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Nan Goldin est en guerre contre un mécène du Louvre responsable de milliers de morts

Le nom de la famille Sackler est associé à une aile du musée, mais surtout à la mort de consommateurs d'un antidouleur addictif.

Lundi 1er juillet, la photographe américaine organisait une action dans la cour du Louvre pour demander le changement de nom de l’aile des antiquités orientales du Musée du Louvre. Cette partie du bâtiment porte aujourd’hui le nom "Sackler", pour le généreux don de 10 millions de francs effectué en 1996 par cette famille d’industriels en pharmacologie.

Jusque-là, rien d’anormal. Sauf que laboratoire Purdue, propriété de la famille Sackler, produit l’OxyContin, un antidouleur composé d’opium de synthèse qui a plongé des milliers d’Américains dans la dépendance et les a conduits à la mort. Le scandale est connu sous le nom de "crise des opioïdes" aux États-Unis et au Canada.

Si l’épidémie est encore peu connue en France, il est effectivement embarrassant pour une prestigieuse institution culturelle publique d’être associée à une affaire de la sorte. Nan Goldin a toujours été proche des milieux marginaux et consommateurs de drogues, mais son engagement dans cette affaire de santé publique vient de sa propre histoire.

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Rescapée des opioïdes

Nan Goldin milite depuis deux ans avec les membres du collectif qu’elle a fondé, P.A.I.N. (Pain Addiction Intervention Now). C’est en 2014 qu’un médecin lui prescrit de l’OxyContin pour la première fois alors qu’elle souffre d’une tendinite. En mars 2017, elle entre en cure de désintoxication. Avec un regard cru qui a toujours été le sien, la photographe a immortalisé sa propre descente aux enfers.

Une fois sevrée, l’artiste lançait en 2018 une pétition sur Change.org dans laquelle elle partageait son histoire. Elle affirmait qu’en 2016 les États-Unis comptaient quelque 46 000 décès liés à la consommation d’opioïdes et que dans 80 % des cas, la consommation commençait par une prescription médicale.

Enfin, elle y établissait les relations entre la famille Sackler et le monde de l’art. C’est par cet angle particulier que sa lutte gagne en reconnaissance : ce n’est en fait pas la première action de la photographe contre cette famille de mécènes, et les activistes seraient même plutôt en passe de gagner cette bataille puisque le Guggenheim a annoncé avoir renoncé à l’argent des Sackler en mars dernier, puis le Tate et la National Gallery de Londres suivi du Metropolitan Museum of Art en mai.

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Self portrait high Berlin 2016 I survived the Opiod Crisis

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La France menacée

Pour cette action française, Aides s’est joint à P.A.I.N. Cette association de lutte contre le sida tire la sonnette d’alarme et rappelle dans son communiqué que "90 médecins addictologues ont également lancé le cri d’alarme le 22 juin dernier dans une tribune parue dans Le Journal du Dimanche".

"12 millions de Françai·se·s utilisent des médicaments opiacés, sans être alerté·e·s sur leur potentiel addictif et sur les risques d’overdose. Les hospitalisations ont doublé, les décès, triplé. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies fait, quant à lui, état d’une hausse de la dépendance aux opioïdes parmi les personnes non-usagères de drogues illicites à la suite d’un traitement analgésique."

Pour le moment, le musée du Louvre n’a pas réagi mais la lutte se poursuit.

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Par Apolline Bazin, publié le 11/07/2019

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