© Albert Frisch/Sotheby’s

De vieilles photos de l'Amazonie, prises il y a 150 ans, ont été vendues aux enchères

La maison Sotheby's a organisé une vente des précieuses images du photographe allemand Albert Frisch.

Ce ne sont pas moins de 98 tirages rares du Brésil et de la forêt amazonienne qui ont été vendus lors d’une vente Sotheby’s. L’ensemble, intitulé Résultat d’une expédition photographique sur le Solimões ou Alto Amazonas et Rio Negro, était estimé entre 70 000 et 100 000 dollars. In fine, il a été vendu pour 81 250 dollars à l’institut brésilien Moreira Salles.

Le succès de cette vente, qui faisait partie de sa collection "Photographies classiques", est probablement dû à la prise de conscience globale de la situation actuelle de l’Amazonie – notamment suite aux incendies de cet été – et à l’envie de préserver ce patrimoine, de pouvoir se remémorer.

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© Albert Frisch/Sotheby’s

Des images inédites

Ces images historiques, qui ont été prises par un certain Albert Frisch il y a environ 150 ans, offrent un panorama des paysages et du quotidien des populations aborigènes de cette époque. En 1871, une princesse autrichienne et son fils ont acquis l’album photo d’Albert Frisch, montrant la faune, la flore et la population amazoniennes.

"Cet album, qui était conservé dans les archives du Weltmuseum de Vienne, était censé être le seul jeu complet de telles estampes jusqu’à la découverte récente de ces photos. […] Les photographies actuelles, publiées par l’éditeur Georges Leuzinger en 1869 […], seraient le seul set de ce type qui existerait dans la sphère privée. De plus, cette collection contient deux photographies non représentées dans l’album de Vienne", explique Sotheby’s.

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En effet, quatre ans plus tôt, le photographe allemand est allé documenter la vie des aborigènes en plein Amazonas, soit le plus grand État du Brésil, situé au nord-ouest du pays, partageant ses frontières avec la Colombie et le Venezuela. À ce jour, c’est la seule série représentant l’Amazonas qui a fait l’objet d’une vente aux enchères.

© Albert Frisch/Sotheby’s

Le voyage d’Albert Frisch

Dans les années 1850, Albert Frisch, un orphelin qui enchaînait les petits boulots et travaillait essentiellement en tant que confiseur dans une petite ville d’Allemagne, était loin de se douter qu’un jour, il posséderait un tel héritage photographique.

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Du jour au lendemain, il quitte tout pour aller en Amérique du Sud, en commençant par l’Argentine, où il tente de devenir revendeur d’impression. C’est en 1963, quand il se trouve au Brésil, qu’il décide de dédier sa carrière à la photographie. Il fait ses premières armes à l’Officina Fotografica de Georges Leuzinger, à Rio de Janeiro.

Sous l’ère de l’empereur Pierre II, la photographie connaît son âge d’or au Brésil, puisque ce dernier en était un fin amateur. Grâce aux moyens économiques mis en place par ce régime, Leuzinger a demandé à Frisch de produire une série de photos de l’Amazonie.

Pendant cinq mois, entre novembre 1867 et mars 1868, le jeune Frisch se retrouve à parcourir le pays à bord de chaloupes ou à pied. Au total, il aura fait 120 plaques photographiques, qu’il développe au fur et à mesure au collodion humide et grâce à son laboratoire photo portable.

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© Albert Frisch/Sotheby’s

Pour obtenir une telle netteté d’image, il photographiait ses sujets et les arrière-plans séparément. Ainsi, il rendait opaques les seconds plans de certains négatifs, notamment ses études sur la faune et la flore, pour les "transformer virtuellement en sculptures vivantes".

À son retour à Rio, Georges Leuzinger et lui ont expérimenté diverses combinaisons négatives et de légères variations. Ils se sont mis d’accord sur 98 images qu’ils ont appelées Résultat d’une expédition photographique sur le Solimões ou Alto Amazonas et Rio Negro, et qui étaient à vendre dans son magasin. Plus tard, elles étaient en vente au studio photo d’Albert Frisch à Berlin, qui a fini sa vie en écrivant des livres sur l’histoire de la photographie.

Aujourd’hui, cette archive présente des clichés rares de cette époque, fruit d’un itinéraire riche comprenant Leticia, Tabatinga, São Paulo de Olivença, Tefé, Coari, Codajás, Manaus, et Fonte Boa. Plus de 35 espèces de plantes ont été référencées lors de ce séjour, et chaque photo est accompagnée de légendes scientifiques et informatives.

On peut également admirer des lamantins et des crocodiles, et voir des tribus de Ticuna, Miranha, Caixana et Umpqua. D’autres photos sont conservées par des institutions publiques comme le Leibniz-Institut für Länderkunde à Leipzig, à la bibliothèque de l’université Brown ou au musée J. Paul Getty aux États-Unis.

© Albert Frisch/Sotheby’s

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© Albert Frisch/Sotheby’s

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Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 14/10/2019

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