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Visa pour l’image 2017 : trois regards sur la bataille de Mossoul

La bataille de Mossoul a particulièrement marqué cette année. Et le festival de photojournalisme Visa pour l’image l’a bien compris puisque pas moins de trois expositions lui sont dédiées à Perpignan.

Le travail de Laurent Van der Stockt (gagnant du Visa d’or News), Alvaro Canovas et de Lorenzo Meloni, tous exposés au Couvent des Minimes, offrent différents points de vue sur un même événement déjà très médiatisé. Ils ont tous couvert la bataille de Mossoul depuis le début, mais n’ont malheureusement pas vu vivre la libération de cette ville assiégée depuis octobre 2016 par l’organisation de l’État islamique et dans laquelle le calife Abou Bakr al-Baghdadi s’est autoproclamé en 2014. Depuis juin et juillet 2017, ce dernier est présumé mort mais sans certitude.

Neuf mois passés à documenter dans le vif le travail des militaires, leurs victoires, leurs pertes ainsi que le quotidien dramatique des Irakiens, et durant lequel ces photojournalistes ont dû garder leur sang-froid face à l’attente et à l’horreur.

Laurent Van der Stockt, sur le vif

Mossoul, Irak, le 29 juin 2017. L’armée, la police fédérale et les forces spéciales des services du contre-terrorisme irakien entament une nouvelle avancée conjuguée au centre de la vieille ville de Mossoul, dont fait partie le secteur de la mosquée Al-Nouri. Un commando des forces spéciales commence sa pénétration dans le territoire encore contrôlé par l’État islamique en direction de la mosquée Al Nouri. L’avance se fait de maison en maison, par les ouvertures déjà présentes, en ouvrant à la masse ou en plastiquant de nouvelles voies, avec l’aide des frappes aériennes de la coalition. La progression du commando à pied passe à hauteur du socle du minaret Al Hadba détruit par les membres du groupe État islamique. Des civils restés bloqués sortent de leurs maisons dans les décombres des bâtiments détruits par les bombardements. (© Laurent Van der Stockt pour Le Monde/Getty Images Reportage)

Avec une volonté d’exhaustivité et beaucoup de réalisme, Laurent Van der Stockt a souhaité montrer, au plus près de l’action, l’horreur de cette bataille :

"On sait que l’on peut faire dire n’importe quoi à une photo. Alors j’emmagasine et, en parallèle, j’essaie de comprendre au mieux la situation. Ensuite, comme tous les journalistes j’essaie de la retranscrire le plus justement possible", commente Laurent Van der Stockt à RFI.

Sombres et froides, ses photos montrent des visages d’enfants apeurés, des militaires en pleine mission, des attentats-suicides, toujours avec proximité et mouvement : "La prise de vue est un ensemble de circonstances qui permettent d’être le plus possible témoin, un peu à la façon de quelqu’un qui prend des notes", dit-il à France Culture. Il appuie notamment sur l’importance du lien texte-image dans son travail.

Ses images ne sont pas contemplatives et témoignent du présent de l’action, sur le vif. Il aborde souvent ses portraits à travers des plans plus rapprochés que ses compères Canovas et Meloni. Le ciel n’est pas systématiquement apparent. En regardant ses photos, on a l’impression de suffoquer : ce que l’on retient, c’est le chaos, le gris, le béton et les montagnes de ruines sur lesquels les Irakiens pleurent.

Alvaro Canovas, au plus près des émotions

6 novembre 2016, entre Gogjali et le village de Bazwaya à l’est de Mossoul. Dès que les pauses dans les combats le permettent, des civils fuient la ligne de front pour se réfugier derrière les lignes des forces armées irakiennes. (© Alvaro Canovas/Paris Match)

On parle ici moins de "bataille" que de reconquête ; d’ailleurs, la série réalisée par Alvaro Canovas s’intitule Mossoul, l’amère reconquête. Le ton est donné, il s'agit aussi d’amertume. Les images sont tout aussi violentes que celles de Laurent Van der Stockt, mais moins sombres : il y a plus de lumière, les couleurs sont plus chaudes. Sa volonté est d’être au plus près de l’action. Comme il l’explique à RFI :

"Pendant les phases de combat, on avait un accès absolument incroyable à la ligne de front et on vivait complètement immergé avec les hommes du régiment : on allait au combat avec eux, on mangeait avec eux, on dormait avec eux. On était complètement intégré au bataillon comme jamais auparavant lors d’une opération militaire. […] Je dois raconter une histoire la plus complète possible pour les lecteurs sur un événement, un personnage, un bataillon."

Tout comme Laurent Van der Stockt, lorsque l’offensive est lancée, le photojournaliste se trouve avec les forces spéciales de la Division d’or, en première ligne, et toujours près des civils et militaires qu’il photographie au quotidien. Durant ces mois d’attente, il a accompagné six fois les soldats irakiens dans leurs combats : "C’est en quelque sorte le bien contre le mal", peut-on lire sur un panneau affiché au début de l’exposition, "à chaque voyage, j’avais une pensée pour mon copain Pierrot, assassiné au Bataclan. J’ai voulu suivre ces soldats jusqu’à leur victoire."

