Cap sur Naoshima, l’île la plus arty du Japon

Dans l’archipel du Japon, la petite île de Naoshima aurait très bien pu passer inaperçue.

Naoshima

"Red Pumpkin", de Yayoi Kusama. (© Solenn Cordroc’h)

Noyée dans la masse des 6 852 autres îles japonaises et marquée par une industrie de la pêche en perte de vitesse, Naoshima a trouvé un nouveau souffle dans l’art, qui rayonne aux quatre coins de l’île. À la fin des années 1980, l’homme d’affaires Tetsuhiko Fukutake, fondateur de l’entreprise Benesse spécialisée dans l’éducation, et le maire décidèrent de dynamiser l’île en construisant des écoles, des camps de vacances et des musées, pour attirer une nouvelle clientèle dans le sublime écrin naturel de Naoshima.

Niki de Saint Phalle, Andy Warhol ou Yayoi Kusama, les artistes japonais et étrangers ont peu à peu trouvé place dans les musées de l’île, parfois à ciel ouvert. Les impressionnantes collections répondent à merveille à la nature avoisinante et aux traditions. Il est grand temps d’enfourcher son vélo et de partir à la découverte des quatre musées phare de Naoshima, l’île japonaise où l’art règne en maître.

Art House Project

Naoshima

"Dreaming Tongue/Bokkon-Nozoki", de Shinro Ohtake. (© Wikimedia Commons)

Dispersé dans sept maisons traditionnelles japonaises transformées en galerie d’art, l’Art House Project enjolive Naoshima avec de bluffantes installations artistiques. Muni d’une carte, le visiteur est convié à déambuler dans les ruelles de l’île avant d’entrer dans une demeure pour s’immerger dans une œuvre contemporaine, qui contraste avec le charme suranné des maisons de bois préservées.

Coup de cœur pour la maison Minamidera qui ébranle les sens avec Backside of the Moon, une installation de James Turrell. En pénétrant à tâtons dans une pièce totalement obscure, le visiteur perd tous ses repères jusqu’à ce qu’il aperçoive un rectangle de plus en plus distinct qui lui fait face. Une expérience hautement singulière utilisant l’effet Ganzfeld pouvant, chez certaines personnes, engendrer des hallucinations ou un état modifié de la conscience.

Naoshima

"Backside of the Moon", de James Turrell. (© James Turrell)

Lee Ufan Museum

Imaginé par l’architecte japonais Tadao Ando, le musée Lee Ufan est entièrement consacré à l’artiste coréen du même nom. Dans son travail, Lee Ufan s’empare de matériaux antagonistes tels que le bois, la pierre, le métal ou le verre pour faire éclore des œuvres minimalistes interrogeant la notion de vide, d’espace, d’énergie et leur rapport avec leur environnement.

La visite du musée invite à une promenade contemplative dans des salles baignées tour à tour de lumière ou d’obscurité : une expérience sensorielle où l’art se vit en pleine conscience.

Naoshima

Vue du musée, Lee Ufan. (© Wikimedia Commons)

Naoshima

Vue du musée, Lee Ufan. (© Wikimedia Commons)

Chichu Art Museum

Également conçu par Tadao Ando qui s’est penché sur la relation entre la nature et les hommes, le Chichu Art Museum s’épanouit principalement sous terre, pour ne pas obstruer la vue panoramique sur la mer intérieure de Seto. Malgré son immersion souterraine, le musée s’avère des plus lumineux grâce aux Nymphéas de Monet et à la lumière naturelle caressant doucement les toiles.

En se préservant d’une hégémonie de l’art sur les éléments de la nature, le Chichu Art Museum est assurément l’un des exemples architecturaux les plus saisissants de l’île de Naoshima.

Naoshima

Vue du musée, imaginé par Tadao Ando. (© Todd Lappin/Flickr)

Naoshima

"Les Nymphéas", de Claude Monet. (© Simon/Flickr)

Benesse House Museum

Le chef de file des musées de Naoshima a ouvert le premier ses portes, en 1992, avec comme clé de voûte la coexistence entre la nature, l’art et l’architecture. Pensé par l’architecte Tadao Ando, ce musée situé en hauteur surplombe une baie paradisiaque. Il présente des œuvres uniques, parfois spécialement conçues pour le musée, en prenant compte de l’environnement et de la place précise assignée à la création finale.

Outre des toiles de Cy Twombly, de Jackson Pollock et de David Hockney, le Benesse House Museum innove en exposant des sculptures réparties sur toute l’île, comme les femmes colorées de Niki de Saint Phalle ou les célèbres Red Pumpkin de Yayoi Kusama, installées près des deux ports de l’île ; une touche finale émouvante qui rallie le passé au présent, l’activité traditionnelle de la pêche à l’épanouissement de l’art, sans déséquilibrer l’essence même de Naoshima, son art de vivre à la japonaise inébranlablement connecté aux quatre saisons.

Naoshima

Vue sur la baie depuis le musée. (© Wikimedia Commons)

Naoshima

"100 Live And Die" de Bruce Nauman. (© Skrytebane/Flickr)

Par Solenn Cordroc'h, publié le 16/11/2018