© Katarzyna Bialasiewicz/Getty Images

Des musées appellent les visiteurs à ralentir devant les œuvres d’art

Qu'est-ce que le Slow Art ?

En moyenne, une personne passe 28 secondes devant une œuvre d’art dans un musée, selon une récente étude de l’American Psychological Association publiée en 2017 et réalisée par Pablo Tinio, Jeffrey et Lisa Smith au Art Institute de Chicago. C’est à peu de chose près le temps qu’on pourrait passer devant une vidéo qu’on voit passer sur les réseaux sociaux. Et c’est le même temps constaté en 2001 au Metropolitan Museum de New York.

Cette donnée a été analysée entre 2001 et 2017 selon un échantillon de visiteurs assez large, un grand nombre d’œuvres appartenant à des genres et à des époques variés, accompagnées ou non de cartons d’explications plus ou moins longs à lire, et pouvant susciter ou non des "moments selfies". Pour les deux études, des paramètres tels que le genre, l’âge et la taille du groupe de visiteurs sur le temps passé à regarder les œuvres ont également été examinés.

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C’est ce terrible constat des 28 secondes qu’ont fait 166 musées au Canada, au Royaume-Uni, en Australie et aux États-Unis. Pour lutter contre cela, différentes institutions ont organisé le 6 avril dernier le "Slow Art Day", un jour dédié durant lequel le visiteur et esthète est censé prendre son temps pour contempler les œuvres d’art. On oublie ainsi le rythme "visite d’appartement" et le "clic clac Kodak" devant une œuvre, juste le temps d’une journée.

Qu’est-ce que le Slow Art (Day) ?

Le Slow Art Day a initialement été lancé en 2009 par un certain Phil Terry, le patron de la firme de conseils Creative Good. L’idée du créateur était de demander aux visiteurs de rester 10 minutes minimum devant une œuvre, de se concentrer intensément devant, de monopoliser son regard pour admirer ses détails et d’en discuter en groupe après l’expérience. Sur ces dix dernières années, Phil Terry a organisé plus de 1 500 événements de Slow Art dans le monde.

"Le but de cette initiative est d’apporter une réponse culturelle au smartphone et à sa domination croissante dans la culture, mais aussi aux expositions blockbusters et à l’accent mis sur les chiffres absolus", a-t-il déclaré à Art Newspaper. "Après une heure de visite, je me sentais revigoré. Ces micro-expériences peuvent nous transformer et aller beaucoup plus loin qu’un simple regard [lancé à l’œuvre]".

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Selon Rebecca Chamberlain, une conférencière en psychologie à l’université de Goldsmiths, à Londres, le Slow Art renvoie à "la conscience, au bien-être" et à la "méditation en pleine conscience sensorielle""votre centre d’attention est dans le moment présent et non pas sur des idées ou des pensées externes". Un grand bien pour les états d’anxiété de chacun et qui rejoint l’initiative des médecins canadiens de prescrire des cures d’art dans les musées à leurs patients.

Cette année, 94 événements étaient organisés à travers le monde, ce samedi 6 avril. Le mouvement n’a pour le moment pas inspiré les institutions françaises mais on peut d’emblée prendre quelques initiatives. Et si, à partir du moment où on décide de prendre du temps pour aller dans les galeries et musées, on faisait de toutes ces fois un Slow Art Day ?

Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 09/04/2019

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