Rencontre : les clichés cinématographiques d’Hugo Vouhé nous embarquent hors du temps

Rencontre avec le jeune talent.

Alors qu’il est seulement âgé de 21 ans, Hugo Vouhé déploie déjà un univers visuel très abouti. S’il oscille entre mise en scène et photographie de rue – deux disciplines qui peuvent à première vue sembler opposées –, son style photographique est le fil rouge entre ses différents travaux.

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Alors qu’il vient d’être exposé à Deauville dans le cadre du festival Planche(s) Contact, pour lequel il a réalisé une série d’images à la villa Strassburger, nous avons profité de l’occasion pour échanger avec le photographe afin d’en découvrir un peu plus sur son mystérieux univers.

© Hugo Vouhé

Cheese | Comment as-tu commencé la photo ?

Hugo Vouhé | Comme beaucoup de jeunes aujourd’hui, mon premier contact avec la photographie s’est fait à travers le smartphone. Je devais avoir 12 ans, mon père me prêtait régulièrement son iPhone 3G et j’ai joué avec l’appareil photo un bon moment. Peu de temps après, on m’a offert un bridge avec lequel je prenais absolument tout en photo, persuadé d’avoir du talent ; on en était pourtant loin… Avec la maturité et l’expérience, l’intérêt photographique pour les autres, les visages et les émotions m’est venu.

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As-tu fait une école ou es-tu autodidacte ?

J’ai appris par moi-même à maîtriser un boîtier, mais je n’ai pas hésité à faire une école de photo, les écoles de Condé à Paris. C’est une entrée confortable pour apprendre à gérer le matériel d’éclairage studio et pour s’approcher de différents regards photographiques.

Avec quoi est-ce que tu shootes ?

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Ça fait deux ans que je fais régulièrement du portrait et de la mise en scène en studio et en extérieur. Pour ce faire, j’utilise deux Sony A7, des hybrides plein format. En complément de la mise en scène, je fais de la photo de rue au quotidien, sur mon temps libre. C’est une pratique intime et discrète pour laquelle j’utilise un compact Sony RX100 IV, il tient dans une poche.

© Hugo Vouhé

C’est important pour toi le matériel ?

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À mon sens, il est avant tout important d’être à l’aise avec le matériel dont on dispose. Plus on est à l’aise et plus on se donne des opportunités de réaliser les images voulues. Je pense qu’on peut faire de bonnes photos même avec un matériel peu onéreux. Tout est une question de démarche. Si l’aboutissement est de tirer ses photos en grand avec un piqué irréprochable, il faut être bien équipé.

Trois mots pour décrire ton style ?

Pop, fictionnel et ambigu.

Tu as un univers très singulier, comment est-ce que tu l’as construit ?

Je ne me rends pas compte de la façon dont il se construit. Il est d’ailleurs perpétuellement en construction. J’essaie de réaliser mes fantasmes visuels sans me fixer de limites. Il est vrai que mes couleurs détonnent par rapport à ce qu’on voit plus quotidiennement. Je peux comprendre que cela déplaise à certains ; d’autres aiment mes photos et c’est tant mieux.

Comment est-ce que tu prépares tes séries, tu organises des moodboards ou tu fais tout à l’instinct ?

Je travaille souvent en duo avec une autre photographe qui s’appelle Lucie Gibierge. Elle aime clarifier l’esprit d’un shooting via moodboard, en effet. Cela fonctionne souvent comme ça lorsque je travaille avec elle. Pour ma part, je dessine à l’avance les plans clés que j’ai en tête pour me faire une idée de la composition globale d’une série et aussi pour ne pas les oublier, mais paradoxalement, je suis plutôt de ceux qui font les choses instinctivement.

C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé pour ma série Glam Gris réalisée à la villa Strassburger à Deauville. La quasi-totalité des images que j’avais prévues a été abandonnée pour laisser place au plaisir des tentations furtives comme des tentatives vaines. Mais ce n’est pas grave. Je trouve, en tout cas, plus excitant de faire les choses par instinct et de se donner des chances d’être surpris.

© Hugo Vouhé

Durant tes shootings, tu es plutôt du genre control freak ou à l’arrache ?

