Par Donnia Ghezlane-Lala

Jusqu’au 9 septembre, le Palais de Tokyo consacre sa saison estivale à une programmation d’expositions qui vous fera revivre vos plus jeunes années, et vous fera retomber en enfance.

Ugo Rondinone, Vocabulary of Solitude, 2016. (Courtesy de l’artiste/Photo : Stefan Altenburger)

Antoine de Saint-Exupéry écrivait dans sa dédicace du Petit Prince : "Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.)" C’est au plus profond de vous que subsiste votre âme d’enfant, et à travers une série d’expositions, le Palais de Tokyo compte bien faire vibrer cette corde sensible. Souvenez-vous de ce temps où l’événement le plus anecdotique se transformait en conte merveilleux, de cette imagination débordante qui vous faisait vivre des moments magiques à partir de rien ou presque, de cet univers innocent et loin de tout qui vous enveloppait comme une bulle réconfortante.

Saint-Exupéry, adulte, a dédié son livre Le Petit Prince à un autre adulte, son ami Léon Werth (ou plutôt à l’enfant que ce dernier a été autrefois), et il en est de même pour cette exposition : elle s’adresse aussi bien à l’âme enfantine d’adultes qu’aux enfants, et présente des œuvres réalisées par des artistes adultes. L’entrée même du Palais de Tokyo nous fait pénétrer dans ce monde coloré et naïf par une devanture de maison de poupées.

Si le parcours d’expositions s’attache à nous faire replonger dans nos souvenirs et nos joies, il réveille aussi nos peurs d’enfant refoulées, dans un parcours initiatique digne des plus grands contes merveilleux et romans d’apprentissage : des textes fondateurs à des adaptations plus contemporaines de ces mythes. Le circuit se découpe en quatre expositions : des expositions solos présentant les travaux de Laure Prouvost, de Bronwyn Katz, de Julieta Garcia Vazquez, et un ensemble d’œuvres joliment intitulé "Encore un jour banane pour le poisson-rêve".

Encore un jour banane pour le poisson-rêve

Petrit Halilaj, vue de l’exposition "ABETARE (Fluturat)", kamel mennour, Paris, 2017-2018. (© Petrit Halilaj/Courtesy de l’artiste et kamel mennour Paris/Londres)

Cette "Saison Enfance" porte en son cœur une exposition collective particulièrement attendrissante puisqu’elle nous emmène au pays des merveilles et de l’enfance : "Encore un jour banane pour le poisson-rêve", titre qui fait référence à une nouvelle de J. D. Salinger, auteur de L’Attrape-cœurs. Cette expo, plus que les autres, s’interroge sur le sens de l’émerveillement et la capacité des enfants à créer des mondes de toutes pièces. Comment les peurs et les angoisses se construisent-elles dans ce monde fantasmé ? Et comment l’identité d’un enfant se construit-elle autour de tout cela ?

Une vingtaine "d’adultes" sont exposés : de Clément Cogitore, metteur en scène de l’exposition qui a imaginé plusieurs atmosphères et installations, à Andy Warhol, en passant par Kiki Smith, Petrit Halilaj, Jean-Marie Appriou, David Douard, Dran, Caroline Achaintre, Anna Hulacova, Yuko Mohri, Megan Rooney et Rachel Rose…

Megan Rooney, MOMMA! MOMMA!, Tramway, Glasgow, 2017. (Courtesy de l’artiste et de Tramway, Glasgow/Photo : Keith Hunter)

On replonge ainsi dans toute une littérature et une narration de l’enfance, à travers des installations contemporaines à la fois plastiques et audiovisuelles. Le Palais de Tokyo nous renseigne :

"L’exposition invite le visiteur 'de 7 à 77 ans' à traverser diverses épreuves initiatiques, en se confrontant à l’étrange et à l’étranger. […] Loin d’une vision édulcorée de l’enfance, les œuvres de l’exposition explorent tout à la fois la fantaisie, l’ingénuité, le sens du jeu, de l’apprentissage et du merveilleux, mais aussi la face sombre et parfois cruelle ou perverse de l’enfance, des sentiments d’abandon et d’ennui à la capacité d’effroi, de colère et de terreur qui l’animent parfois."

Au milieu des sonorités de clochettes qui retentissent çà et là, des couleurs pastel et vives qui recouvrent des murs blancs, des sculptures-pompons, des licornes enchanteresses, et autres dessins animés, on tombe sur des œuvres effrayantes : des enfants qui crient de terreur dans un film réalisé par Philippe Gandrieux ; une pièce angoissante et capitonnée qui respire et explose, un rideau vivant en velours rouge et un monstre marin fantastique qui sursaute dans le noir, imaginés par Clément Cogitore en collaboration avec des artisans d’art ; une famille décomposée et bizarre conçue par Anna Hulacová ; une salle de classe "témoin des conflits du monde" construite par Petrit Halilaj ; et une pièce remplie de clowns qui ressemblent à des statues vivantes, venant de l’esprit phobique d’Ugo Rondinone. Et au milieu de ce vacarme fascinant, c’est au héros et à l’enfant téméraire que nous incarnons de se frayer un chemin, telle Alice passant de l’autre côté du miroir.

Petrit Halilaj, vue de l’exposition "ABETARE (Fluturat)", kamel mennour, Paris, 2017-2018. (© Petrit Halilaj/Courtesy de l’artiste et kamel mennour Paris/Londres)

Petrit Halilaj, vue de l’exposition "ABETARE (Fluturat)", kamel mennour, Paris, 2017-2018. (© Petrit Halilaj/Courtesy de l’artiste et kamel mennour Paris/Londres)

Ugo Rondinone, Vocabulary of Solitude, 2016. (Courtesy de l’artiste/Photo : Stefan Altenburger)

Megan Rooney, MOMMA! MOMMA!, Tramway, Glasgow, 2017. (Courtesy de l’artiste et de Tramway, Glasgow/Photo : Keith Hunter)

Megan Rooney, MOMMA! MOMMA!, Tramway, Glasgow, 2017. (Courtesy de l’artiste et de Tramway, Glasgow/Photo : Keith Hunter)

Megan Rooney, MOMMA! MOMMA!, Tramway, Glasgow, 2017. (Courtesy de l’artiste et de Tramway, Glasgow/Photo : Keith Hunter)

Takashi Kuribayashi, Wolkenmeer (mer de nuages), 2012, Towada Art Museum, Aomori Japan.

Tomoaki Suzuki, vue d’exposition, galerie Corvi-Mora, Londres, 2017.
(Courtesy de l’artiste et Corvi-Mora, Londres)

Vue de l’exposition "Andy Warhol", galerie Jérôme de Noirmont, Paris, du 29 novembre 1996 au 25 janvier 1997. (Courtesy Jérôme de Noirmont/© ADAGP, Paris 2018)

Jonathan Monaghan, Disco Beast, 2016. Vidéo (couleur, son), 18 minutes en boucle. (Courtesy de 22,48 m², Paris)

Caroline Achaintre, Todo Custo, 2015. (Courtesy d’Arcade, Londres/Photo : Andy Keate)

"Saison Enfance", un ensemble d’expositions à voir au Palais de Tokyo jusqu’au 9 septembre 2018. On vous conseille vivement "Encore un jour banane pour le poisson-rêve".