<> at Rockefeller Plaza on November 6, 2012 in New York City.

Fin de la polémique : "Le Bouquet de tulipes" de Jeff Koons sera installé à Paris

Cette installation, offerte en signe de soutien après les attentats du 13 novembre, a complété son financement et ira au Petit Palais.

© Jeff Koons/Noirmontartproduction

En 2015, alors que les attentats du 13 novembre venaient de frapper Paris, l’artiste Jeff Koons a voulu témoigner de son soutien. Un an plus tard, il offrait un cadeau à Paris, "en signe de fraternité". Ce "cadeau" est en fait une sculpture d’acier et de bronze polychrome, de plus de 11 mètres de haut, de 33 tonnes, et représente une main tenant un bouquet de faux ballons de baudruche en forme de tulipes. Un peu kitsch, on l’admet. Son geste à première vue attentionné est remonté jusqu’aux ambassades puisque c’est l’ancienne ambassadrice américaine à Paris, Jane D. Hartley, qui a soumis cette œuvre en y voyant un bel hommage aux victimes des attaques terroristes dans la capitale.

Fin 2016, après l’annonce officielle, Jeff Koons voyait déjà son œuvre placée entre le Palais de Tokyo et le musée d’Art moderne, dans le XVIe arrondissement. Selon l’artiste, les fleurs symbolisent "l’optimisme, la renaissance, la vitalité de la nature et le cycle de la vie", qui continue. Plus de six mois après cette offrande, le projet n’avait toujours pas abouti. En effet, il fallait environ 3,5 millions d’euros à la ville de Paris pour le financer et l’artiste ne voulait pas participer. Il n’offrait que le projet, l’esquisse et non l’œuvre finie − détail crucial qu’il a omis de préciser lors de son annonce. Ses tulipes ont commencé à sentir le rance et son geste généreux avait des allures de cadeau empoisonné.

La peur d’un conflit diplomatique… pour des tulipes

Jeff Koons posant fièrement devant ses Tulips, à New York. (© Jamie McCarthy/Getty Images)

Dans le milieu artistique, les langues de bois se déliaient petit à petit : on reprochait alors à Jeff Koons sa mégalomanie, son opportunisme et son côté "homme d’affaires" qui prime souvent sur l’artiste. On a usé du terme "koonseries" pour désigner les caprices de l’artiste. On ne comprenait pas pourquoi il insistait pour un emplacement dans le XVIe arrondissement, loin des quartiers où ont eu lieu les attentats, loin du symbole.

En mai 2017, le Fonds pour Paris, un fonds privé pour la Mairie, avait déjà récolté 3,3 millions d’euros : il restait donc 500 000 euros pour compléter le financement, et cela sans parler des problèmes logistiques, c’est-à-dire, trouver un sol qui supporterait 33 tonnes de sculpture dans Paris. Fabrice Hergott, le directeur du musée d’Art moderne, était ouvert au dialogue tandis que Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo, s’y opposait sans vouloir froisser le grand Koons et son collectionneur François Pinault avec qui il ne faudrait pas se fâcher.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, veut voir le projet avancer plus vite, autant d’un point de vue artistique que diplomatique : "Vous imaginez la polémique internationale qu’aurait pu générer une position de la ville consistant à dire aux Américains : 'Nous ne voulons pas de votre cadeau' ?", rapporte L’Express. C’est ensuite au tour de Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, d’en rajouter une couche : elle déclare que le gouvernement aidera la ville de Paris à trouver une issue "à la hauteur de l’enjeu symbolique". Elle proposait ainsi le site de La Villette pour accueillir cette sculpture-mastodonte.

Ce "cadeau" − qui n’en est pas réellement un − vient de trouver son lieu d’exposition et son financement : Le Bouquet de tulipes sera installé au Petit Palais, a annoncé, vendredi dernier, l’adjoint au maire chargé de la culture, Christophe Girard, sur France Inter. Il détaille que l’artiste américain est rapidement passé à Paris et que la décision du lieu s’est faite en une journée : ce sera au Petit Palais du musée des Beaux-Arts de Paris, car "il y a là des jardins municipaux dans lesquels il y a un emplacement possible".

L’adjoint au maire a également insisté sur le fait que l’œuvre n’a pas été financée avec l’argent public, et que ce dernier ne servira qu’à "l’entretien" : "Et on verra avec l’État pour la protection de l’œuvre", ajoute-t-il. Dans une tribune, publiée dans Libération, les signataires s’insurgeaient contre le système de financement via mécènes privés, puisque ces derniers bénéficieraient tout de même de déductions fiscales sur leurs impôts, ce qui, par conséquent, coûtera aux contribuables français et à l’État qui ne touchera pas cet argent.

Le Monde précisait également que les 3,5 millions n’iront pas dans la poche de l’artiste mais bien dans l’enveloppe dédiée à la construction de l’œuvre et aux ouvriers mobilisés. Il semblerait que Jeff Koons soit arrivé à ses fins mais pas sûr que cette solution l’aide à redorer son blason.

Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 15/10/2018

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