© Camille Gharbi

Cette série photo dénonce l’horreur des féminicides en montrant les armes de ces crimes

Le 25 octobre 2019, on comptait 124 femmes tuées par leur compagnon ou ex-compagnon en France depuis le début de l’année.

"Dimanche, dans le Loiret, une femme de 53 ans a été assassinée par son conjoint", écrit le collectif Nous toutes sur Instagram au sujet de la 114e victime de féminicide conjugal en 2019. Si ce mouvement militant interpelle par les chiffres, la photographe française Camille Gharbi dénonce l’horreur de ces crimes et leur triste répétition en images. Sur un fond gris et épuré, dénué de toute violence, elle dépose les objets du quotidien qui ont servi à ôter la vie à des femmes.

Sa série, paradoxalement intitulée Preuves d’amour, recense ainsi une vingtaine d’objets : une écharpe, une casserole, une chaîne hi-fi, un sac plastique… À côté, l’artiste a pris soin de rapporter le prénom, l’âge et la date du crime pour chacune des victimes tuées avec ces armes.

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© Camille Gharbi

Pour Camille, le déclic est survenu à Noël 2017, à la lecture d’un fait divers relatant le meurtre de Noémie Feuilloy, tuée par son ex-compagnon. "Je me suis rendu compte que la mention de l'arme du crime, le cutter, m'interpellait particulièrement. J'ai une formation d'architecte et c'est un objet que j'ai beaucoup manipulé." Elle décide alors d’aborder le sujet des violences conjugales, et plus spécifiquement des féminicides, par le biais de ces objets dont l’usage initial a été détourné pour accomplir le pire.

Une vingtaine d’images pour raconter 253 féminicides conjugaux

Pour mener à bien ce projet, la photographe se plonge dans les archives et s’appuie notamment sur le travail réalisé par le collectif "Féminicides par compagnons ou ex". "J'ai relu l'intégralité des articles relayés sur leur page pour les années 2016 et 2017, et pour chaque cas, j'ai effectué des recherches supplémentaires afin de trouver le maximum d'informations", nous explique l’artiste, avant de poursuivre : "En tout, j’ai dû lire 600 à 700 articles de presse. À la fin, j’étais énervée." Au total, ses photos reviennent sur pas moins de 253 cas de meurtres de femmes dans un contexte conjugal, qui ont eu lieu en France.

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Pour la photographe, intituler son travail "Preuves d’amour" était un moyen de dénoncer une société patriarcale qui romance les féminicides, comme le prouve le terme de "crime passionnel".

"On continue à alimenter le mythe de l’amour qui mènerait à la mise à mort de l’être aimé. Les meurtres de femmes par leur conjoint, compagnon ou ex ne sont pas des crimes passionnels mais des crimes possessionnels. La grande majorité des passages à l’acte ont lieu dans des contextes de séparation, de crise conjugale ou de jalousie amoureuse. La jalousie, la colère, la violence ne sont pas des preuves d'amour."

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Par Pauline Allione, publié le 16/10/2019

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