© Kehinde Wiley

Kehinde Wiley, portraitiste officiel d’Obama, célèbre les Polynésiens transgenres

Ses œuvres interrogent le regard ambigu de la France et de son histoire artistique sur "les corps à la peau noire ou brune".

À Paris, la galerie Templon met à l’honneur le travail de l’artiste américain Kehinde Wiley. Si sa nomination, en 2016, pour la réalisation du portrait officiel de Barack Obama, lui avait offert un regain de popularité, le reste de son œuvre reste parfois méconnu du grand public. L’exposition "Tahiti – Kehinde Wiley", visible jusqu’au 20 juillet 2019, présente de nouvelles œuvres du peintre.

Avant ce portrait présidentiel, Kehinde Wiley confie s’être toujours intéressé aux anonymes et aux oublié·e·s, notamment les grand·e·s oublié·e·s de l’histoire de l’art : les hommes et les femmes noir·e·s.

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"Portrait de Kea Loha Mahuta", Kehinde Wiley, 2019, huile sur lin, 92 x 78 cm. (© Diane Arques/ADAGP, Paris 2019/courtesy Templon, Paris et Bruxelles)

"Tahiti – Kehinde Wiley" se focalise justement sur des modèles noir·e·s, en Polynésie, dont les corps ont largement été sexualisés à travers l’histoire. C’est par exemple le cas dans les œuvres de Paul Gauguin, peintre ayant élu résidence à Tahiti, connu pour ses amours avec de très jeunes filles lui servant aussi de modèles.

Dans une volonté de mise à distance de ces regards archaïques, Kehinde Wiley sublime à coups de pinceaux des photographies représentant des Māhū, une communauté polynésienne de personnes du troisième genre :

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"[Cette exposition] abordera l’histoire de France et son attitude extérieure envers les corps à la peau noire ou brune, spécifiquement en ce qui concerne les penchants sexuels. Gauguin est très présent dans l’imaginaire de la France et de son interface mondiale – invitant à sa suite une histoire tout entière, celle d’un regard ambigu. J’interroge, j’absorbe et je contribue aux discours sur les Māhū, sur la France, et sur l’invention du genre", détaille l’artiste.

Penser l’identité par la transformation artistique

La galerie précise qu’après avoir exploré une bonne partie du globe – en particulier l’Amérique du Nord, l’Asie du Sud et l’Afrique de l’Ouest –, le portraitiste s’est pris d’intérêt pour ces transgenres historiquement respecté·e·s au sein de leur société avant "d’être exclu·e·s par les missionnaires catholiques et protestants".

Autour des corps de ses modèles, Kehinde Wiley intègre des fonds colorés et des ornements fleuris. Ces portraits transformés, "chargés de connotations historiques ayant trait au colonialisme et à l’objectivation sexuelle", gravitent tout en poésie autour de thèmes liés à l’identité, qu’elle soit genrée, culturelle ou sociale.

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Kehinde Wiley ne vient pas seulement remettre en question la tradition artistique occidentale, il l’augmente et l’intensifie en remettant au centre de ses œuvres des modèles noir·e·s sublimé·e·s sous le pinceau d’un homme noir.

"Portrait de Kea Teuru", Kehinde Wiley, 2019, huile sur lin, 152 x 122 cm. (© Diane Arques/ADAGP, Paris 2019/courtesy Templon, Paris et Bruxelles)

"Portrait de Geysha Kaua", Kehinde Wiley, 2019, huile sur lin, 151,5 x 122,5 cm. (© Diane Arques/ADAGP, Paris 2019/courtesy Templon, Paris et Bruxelles)

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"Portrait de Kea Loha Muhuta, II", Kehinde Wiley, 2019, huile sur lin, 162,5 x 213,5 cm. (© Diane Arques/ADAGP, Paris 2019/courtesy Templon, Paris et Bruxelles)

"Portrait de Moerai Matuanui", Kehinde Wiley, 2019, huile sur lin, 183 x 153,2 cm. (© Diane Arques/ADAGP, Paris 2019/courtesy Templon, Paris et Bruxelles)

"Portrait de Shelby Hunter", Kehinde Wiley, 2019, huile sur lin, 183 x 244 cm. (© Diane Arques/ADAGP, Paris 2019/courtesy Templon, Paris et Bruxelles)

"Portrait de Tuatini Manate", Kehinde Wiley, 2019, huile sur lin, 114,5 x 92 cm. (© Diane Arques/ADAGP, Paris 2019/courtesy Templon, Paris et Bruxelles)

"The Siesta", Kehinde Wiley, 2019, huile sur lin, 183 x 244 cm. (© Diane Arques/ADAGP, Paris 2019/courtesy Templon, Paris et Bruxelles)

L’exposition "Tahiti - Kehinde Wiley" est visible à la galerie Templon jusqu’au 20 juillet 2019.

Par Lise Lanot, publié le 27/05/2019

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