Via la page « Les monologues du vagin »

À cause de ses œuvres en forme de vulves, l'artiste russe Yulia Tsvetkova risque la prison

La jeune femme russe risque entre deux et six ans de prison pour "diffusion de pornographie auprès de mineurs".

La justice russe continue de vouloir causer du tort à l’artiste multidisciplinaire Yulia Tsvetkova. Depuis la fin du mois de novembre, la jeune femme est assignée à résidence dans sa ville natale, à Komsomolsk-sur-l’Amour. En attendant son procès pour "diffusion de pornographie auprès de mineurs", qui pourrait la condamner à une peine entre deux et six ans de prison, elle n’a le droit qu’à une heure de sortie par jour, tant qu’elle ne dépasse pas un périmètre de 500 mètres autour de chez elle, précise Le Monde.

La cause de ces mesures radicales ? Des œuvres "pornographiques" selon la police russe, vraisemblablement des représentations de vulves qu’elle dessine, compile et partage sur une page nommée "Les monologues du vagin", sur le réseau social russe VKontakte. Yulia Tsvetkova n’est pas dupe de ces accusations :

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"Ces représentations de vulves sont des œuvres artistiques et militantes. Je suis contre la pornographie ! C’est insensé de me juger responsable du fait que des mineurs aient visité cette page, un avertissement précise bien qu’on y trouve des images ne convenant pas aux mineurs…", a-t-elle expliqué au Monde

Via la page "Les monologues du vagin" de Yulia Tsvetkova.

 

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"Le féminisme n’est pas de l’extrémisme"

Les dessins de l’artiste semblent constituer un cheval de bataille dont la police ne se lasse pas. Il y a un an, la publication de ses dessins sur le thème "Une femme n’est pas une poupée" (des slogans tels que "Les femmes ont des poils – et c’est normal" ou "Les femmes ont des règles – et c’est normal") servait déjà de prétexte aux forces de l’ordre pour s’en prendre à elle : 

"Au lieu de faire profil bas comme on le lui demandait, la jeune femme a lancé une campagne appelée 'Le féminisme n’est pas de l’extrémisme' – une précision guère superflue dans un pays où les féministes ont bel et bien mauvaise presse et où leur combat, notamment contre les violences domestiques, est marginalisé", précise le correspondant russe du quotidien français.

Toutes les excuses semblent être bonnes pour étouffer la portée de la voix de la militante. En mars dernier, elle subissait les foudres du gouvernement après avoir mis en scène Bleu et rose, une pièce de théâtre qui questionnait les rôles traditionnellement attribués aux genres. Bien que les parents des enfants ayant participé à la pièce affirmaient que cette dernière ne comportait "absolument aucune propagande ou quoi que ce soit d’inapproprié", Yulia Tsvetkova avait été forcée de quitter le théâtre et la compagnie à l’origine du projet avait dû fermer.

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En Russie, les violences anti-LGBTQ+ en hausse

Ses initiatives artistiques et culturelles visant à instaurer un dialogue autour de thèmes LGBTQ+ et féministes ne semblent pas résonner avec le gouvernement russe qui, depuis 2013, a mis en place une loi interdisant la "propagande LGBTQ+", selon laquelle il est illégal de partager du contenu concernant l’homosexualité et d’affirmer que les relations gays et hétérosexuelles sont égales. Depuis la mise en place de cette loi, les violences anti-LGBTQ+ ont doublé en Russie, rapporte Hyperallergic.

En janvier, nous vous précisions déjà qu’il y a à peine 8 mois, la militante Yelena Grigoryeva était retrouvée morte poignardée chez elle, après que son nom avait été inscrit sur un site prônant la "chasse aux LGBTQ+". Avant sa mort, l’activiste avait alerté les autorités quant à cette dangereuse situation – sans résultat. La police a statué sur le fait que sa mort est survenue après une "dispute conjugale".

En novembre de la même année, les producteurs de Real Talk – une chaîne YouTube désormais introuvable qui présente des enfants posant des questions à différentes personnes (une femme anorexique, ou encore une comédienne ayant, entre autres, travaillé dans l’industrie du X) – ont été poursuivis en justice. Les producteurs encouraient jusqu’à vingt ans de prison… pour avoir invité un homme homosexuel à répondre aux questions des enfants – dont aucune ne portait sur des sujets intimes ou relatifs au sexe. Le jeune homme interviewé affirmait même qu’il n’aimait pas la Gay Pride, parce qu’il était contre "la propagande".

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Les peines qui menacent Yulia Tsvetkova sont donc à prendre au sérieux, tant elles menacent la liberté de la jeune femme mais aussi la liberté d’expression de la jeunesse russe.

Via la page "Les monologues du vagin" de Yulia Tsvetkova.

Via la page "Les monologues du vagin" de Yulia Tsvetkova.

Via la page "Les monologues du vagin" de Yulia Tsvetkova.

Par Lise Lanot, publié le 04/03/2020