Durant des semaines, "chaque pas pouvait être mortel". Il faisait face aux visages des "soldats noirs de Daech, de maison en maison, porte après porte, étage après étage". Au fil de son reportage, il s’attache à capturer les émotions, plutôt que les actions. Il raconte à RFI :

"Ce n’est pas facile de capter des expressions. Il faudrait presque arriver à anticiper l’action… Mais ces expressions muettes rajoutent de la couleur et du son à l’image. Ils la rendent beaucoup plus forte."

À son retour, il confiera qu’il n’a jamais couvert de combats si dangereux. Pourtant, il en a suivi des guerres et des révolutions, à presque 50 ans. À travers ce travail documentaire, il souhaite rendre hommage "à tous les hommes qu’il a suivis et qui ont perdu la vie ou qui sont aujourd’hui grièvement blessés".

Lorenzo Meloni, après la bataille

Des enfants jouent dans les décombres d’un bâtiment qui servait de base militaire à Daech, détruit par une frappe aérienne de la coalition. Hammam al-Alil, Irak, décembre 2016. (© Lorenzo Meloni/Magnum Photos)

Ses photos peuvent être aussi violentes que celles de Laurent Van der Stockt et d’Alvaro Canovas, mais elles portent quelque chose de plus positif, un espoir pour le peuple irakien qui se dessine dans le choix d’une lumière plus blanche et des couleurs plus douces. Souvent, ce sont des plans larges, en plein air, où le ciel apparaît et où les vestiges de l’architecture irakienne ont une place importante.

En plus de documenter le présent de la bataille, son travail se concentre aussi sur l’après-bataille : que reste-t-il de Mossoul et de ses habitants ? Ce qui l’intéresse, ce sont les conséquences sur les civils : "Le concept de libération et de constater que les choses ne changent pas : la guerre est une répétition. Que reste-t-il ? L’abandon, la destruction…", déclare-t-il à RFI.

Ses images dévoilent un panorama de lieux de culte, de cimetières et d’immeubles détruits pendant les combats contre les djihadistes. On voit des enfants errer et des femmes se lamenter. Il a assisté à quatre batailles (dans une même guerre) qui témoignent de "la chute du califat" (d’après le nom de sa série) : Syrte en Libye, Kobané et Palmyre en Syrie et Mossoul. À RFI, il parle de l’attente interminable entre les combats :

"Finalement, la majeure partie du temps que j’ai passé avec ces hommes, ils passaient leur temps à boire du thé et à fumer la chicha. Et peut-être que ce sont ces moments qui sont les plus importants pour raconter la guerre. Il y a aussi des périodes de vacance, parce qu’il ne faut pas oublier que ces soldats combattaient chez eux et qu’il y avait des roulements tous les quinze jours."

Gogjali, Mossoul, Irak, 2 novembre 2016. Une petite fille et son frère, à l’instant où les forces irakiennes entrent dans la cour de leur maison. Les soldats du Service de contre-terrorisme (Golden Division, ICTF), encore sporadiquement pris pour cible par des snipers, parcourent les rues de Gogjali à la recherche de combattants. Les maisons sont vérifiées les unes après les autres. Les jeunes hommes et les adultes sont d’abord sommairement questionnés. Dans beaucoup de situations, les habitants vivent dans un climat d’insécurité pendant que les soldats sont constamment exposés aux snipers et aux attentats-suicides. (© Laurent Van der Stockt pour Le Monde
/Getty Images Reportage)

Quartier Saddam, Mossoul, 6 novembre 2016. Les habitants, pris entre deux feux, fuient les combats menés par la Golden Division (CTS, Service de contre-terrorisme irakien) contre les combattants de Daech. Certains trouvent un hébergement dans les faubourgs déjà sécurisés, d’autres se dirigent vers les camps installés à la périphérie de la ville. (© Laurent Van der Stockt pour Le Monde
/Getty Images Reportage)

Mossoul, Irak, 19 mars 2017. Ali, l’officier radio de la Division de réaction d’urgence (ERD), pendant une attaque des combattants de Daech sur sa position, un immeuble aux portes de la vieille ville. Il sera blessé en fin de journée. (© Laurent Van der Stockt pour Le Monde
/Getty Images Reportage)

Femmes yézidies dans un cimetière détruit par Daech. Bashiqa, Irak, décembre 2016.
(© Lorenzo Meloni/Magnum Photos)

Église incendiée par Daech. Bakhdida (Qaraqosh), Irak, novembre 2016. (© Lorenzo Meloni/Magnum Photos)

2 novembre 2016, Gogjali, Mossoul-Est. Pendant que les hommes du premier bataillon de l’ISOF 1 du colonel Mohaned sécurisent les ruelles du quartier, une petite fille sort de chez elle à la rencontre des soldats, un drapeau blanc à la main. (© Alvaro Canovas/Paris Match)

8 novembre 2016, Gogjali. Des hommes du premier bataillon de l’ISOF 1 fouillent des maisons à la recherche de combattants de Daech cachés derrière les positions avancées des forces spéciales irakiennes. (© Alvaro Canovas/Paris Match)

Trois expositions à voir au Couvent des Minimes, jusqu'au 17 septembre 2017 dans le cadre de Visa pour l'image (Perpignan).

Rédactrice en chef de Cheese et ex-Sorbonnarde, on ne m’a pas demandé si j’aimais le fromage avant d’arriver ici. Mais j'aime bien le fromage, donc tout va bien.