© Jaelynn Castillo

Instagram va-t-il supprimer le like ?

La fonctionnalité a été discrètement implémentée, mais jamais testée.

La suppression du like n’a jamais été évoquée par Instagram et ne le sera peut-être jamais. Mais dans des recoins cachés des lignes de code, en backstage, ingénieurs et chefs de produit testent la fonctionnalité.

C’est du moins ce que vient de révéler Jane Manchun Wong, 24 ans. White-hat autodidacte, chasseuse de code, reverse engineer, appelez-la comme vous voulez, il n’y a pas vraiment de terme pour qualifier sa plus grande passion : aller fouiller dans le code source des applis populaires.

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Dans la feature spottée par Jane, le like ne disparaît pas totalement. Caché au grand public, le compteur qui rend fou reste visible par la personne auteure du post. Interrogé par The Verge, Instagram répond : "Nous ne testons pas cette fonctionnalité pour le moment [elle n’a pas été implémentée en bêtatest chez qui que ce soit, ndlr], mais nous explorons des manières de réduire la pression exercée sur Instagram, nous y réfléchissons en permanence."

Éléments de langage un peu vagues et pavés de bonnes intentions, comme a l’habitude de nous servir Facebook, qui ne peuvent pas ne pas faire écho à ce que nous racontait récemment le chef monde du feed Facebook.

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Le like influence le contenu

Le like, on le sait, est une cocaïne douce en forme de petit cœur. Sur Facebook, Instagram et Twitter, l’ego n’aime rien tant qu’être flatté de mille petites attentions, qui font de nous des célébrités éphémères. Angèle, dans "La Thune", ne dit pas autre chose : "Tout le monde il veut seulement la fame/Et seulement ça, ça les fait bouger/Bouger leurs culs le temps d’un verre/Photo sur Insta, c’est obligé/Sinon, au fond, à quoi ça sert ?"

Avant elle, le grand Kanye West dénonçait non seulement le like, mais aussi l’affichage public du nombre de followers :

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Il est de bon ton, également dans le milieu de la tech, de dénoncer cette invention diabolique. Hasard du calendrier, le patron et fondateur de Twitter, Jack Dorsey, affirmait récemment que l’implémentation du like (et son de son prédécesseur, le fav en forme d'étoile) était une grossière erreur :

"Si je devais recommencer, je ne mettrais pas autant en avant le nombre de followers, ni le compteur de likes. Je pense même que je ne mettrais pas les likes en place tout court."

Il y a un an et demi, Justin Rosenstein, l’ingénieur qui avait inventé le "Like" sur Facebook, battait lui aussi sa coulpe, utilisant les mots "enfer" et "addiction" pour qualifier son magnum opus.

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On peine à imaginer la survie du triptyque Facebook-Insta-Twitter sans le like, aussi inextricables que peuvent l’être deux particules quantiques. Il n’y a que Snapchat, allergique à la métrique, pour avoir envisagé les choses autrement, dès les débuts. Un exe intello de Snapchat, Nathan Jurgenson, déclarait récemment de but en blanc à nos confrères d’Usbek & Rica :

"Je soutiens l’éphémérité du réseau, et l’absence de métriques, les chiffres, les scores, étant pour moi l’une des pires choses des réseaux sociaux. Quand vous avez une conversation avec quelqu’un et que tout le monde peut y apposer un nombre, et noter chacune des phrases échangées, ça donne une conversation de qualité déplorable.

Or, c’est la façon dont les réseaux sont conçus. Les chiffres dirigent tout. Ils produisent le contenu, ils ne le mesurent pas. Le contenu est celui qu’il est parce qu’il faut maximiser ces chiffres."

Par Pierre Schneidermann, publié le 23/04/2019

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