Par Lise Lanot

Jusqu’au 10 février, les murs de 11 stations franciliennes de transports en commun sont pimpés par l’artiste JR.

Cela fait plusieurs années que la RATP se rapproche de ses usagers grâce au médium artistique, notamment photographique. Peut-être pour faire oublier ses contrôles des titres de transport intempestifs ou les problèmes de ses lignes, le réseau francilien se rattrape en organisant par exemple des concours de photo sur Instagram, qui proposent aux participants de s’inspirer des travaux des plus grands dans des thématiques citadines, à l’instar de "Ma ville, mon quartier" en 2018 ou "Ma ville qui bouge" en 2017.

En plus de donner une chance à ses utilisateurs anonymes, la RATP invite depuis cinq ans des photographes reconnus à repenser les murs des stations de métro et de RER. Après celles de Harry Gruyaert et Sebastião Salgado en 2015, Richard Avedon en 2016, Yann Arthus-Bertrand en 2017 et les artistes du Festival Circulation(s) en 2018, ce sont les œuvres de l’artiste français JR qui seront exposées dans les transports en commun jusqu’au 10 février 2019.

Ainsi, alors que JR fait l’objet d’une exposition à la Maison européenne de la photographie, des œuvres du photographe aux lunettes noires et à l’infatigable chapeau viendront occuper des murs moins institutionnels : ceux de 11 gares et stations d’Île-de-France (Hôtel de Ville, Châtelet, Luxembourg, Saint-Denis Porte de Paris, Gare de Lyon, La Chapelle, Saint-Michel, Bir-Hakeim, Madeleine, Pyramides, Nanterre-Université).

52 yeux en noir et blanc

Pour le photographe itinérant qui intègre ses photographies aux paysages du monde entier, le plus souvent en collaboration avec les locaux, exposer ainsi ses œuvres dans des endroits qui n’ont habituellement pas d’autre fonction que d’être des lieux de transit – dans lesquels on ne souhaite pas s’attarder – est logique, comme il l’expliquait à la RATP :

"Revenir dans le métro, exposer sur les quais, c’est l’occasion de présenter mon travail à des gens qui n’ont rien demandé, qui ne se sont pas déplacés dans une galerie ou un musée, mais qui se rendent simplement au travail ou vont voir des amis. C’est conforme à ma vision de l’art qui doit aller à la rencontre des gens."

Ce sont au total 26 regards d’anonymes qui observeront le ballet quotidien, plus ou moins gracieux, des Franciliens dans les transports. Si on évite souvent de croiser le regard de son voisin, ces immenses paires d’yeux seront difficiles à fuir, et c’est bien l’objectif de l’artiste qui souhaite "interpeller les voyageurs avec un regard" avec ce projet logiquement intitulé Voyager avec d’autres.

Cette interaction motive le travail de JR qui définit le métro comme "un des rares espaces de brassage où toutes les catégories sociales se retrouvent, où les enfants et les personnes âgées se côtoient, où les banlieusards et les Parisiens se croisent". Le projet est d’ailleurs évolutif, à l’image de ce melting-pot en mouvement décrit par JR, puisque le photographe immortalisera de nouveaux voyageurs ayant déjà eu l’occasion d’admirer cette première vague d’œuvres en noir et blanc.