoli en Italie, 1995 © Nan Goldin

"La photo m'a sauvée. Après la mort de ma sœur, nous avons déménagé de Washington à Boston. J'avais 12 ans". Son appareil photo lui sert donc d'exutoire, et lui permet de se raccrocher à la vie après un deuil difficile. "Pour moi, qui ne parlais plus depuis des années, cet appareil a permis de nouer des liens avec les gens, de m'exprimer" confie-t-elle lors d'une interview avec Télérama.

Quelques années plus tard, elle rentre aux beaux-arts de Boston pour étudier l'image. Nan Goldin y fait une rencontre décisive, aussi bien personnelle que professionnelle : David Armstrong, qui devient l'un des premiers sujets pour ses photos en même temps que drag queen.

Guidée par son ami et muse, Nan Goldin découvre un monde marginalisé qui l'a toujours attiré. Se revendiquant ouvertement bi-sexuelle, la jeune photographe immortalisera ce milieu pendant une grande période de sa carrière, et débute la série qui la rendra mondialement célèbre : The Ballad of Sexual Dependency.

Capturer les quotidiens

Oeuvre majeure de la photographie contemporaine, cette série, qui s'étale sur plus de quinze ans (avec près de 800 images), capture une large tranche de vie. On y croise souvent l'intime, le sexe, l'amour, la fête, la débauche, l'alcool, la drogue, la violence et la mort.

Parfois durs ou même dérangeants, les clichés débordent de sincérité et de réalisme, et témoignent avant tout des liens, quels qu'ils soient, qui se tissent entre les individus, et de la difficulté d'être jeune, ou différent.

Pendant des années mon travail a traité de la dépendance sexuelle […], je suis obsédé par le fait qu’on puisse être attiré par quelqu’un qui ne vous convient pas tant sur le plan affectif que sur le plan intellectuel.

Au début des années 80, le sida fait son apparition et plusieurs proches de la photographe en meurent. Elle témoignera de leur quotidien et de leurs derniers instants à travers des photographies saisissantes. Dans une volonté de transparence totale, Nan Goldin n'hésite pas à se prendre elle même en photo. L'une des plus marquantes, l'autoportrait pris peu après avoir été battu par son compagnon, ce qui manquera de lui faire perdre un oeil.

Gilles et Gotscho s'embrassant, Paris

Gilles et Gotscho s'embrassant, Paris © Nan Goldin

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© Nan Goldin

© Nan Goldin

© Nan Goldin

La suite des aventures de Nan Goldin est mouvementée. Cures de désintoxication à la fin des années 90, puis nouvelle descente aux enfers quelques années plus tard : "Les années 2000 restent l'une des périodes les plus sombres de ma vie, notamment marquées par un procès ruineux dû à la trahison d'amis qui ne souhaitaient plus apparaître sur mes photos."

"Alors, je me suis retirée du monde et j'ai énormément travaillé sur moi pour sortir de l'obscurité dans laquelle cela m'avait plongée", racontait-elle à Télérama. Après cette période, en découle le livre Eden and After, avec une série plus douce où elle s'interesse à l'enfance, avec des clichés de gamins de ses amis proches pris sur trente ans.

Aujourd'hui âgée de 62 ans, l'oeuvre de Nan Goldin s'expose encore à travers le monde et suscite un énorme intérêt public. Seulement, sa façon de travailler a évolué et elle semble avoir réussi à exorciser ses démons : "Je continue à faire des photos, mais je ne suis pas sûre que ça soit encore une nécessité vitale".

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© Nan Goldin

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© Nan Goldin

Nan Goldin sera présente en concert spécial le 14 mai avec Soundwalk Collective au Festival Nuits Sonores à Lyon et au forum European Lab le 15 mai pour parler de son oeuvre. 

J'aime bien rigoler à mes propres blagues. Tout ce qui est félin et ciné par ailleurs.