Par Lisa Miquet

Pour célébrer les 60 ans de création de La Défense, l’esplanade accueille du 5 juillet au 21 octobre le festival Les Extatiques.

Cutout Project: Auntie Maria par Hanif Kureshi. © Carlos Ayesta

Quand on pense à La Défense, on imagine souvent des tours de béton et d’acier, le monde du travail et son agitation. Et pourtant, c’est un territoire où l’activité culturelle est très dynamique. Non seulement plusieurs événements investissent l’esplanade chaque année, mais les commandes et acquisitions d’œuvres d’art n’ont cessé depuis 1958 : avec 69 œuvres permanentes, La Défense possède aujourd’hui la plus grande collection d’œuvres d’art dans l’espace public.

Pour célébrer les 60 ans du quartier, La Défense abritera pendant 108 jours – du 5 juillet au 21 octobre 2018 – une multitude d’œuvres créées par neuf artistes aux profils totalement différents. Certains sont français, d’autres viennent de l’autre côté du globe, plusieurs sont de renommée internationale quand d’autres émergent tout juste. Et pourtant, ils se sont tous pliés au challenge de bouleverser notre perception du quartier de La Défense.

Chambouler notre vision

En créant un banc de taille géante, Lilian Bourgeat joue avec les échelles et transforme notre vision du quotidien. Comme de retour en enfance, le spectateur découvre avec un œil nouveau cet élément de mobilier urbain pourtant si commun. Il ne s’agit pas seulement d’observer la sculpture mais aussi de l’escalader pour voir le monde d’un peu plus haut. Si les tours de La Défense ont la folie des grandeurs, les autres éléments de l’espace public peuvent eux aussi devenir démesurés.

De la même manière, Leandro Erlich modifie notre vision en renversant la perspective du paysage grâce à des collages monumentaux. L’artiste a donc pensé une structure autour de laquelle des bâches imprimées sont accrochées pour servir de trompe-l’œil. D’un côté, La Défense se mêle avec des immeubles typiques de Buenos Aires, de l’autre avec des immeubles haussmaniens. Par sa structure inversée, le spectateur a l’impression de marcher sur la façade : un virage à 180° aussi récréatif que perturbant.

À la rencontre d’œuvres ludiques

Parmi les œuvres avec lesquelles il est aisé d’interagir, on retrouve aussi les miroirs à selfies conçus par l’artiste @encoreunestp. À l’heure où les œuvres, et notamment celles de street art, sont sans arrêt photographiées et publiées sur les réseaux sociaux, l’artiste propose ici des miroirs directement encadrés par des éléments d’interface d’Instagram.

L’artiste invite alors indirectement le spectateur à faire un selfie et à se questionner : l’humanité est-elle aujourd’hui complètement autocentrée ? Le selfie est-il une preuve de narcissisme ou simplement une nouvelle façon d’exprimer sa présence en ligne ? Sans juger la pratique du spectateur, par son dispositif, l’artiste s’interroge sur nos pratiques du numérique.

Parmi la diversité d’œuvres proposées par Les Extatiques, on peut aussi découvrir Vincent Lamouroux qui souligne l’artificialité des paysages urbains en recouvrant des arbres de l’Esplanade de chaux, ou encore Fanny Bouyagui qui a conçu un labyrinthe de 500 m2 composé de 4 000 tournesols, de quoi nous donner envie de nous y perdre.

Le festival Les Extatiques est donc un agréable prétexte pour (re)découvrir le patrimoine culturel du quartier de La Défense, de pénétrer l’univers de neuf nouveaux artistes et de rencontrer des œuvres ludiques. Vous avez jusqu’à l’automne prochain.

Insta’mirrors #Stilllike par encoreunestp. © Carlos Ayesta

Cutout Project: Auntie Maria par Hanif Kureshi. © Carlos Ayesta

Inner city – Paris/ Buenos Aires par Leandro Erlich. © Carlos Ayesta

Banc Public par Lilian Bourgeat. © Carlos Ayesta

Untitled Pass Through par Matteo Nasini. © Carlos Ayesta

Projection par Vincent Lamouroux. © Carlos Ayesta

Les Extatiques, 108 jours de parcours artistique, du 5 juillet au 21 octobre 2018 à La Défense à Paris.