© Banksy/Sotheby’s

Comment une statue de Banksy a été volée deux fois pour finir aux enchères

L’artiste ayant dérobé la statue se plaint… de se l'être fait volée. Nouveau rebondissement dans le double-vol de "The Drinker".

Dérobée dans le centre de Londres en plein jour en 2004, la statue The Drinker de Banksy est restée pendant trois ans dans le jardin de son ravisseur avant d’être volée de nouveau et que l’on ne perde sa trace. Du moins, jusqu’au 19 novembre dernier : l’œuvre est réapparue dans le catalogue de la maison de vente aux enchères Sotheby’s, estimée entre 750 000 et un million de livres Sterling. On vous explique.

Andy Link, plus connu sous le nom de AK47, est un artiste d’un genre un peu particulier. Après avoir fait son temps dans l’industrie du porno, il a décidé de devenir artiste en volant des œuvres ne lui appartenant pas pour les revendre. AK47, qui ne se prend pas vraiment au sérieux, se définit lui-même comme le "leader anarchiste" du mouvement artistico-politique humoristique Art Kieda – dont la sonorité évoque étrangement "Al-Qaida".

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Son plus gros casse remonte à 2004, lorsqu’il déroba la statue The Drinker de Banksy sur l’avenue Shaftesbury, à Londres. Cette sculpture immense de 35 tonnes et d’une valeur de 25 000 livres Sterling est un clin d’œil au Penseur de Rodin, excepté que la version de Banksy possède un cône de signalisation sur la tête. Toujours est-il que d’après AK47, ce vol faisait suite à un refus du graffeur de lui signer un tirage.

"The Drinker", 2004. (© Banksy/Sotheby’s)

"Ils m’ont dit que si personne ne la réclamait dans trois mois, c’était la mienne"

Un an après ce kidnapping, AK47 avait fait part de sa soi-disant trouvaille aux autorités et envoie une demande de rançon à Banksy lui proposant de lui rendre la sculpture en échange de 5 000 livres Sterling, pour couvrir son rapatriement, ou d’une toile originale. Mais "l’escroc de l’art" reçoit une contre-proposition de la part du graffeur : 2 livres Sterling pour acheter un bidon d’essence et détruire la pièce.

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AK47 a donc conservé l’œuvre dans son jardin, puis s’est déclaré propriétaire de la statue puisque celle-ci n’avait fait l’objet d’aucune réclamation (Banksy réalisant ses œuvres de façon souvent illégale dans l’espace public, porter plainte se serait avéré compliqué). "J’ai signalé à la police de Hackney que j’avais trouvé une statue dans la rue et ils ont dit que si personne ne la réclamait dans trois mois, alors c’était la mienne", déclarait ce dernier dans les lignes de la Hackney Gazette.

AK47 avait même profité de cet énorme coup de pub – puisque l’affaire a fait couler beaucoup d’encre – pour réaliser un documentaire intitulé The Banksy Job, sorti en 2016. Dans ce film à la sauce Ocean’s Eleven, Andy Link se met lui-même en scène, et dévoile les coulisses du fameux kidnapping, non sans une dose d’humour.

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L’arroseur arrosé

Sauf qu’en 2007, il se fait à son tour voler la statue : seul le cône de signalisation avait été laissé. Le fondateur d’Art Kieda s’était même rendu au poste de police pour signaler les faits. Mais la logique de sa démarche a quelque peu été remise en question : "C’est comme venir pleurer parce que des plus grands garçons lui ont volé sa balle", avait rétorqué Steve Lazarides, l’agent de Banksy, dans The Art Newspaper.

D’après les informations relayées par le journal, il s’agirait d'"associés" de Steve Lazarides qui auraient repéré la statue dans un jardin londonien, avant d’aller la récupérer en l’absence du maître des lieux. La pièce avait ensuite été vendue à de nouveaux propriétaires et elle a fini par réapparaître publiquement dans le catalogue de Sotheby’s cet automne, pour une valeur comprise entre 750 000 et un million de livres Sterling.

"Je ne comprends pas comment Sotheby’s peut vendre cela alors que j’ai une telle preuve", s’est insurgé Andy Link dans le Guardian, avant de poursuivre : "Les avocats demandent 18 000 livres Sterling juste pour prendre le cas, et je suis un artiste en difficultés, juste un type de la classe ouvrière. La police devrait se pencher sur la question." La maison d’enchères a de son côté assuré le caractère légal de la vente : "Nous avons consulté à la fois la police métropolitaine et le Art Loss Register [registre des œuvres perdues, ndlr]." Aucune enquête n’est en cours d’après les autorités.

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Par Pauline Allione, publié le 05/12/2019

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