Un étudiant bouleverse la photographie politique en rendant ses images accessibles à tous

Depuis 2007, Gage Skidmore bouscule la photographie politique et son code de propriété intellectuelle en publiant ses images sous licence Creative Commons, les rendant disponibles sur son compte Flickr.

Hillary Clinton

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En 2007, Gage Skidmore, alors âgé de 14 ans et lycéen dans l'Indiana, s'est lancé dans la photographie en voulant documenter en images l'événement du Comic Con de San Diego. Il en est revenu avec des photos un peu floues et pas très bien cadrées, qu'il a postées sur Flickr après avoir créé un compte.

Peu de temps après, il s'est intéressé à la politique et a décidé de couvrir des meetings politiques américains. Il a commencé par couvrir la campagne électorale de l'ophtalmologiste Rand Paul, qui visait alors un siège au Sénat en 2010 et dont il admirait le père, Ron.

À cette époque, il a réussi à convaincre ses parents de le laisser voyager, malgré son très jeune âge, dans 40 conférences à travers toute l'Amérique. Depuis ce moment, il a évolué dans bien d'autres meetings plus importants. Aujourd'hui, à 22 ans, il est devenu photographe professionnel, fait des études de comptabilité et vit avec ses parents en Arizona.

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Gage a couvert les récentes campagnes de Donald Trump, Hillary Clinton et Bernie Sanders (entre autres) à travers les États-Unis, mais aussi des événements avec de grands acteurs comme Angelina Jolie et Tom Cruise. Ses photos circulent par milliers dans les plus grands journaux américains comme The Washington Post, The New York Times Magazine, Politico et Forbes. Elles commencent même à envahir des centaines de pages Wikipédia. Pourquoi ?

Flickr et la licence Creative Commons

Les Creative Commons, c'est quoi ? On peut lire sur Wikipedia qu'il s'agit d'une "organisation dont le but est de proposer une solution alternative légale aux personnes souhaitant libérer leurs œuvres des droits de propriété intellectuelle standard de leur pays, jugés trop restrictifs".

En gros, cela permet de mettre ses œuvres sous différents types de licences pour qu'elles ne soient pas soumises aux "copyrights" américains (dans ce cas précis). Le but des Creative Commons est donc de faciliter la circulation des œuvres, l’échange et la créativité.

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Les auteurs sous licence Creative Commons peuvent ainsi partager leur travail de manière fluide en enrichissant, par la même occasion, le patrimoine commun culturel et en laissant l'information accessible librement. Il n'est plus question de vendre son œuvre ou d'être rémunéré, même pour une exploitation commerciale. Skidmore demande simplement à être mentionné.

Michelle Obama

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Et si de plus en plus de médias utilisent les photos de Gage, c'est parce qu'il a décidé d'avoir recours aux Creative Commons. On pourrait même penser à un monopole de la photographie politique américaine, car beaucoup de médias préfèrent intégrer une image depuis son Flickr pour illustrer leurs articles plutôt que d'avoir recours à un photographe ou payer une agence de presse.

C'est ici même que Flickr joue un rôle décisif dans ce partage en ligne et dans les Creative Commons. Et il n'y a pas que les médias qui profitent des photos de Gage. Les politiciens eux-mêmes s'en emparent, n'ayant dès lors presque plus besoin d'appeler un photographe officiel pour se faire tirer le portrait pendant leurs meetings et pour faire leur communication.

Allez jeter un œil au site officiel de Donald Trump : vous verrez l'une des images de Skidmore en bannière, quelque peu arrangée pour lui donner un meilleur teint. Et ne comptez pas toutes les fois où vous êtes tombés sur ses photos sans vous en rendre compte.

trump-skidmore

Capture d'écran du site de Donald Trump.

Il faut dire qu'on peut compter 40 000 photos de candidats à la présidentielle américaine publiées sur son Flickr avec 30 millions de vues et 500 000 de ses images tombent dans les résultats de Google Images quand on recherche son nom. Ce qui n'était à la base qu'un hobby d'étudiant est en fait devenu une véritable réussite.

"Le monde de la photo évolue rapidement"... et Gage s'adapte (ou le tue)

Au site PriceonomicsGage Skidmore parle des raisons pour lesquelles il a opté pour la licence Creative Commons :

"Le monde de la photographie évolue très rapidement. N'importe qui peut acheter aujourd'hui un appareil photo semi-professionnel (ou un smartphone avec un bon appareil photo) et mettre ses images sur Internet, en libre accès. Les smartphones deviennent de plus en plus accessibles aussi et de plus en plus performants. Tout le monde pourra devenir un paparazzi un jour. Et en faisant payer de moins en moins.

Ces dernières années, les entreprises comme l'AP ou Getty avaient le monopole sur ce types de photos mais depuis qu'Internet a pris une place si importante dans nos vies, les photographes ont dû s'adapter. Les Creative Commons, c'est une manière pour moi de partager mes photos à une audience plus large. Cela m'a permis de me faire un nom plus rapidement et de percevoir des revenus plus facilement."

En effet, il s'est fait connaitre auprès de beaucoup de professionnels qui le payent en freelance pour réaliser d'autres types de photographies. La question de l'éthique s'impose, car il sait pertinemment qu'il tue le business d'autres photographes et d'agences comme celles citées plus haut. Dans une courte interview que Skidmore a donnée au site Nieman Journalism Lab en 2012, il s'est retrouvé inondé de commentaires haineux.

comments

Capture d'écran des commentaires d'internautes en colère sur le site de Nieman Journalism Lab.

Mais il explique que la presse papier américaine continuera d'être fidèle aux entreprises comme Getty, car elles se sont établies dès le début auprès des journaux. "Ce sont les plus petits sites ou les blogs qui ne veulent/peuvent pas forcément payer pour des images et c'est là qu'ils font appel à moi et me créditent tout simplement", ajoute-t-il.

Il ne veut pas forcément devenir photographe à temps plein et voudrait se consacrer à un job plus traditionnel, en comptabilité. Il est juste l'un de ces photographes nés à l'ère d'Internet et qui a gagné sa réputation grâce à la quantité et à l'accessibilité. Pourtant, il se projette dans ce domaine-là :

"Je vais continuer à faire des photos de meetings et faire de la freelance à côté, mais qui sait, je pourrais avoir de belles opportunités grâce à ça, liées ou pas à la photographie."

Nous verrons d'ici à quelques années à quoi ressemblera l'économie de la photographie, et nous penserons à ce photographe prolifique et à ce qu'il est devenu.

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Hillary Clinton, Gabrielle Giffords & Mark Kelly
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Hillary Clinton, Gabrielle Giffords & Ruben Gallego
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Rick Perry with supporters

Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 08/11/2016

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