Quand je veux avoir le contrôle total, bien souvent la photo n’est pas terrible, notamment pour ce qui est de la direction des modèles. J’irai droit dans le mur si je les dirigeais jusqu’au bout des ongles. Je donne alors quelques indications, quelques mots, et je fais confiance. J’apprends continuellement à trouver le bon compromis entre le contrôle et le lâcher-prise.

Quelles sont les idées que tu explores ? Tes thèmes de prédilection ?

J’aime les paradoxes, l’ambiguïté ; j’aime associer des émotions aux antipodes les unes des autres. J’aime qu’on ne sache pas exactement sur quel pied danser, que les pistes soient multiples. J’aime aussi laisser une place, même minime, à l’incompréhensible. C’est étrange, mais je trouve qu’il y a du bon à ne pas comprendre. Deauville est une ville multifacette qui se prêtait merveilleusement bien à ce jeu…

Tes images semblent issues d’un autre temps, est-ce important pour toi d’être intemporel ?

Cela fait une décennie qu’on revient à des choses formellement propres aux années 1950, 1960, 1970, 1980, 1990, dans tous les domaines de l’art. Je ne cherche pas exactement à être intemporel, mais plutôt à trouver mon juste dosage entre l’ancien et l’actuel ; qui sait, peut-être que là se trouve le futur (?).

© Hugo Vouhé

Ton travail nous semble très cinématographique, dans quelle mesure le cinéma t’inspire ?

Oui, c’est vrai. Le cinéma m’inspire beaucoup. Il m’inspire dans la mesure où, comme beaucoup de gens, je suis attiré par les histoires et les images. Le cinéma en est une belle synthèse ; la bande dessinée également ! Il y a plein de BD d’hier et d’aujourd’hui que je trouve formidables par leur pouvoir immersif et leur créativité. Lorenzo Mattotti est un dessinateur qui m’inspire énormément.

Et d’ailleurs, quelles sont tes autres inspirations ?

Il y a des photographes de mode et de mise en scène connus : Guy Bourdin, Alex Prager, Miles Aldridge, Helmut Newton, Billy & Hells, etc. Il y en a aussi des moins connus : Formento+Formento et Boris Camaca par exemple. Il y a des photographes de rue qui m’inspirent par leurs lumières, leurs couleurs et leurs compositions comme Saul Leiter, Joel Meyerowitz, Alex Webb et surtout Harry Gruyaert.

Il y a des peintures géniales de Monet, de Matisse ou de Gauguin dont j’admire l’effet "vibrant" sur la rétine, qui naît de l’association de couleurs. Dans un autre registre, mais pour traduire le même propos, les toiles d’Ellsworth Kelly me captivent. Et je terminerai par le cinéma en me restreignant à Woody Allen – sinon je suis parti pour en citer un millier – qui est mon cinéaste préféré : j’aime l’élégance mêlée à l’humour, ainsi que la simplicité, la légèreté qui se mêle au dramatique que l’on peut voir dans ses films.

© Hugo Vouhé

Tu as été exposé dans le cadre du festival Planche(s) Contact de Deauville, qu’est-ce que cette opportunité t’a apporté ?

Avant tout de belles rencontres. C’était un réel plaisir que d’aller à Deauville, encadré par le festival, et de découvrir cette ville avec d’autres "jeunes" talents comme moi, et d’autres photographes renommés. J’en garderai un très bon souvenir. Je suis fier d’avoir exposé mes photos à Deauville, cela m’a aussi donné confiance en moi.

Quels sont tes projets pour la suite ?

Le grand projet est de pouvoir vivre de la photographie, et je ne suis pas le seul dans ce cas. Trouver un agent en fait aussi partie. Mais pour ce qui est des "projets artistiques", j’ai tendance à ne rien projeter, à ne rien théoriser. Je réalise mes images en temps voulu, et ce n’est qu’après avoir agi que je comprends ce qu’il s’est passé. L’exercice de l’interview est d’ailleurs assez bon pour prendre conscience de la manière dont on a fait les choses. En outre, je n’ai pas de projet précis mais je suis certain qu’il y aura plein d’idées photographiques qui prendront forme dans les semaines qui viennent !

© Hugo Vouhé

© Hugo Vouhé

© Hugo Vouhé

© Hugo Vouhé

© Hugo Vouhé

Vous pouvez retrouver le travail d’Hugo Vouhé sur son site Internet et son compte Instagram.

Par Lisa Miquet, publié le 28/11/2018

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