Immersion dans un monde totalitaire et sulfureux : que nous réserve l’expérience DAU ?

Sexe, violence et espionnage : une expérience monstre multi-artistique qui cultive son mystère, entre génie chaotique et folie pure.

Création d’un visa pour entrer dans l’expérience DAU. (© Phenomen IP, 2019)

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Pour entrer dans DAU, on s’engage pour six heures minimum, coupés du monde. Téléphones portables bannis. Pas de billet d’entrée mais un visa obtenu après avoir répondu à un questionnaire intime et sulfureux. Puis, s’ouvre l’antre DAU, mystérieuse et imprévisible. La polémique enfle déjà sur les réseaux.

"DAU n’est pas un spectacle, pas une exposition. C’est une expérience." Une expérience qui prend corps dans les squelettes de deux espaces en rénovation à Paris, les théâtres de la Ville et du Châtelet, mais aussi une ambition un peu folle de mêler différents arts (cinéma, danse, musique, performance), science et spiritualité, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. DAU est ainsi une immersion totale, pour les visiteurs comme pour les participants, qui gardent farouchement son secret.

Sans ce visa, pas d’expérience "DAU". (© Lisa Miquet/Cheese)

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Une expérience sociale et scientifique hors normes

Pour entrer dans l’univers DAU, les visiteurs devront s’acquitter d’un visa (entre 35 et 150 euros), d’une durée de 6 heures, 24 heures ou illimitée. Ils devront répondre à un questionnaire intime portant sur leurs croyances, leur passé, leur sexualité, etc. afin de découvrir un parcours personnalisé.

En entrant dans DAU, on abandonne ce qui nous rattache au monde réel : le téléphone portable y est banni, laissé dans un casier et troqué contre un "device" qui fait office de guide. Inutile d’y aller entre amis : chaque expérience se veut sur mesure.

On passe ainsi d’un espace à l’autre : amphithéâtre brut, couloirs baroques, laboratoire de recherche, faux confessionnaux, bar soviétique, appartements communautaires, sans que l’on sache ce qui pourra s’y passer… Plusieurs heures d’exploration n’auront pas suffi pour comprendre ce que cache DAU. On oscille entre fascination et doute.

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Dans ces couloirs en velours rouge, le visiteur est amené à rencontrer des anciens agents du KGB, des statues de cire, à participer à des performances, à des concerts, dans un décor purement soviétique. (© Lisa Miquet/Cheese)

On murmure qu’un orchestre symphonique y élira résidence, que de grands acteurs tels que Gérard Depardieu, Fanny Ardant ou Isabelle Adjani ont prêté leur voix, que des concerts secrets de Brian Eno et de Massive Attack – ayant participé à l’installation sonore – se préparent, que des ex-agents du KGB traqueront nos moindres faits et gestes, que des chamans ont pris l’énergie des lieux pour pouvoir échanger en tête-à-tête avec le public. On promet des expériences scientifiques et des rencontres et performances "inattendues et sulfureuses" dans des pièces aménagées en Douma soviétique ou sex-shop. "DAU se veut définitivement subversif et choquant", assène la productrice Martine d’Anglejan-Chatillon, se gardant bien d’en dévoiler davantage.

Sexe, domination, violence, une expérience trash où tout est possible. (© Lisa Miquet/Cheese)

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L’origine du projet

À la veille de l’ouverture au public de DAU, les travaux battent encore leur plein. Ouvriers casqués s’affairent pour combler les fuites d’eau et installer le décor, pendant que des musiciens répètent dans le calme relatif d’une chambre d’inspiration soviétique. Un grand chaos prend enfin vie dix ans après le début de sa création par Ilya Khrzhanovsky, le réalisateur russe et tête pensante du projet, aussi omniprésent qu’insaisissable.

DAU, dans sa première incarnation, a démarré en 2009 à Kharkov, en Ukraine. Là-bas, un "institut" de recherche en physique a été reproduit, où des centaines de figurants ont joué leurs propres rôles, vivant un quotidien sous l’URSS de 1938 à 1968.

Des appartements communautaires soviétiques, typiques des années URSS, ont été fidèlement reproduits. (© Lisa Miquet/Cheese)

Le but ? Créer une expérience sociale et scientifique hors normes. Pas de scénario, mais des règles strictes, presque sectaires, pour entrer entièrement dans l’univers DAU : uniformes, nourriture, monnaie et même vocabulaire devaient impérativement correspondre à l’époque jouée.

Pas un Big Brother, nous assure-t-on, mais des caméras qui ont filmé 700 heures de rushs, montés en treize longs-métrages qui seront projetés dans l’installation parisienne pour sa première mondiale, avant Londres et Berlin. Le projet est "monstrueux", comme le qualifient les équipes, qui hésitent à lever le voile sur DAU, mais va surtout au-delà des films, qui ne représentent que la partie émergée de l’iceberg.

"DAU". (© Olympia Orlova/Phenomen IP, 2019)

© Lisa Miquet/Cheese

DAU. (© Alexander Zakutsky/Phenomen IP, 2019)

"DAU". (© Olympia Orlova/Phenomen IP, 2019)

"DAU". (© Olympia Orlova/Phenomen IP, 2019)

"DAU". (© Volker Glaeser/Phenomen IP, 2019)

"DAU". (© Phenomen IP, 2019)

"DAU". (© Phenomen IP, 2019)

"DAU". (© Phenomen IP, 2019)

"DAU". (© Phenomen IP, 2019)

"DAU". (© Phenomen IP, 2019)

"DAU". (© Phenomen IP, 2019)

L’expérience DAU est à vivre du 24 janvier au 17 février 2019, aux théâtres de la Ville, du Châtelet et au centre Pompidou (Paris). Prenez votre visa ici.

Par Eléonore Payró, publié le 22/01/2019

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