Droit d’image : Google peste contre l’UE en "censurant" des photos

Une directive de l’Union européenne pourrait bouleverser la façon dont les moteurs de recherche affichent les images d’articles de presse.

Exemple des miniatures "censurées" dans le cadre de l’expérience menée par Google. (Via designtaxi.com)

Chez certains internautes, Google a récemment "censuré" les images affichées par son service d’actualités, pour montrer les conséquences que pourrait avoir une directive annoncée par la Commission européenne en 2018. Il semble que le moteur de recherche prenne ce nouveau texte de loi de façon très personnelle.

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Ce n’est pas la première fois que la Commission européenne croise le fer avec Google. En juillet 2018, elle lui imposait une amende de 4,34 milliards d’euros. Le géant américain était alors accusé d’imposer des restrictions aux "fabricants d’appareils Android et aux opérateurs de réseaux pour faire en sorte que le trafic sur les appareils Android soit dirigé vers [son] moteur de recherche", comme le précisait Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence. Ce que la Commission européenne tente de contrer, c’est donc la position de domination et de toute-puissance que le moteur de recherche veut conserver.

Ce mois-ci, Google a donc tenté une expérience sur quelques-uns de ses utilisateurs, afin d’exprimer son mécontentement au sujet de certains articles de cette directive. Le Monde rapporte que c’est principalement l’article 11 qui pose problème, puisqu’il concerne, de façon encore assez indirecte, la façon dont Google Actualités (entre autres) affiche sur ses "miniatures" les "titres, photos et premières lignes d’articles de presse".

L’article 11 souhaiterait établir un droit d’image plus ferme et donner la possibilité aux éditeurs de presse de "réclamer des royalties quand des plateformes numériques (Google, Facebook, etc.) diffusent ou agrègent des extraits de leurs articles accompagnés d’un lien". Un porte-parole de Google a ainsi expliqué au Monde que l’entreprise tentait une "expérience" sur un nombre réduit d’utilisateurs au sein de l’Union européenne, afin de "comprendre l’impact que pourrait avoir la proposition de [la] directive européenne sur le droit d’auteur sur nos utilisateurs et nos éditeurs partenaires".

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Bras de fer

Fin décembre, le dirigeant de Google Actualités, Richard Gingras, s’élevait contre cet article 11. Il comparait l’application de cette directive à une forme de censure de l’information pour les citoyens européens : "Au contraire d’autres endroits du monde, [ces derniers] ne pourraient plus trouver les actualités les plus pertinentes sur la Toile, mais celles que les services en ligne ont pu mettre sous licence commerciale." Cela pourrait signifier que les agrégateurs, comme Google Actualités, choisiraient avec quels éditeurs de presse ils travailleront.

S’il est nécessaire de s’interroger sur les modifications de référencement que pourrait susciter une telle directive, n’oublions pas pour autant que l’article 11 n’est ni mis en place, ni encore tout à fait défini. De plus, s’assurer de détenir les droits d’une image avant de la diffuser est quelque chose de normal, quoique compliqué pour Google qui travaille avec "plus de 80 000 éditeurs dans le monde".

La façon dont Google met en garde certains de ses utilisateurs de façon pratique – en tronquant leurs recherches – a des airs de coup de communication qui va surtout porter préjudice aux internautes et aux médias Web. En effet, ce sont souvent les images qui incitent les utilisateurs à cliquer sur un lien.

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Par Lise Lanot, publié le 25/01/2019

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