© Emma Wilson

De l’Inde au Mexique, une expo interroge les différentes représentations du genre

Un tour du monde en images des fluctuations du genre dans une cinquantaine de pays.

Après s’être rendu compte du manque de diversité et de réalité dans la représentation de la pluralité des genres, le collectif Global Health 50/50 a initié un concours invitant les photographes du monde entier à "partager leur vision du genre, de l’intersectionnalité et de la santé". L’organisation, qui œuvre à "l’égalité des genres dans la santé mondiale", a rassemblé les travaux de plus de 200 photographes originaires d’une cinquantaine de pays.

Les images sont porteuses de représentations toutes plus variées les unes que les autres. Cet "essai visuel" offre des ouvertures quant à la perception de ce que la notion de genre englobe – et ce bien loin d’une conception binaire jugée traditionnelle :

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"En cette période où le concept même de genre et de l’égalité des genres fait l’objet d’attaques, les images qui explorent le genre dans toute sa diversité sont plus importantes que jamais. […] Nous avons reçu des visions inédites et tendres de la façon dont le genre fonctionne dans la société", confie le cofondateur de l’organisation, le docteur Kent Buse.

"Sans titre", Johannesbourg, Afrique du Sud, 2018. Deux personnes non-binaires dans un champ à Johannesbourg. Micha Serraf, un artiste zimbabwéen, se sert du langage visuel de l’afrofuturisme pour explorer le genre et l’Africanité, ainsi que la construction et la déconstruction de l’identité, le sentiment d’appartenance, le fait d’être noir·e, d’être queer et la masculinité. (© Micha Serraf)

"À quoi ressemble le genre ?"

L’organisation expose les images gagnantes de sa compétition à Londres, dans le cadre de "This is Gender", une exposition qui répond en images à la question : "À quoi ressemble le genre ?" En un seul endroit, on peut ainsi participer à un voyage à travers le globe des fluctuations du genre, de ce que signifie se sentir homme, femme ou non-binaire. L’exposition rappelle que ce qui est souvent considéré comme une notion "traditionnelle", soit une vision tout à fait binaire du genre, est loin d’être traditionnelle dans de nombreuses cultures.

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Dans les régions du sud de l’Inde par exemple, Sunayana Dhang montre des acteurs se "transformer" en femmes pour participer à une danse traditionnelle. Toujours en Inde, l’italienne Silvia Alessi a immortalisé des hijras, un troisième sexe marginalisé ; tandis qu’en Angleterre, Emma Wilson a suivi Janet, anciennement Jim, et sa transition initiée à l’âge de 66 ans.

Convaincue que l’égalité dans l’accès aux soins et dans le secteur de la santé est un "ingrédient essentiel" pour parvenir à l’égalité dans les autres domaines, Global Health 50/50 affirme la nécessité d’une représentation visuelle, à l’échelle mondiale, des multiples visages que revêt le genre. Par sa visée internationale, le concours insiste sur la nécessité de l’aspect intersectionnel des représentations du genre ; l’exposition des œuvres est quant à elle un pavé ajouté au chemin de l’acceptation et de la diversité de la représentation.

"Hijras", Mumbai, Inde, 2017. Trois hijras transgenres musulmanes dans leur chambre, dans un bidonville de Bandra, à Mumbai, se préparent pour leur soirée et se racontent des blagues. Vivant au ban de la société, les femmes trouvent du réconfort en partageant la même expérience. (© Silvia Alessi)

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"Sans titre", Johannesbourg, Afrique du Sud, 2019. Tsepo Kghathlane et ses ami·e·s posent la veille de la Gay Pride de Johannesbourg, lors du concours "Le Grand Fetish Ball", un bal qui célèbre les nombreuses intersections entre le fait d’être noir·e, queer et d’appartenir à telle ou telle classe sociale en Afrique du Sud. (© Andiswa Mkosi)

"Qui est là ?", Varanasi, Inde, 2014. Pendant une coupure de courant, une femme âgée cherche ses médicaments dans sa petite chambre dans une maison de retraite de Varanasi. La femme veuve, bien qu’âgée et vivant dans de sordides conditions, semble forte, habile et indépendante. Son visage est déterminé, elle se tient sur son propre bras et sa main tient fermement une lampe de poche. (© Dhrubajyoti Bhattacharjee)

"Partenaires de vie", Karnataka, Inde. Un homme et sa femme transgenre se tiennent devant la maison qu’ils ont partagée pendant quarante ans à Karnataka, en Inde. (© Digwas Bellemane)

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"Janet à la maison", Bransholme, Hull, 2018. Jim est un ancien soldat et camionneur. Jim est devenu Janet, en 2015, à l’âge de 66 ans. Elle vit dans une collectivité de classe ouvrière au nord de l’Angleterre, dans la même maison dans laquelle elle vivait quand elle était encore Jim, avec sa femme et ses deux enfants. […] Grâce à des contradictions visuelles, Emma Wilson explore les intersections entre la masculinité blanche de la classe ouvrière et la transition de la fluidité de genre. (© Emma Wilson)

"Presque là", Mexico City, Mexique, 2017. Sandra, une sage-femme apprentie, aide Angela pendant une de ses contractions, lors de son accouchement à la maison. Cette image fait partie du projet "Sages-femmes urbaines", qui présente le travail sous-représenté des sages-femmes à Mexico City. Elle présente ces accouchements à la maison – un système sous-financé – comme un acte de résistance politique et une alternative pour les milliers de femmes qui ne peuvent pas accoucher dans un hôpital à cause des prix élevés et, parfois, des pratiques discriminatoires. (© Greta J. Rico)

"Kathali", Kerala, Inde, 2019. Un acteur dans sa loge se prépare pour son rôle dans une danse kathakali. Dans les états du sud de l’Inde, la tradition veut que les hommes se transforment en personnages féminins pour cette danse. (© Sunayana Dhang)

L’exposition "This is Gender" organisée par Global Health 50/50 est visible à la University College de Londres, jusqu’au 20 mars 2020.

Par Lise Lanot, publié le 11/03/2020