© Jonathan B. Delaunay

Rencontre : partez en exploration sur les toits parisiens avec Jonathan B. Delaunay

Entre zinc et tuiles.

Sur Instagram, ses images de toits nous intriguent autant qu’elles nous inspirent. Nous sommes parties à la rencontre de Jonathan B. Delaunay.

Cheese | Comment as-tu commencé à photographier les toits ?

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Jonathan B. Delaunay | Je grimpe sur les toits depuis le collège. Ça a commencé comme un jeu avec des potes à l’époque : à chaque fois qu’on allait chez quelqu’un, on se disait : "Tiens, est-ce qu’on peut aller sur le toit ?" Puis j’ai continué à y aller par la suite, pour le plaisir, sans jamais prendre de photos. C’est durant un séjour à Berlin, où un ami me présentait comme "celui qui monte sur les toits de Paris", que j’ai pris conscience que ça éveillait la curiosité chez les gens. En revenant à Paris, en 2014, j’ai commencé à prendre des photos de mes escapades.

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Est-ce que tu photographies d’autres choses ?

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Je suis arrivé dans la photographie par le light painting. C’est à cette occasion que j’ai acheté mon Canon 500D, en 2011, qui est toujours l’appareil que j’utilise aujourd’hui. Depuis, j’ai abandonné cette pratique. J’ai ensuite commencé une série de portraits de mes amis, mais j’ai vite arrêté car je n’étais pas particulièrement doué pour ça. Donc, non, je ne photographie que les toits de Paris. Je ne me considère pas vraiment comme un photographe, je suis avant tout un passionné des toits, qui utilise la photographie comme moyen de partager sa passion.

Une anecdote d’expédition à nous raconter ?

Il y a quelques années, j’étais monté sur un toit avec deux amis en fin de soirée. L’un d’eux avait le vertige, mais il avait quand même envie de nous suivre. Une fois là-haut, puisqu’il ne voulait pas voir le vide en dessous de nous, il a décidé de s’allonger, ça le rassurait. On se met donc à discuter, on boit une bière, etc. À un moment, on décide de partir. C’est là qu’on se rend compte que notre pote, qui a le vertige, s’était endormi sur le toit !

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© Jonathan B. Delaunay

Pourquoi les toits parisiens t’obsèdent-ils ?

J’aime le calme qui y règne. C’est tellement apaisant là-haut, en comparaison de l’agitation des rues parisiennes. Par rapport à la photo, j’apprécie le fait qu’on ne soit pas maître des lieux : parfois on aimerait se décaler un peu plus sur le côté pour avoir un meilleur cadrage, mais le vide nous l’empêche, il faut s’adapter à l’environnement. Aussi, tout simplement, les toits de Paris sont magnifiques. Le mélange de couleurs entre le bleu du zinc et les tons ocre des mitrons est superbe. Il y a toujours quelque chose d’insolite à regarder sur les toits, sans même parler de la vue sur la ville : un paratonnerre écroulé, la rouille sur une parabole, l’oxydation de la toiture, etc.

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Quelles sont tes inspirations ?

La démarche d’Atget m’inspire beaucoup. Sans prétendre que ce que je fais a la même valeur que son travail, j’apprécie le fait qu’il n’avait pas vraiment de prétention artistique, mais plutôt une approche documentaire. Pour lui, la photographie était avant tout un outil de témoignage, lui permettait de conserver sur la pellicule ce qui était voué à disparaître. Ce qu’il nous a laissé du Paris de son époque est très précieux. Je m’inscris aussi, mais plus modestement, dans cette démarche : je veux partager ce que je vois d’un lieu auquel le grand public n’a pas accès. Il y a aussi évidemment Alain Cornu, référence incontournable des photographies des toits parisiens, et (même si c’est arrivé plus tardivement, au moment où je me suis inscrit sur Instagram) les autres photographes "toiturophiles" comme VisParis, Phil à Paname, Paul Second, etc.

© Jonathan B. Delaunay

Comment fais-tu pour avoir accès aux toits ?

Au risque de paraître rabat-joie, je ne répondrai pas à cette question. Il faut préserver une part de secret pour que l’on puisse continuer à accéder à certains toits, sinon ils seraient vite tous condamnés. J’ai déjà été témoin de toits qui ont fini par ne plus être accessibles à force de passage, et c’est une tendance inévitable, mais autant que cela se fasse le plus lentement possible.

Comment fais-tu pour ne pas te mettre en danger ?

Je connais mes limites. Je ne suis pas un freerunner, il y a beaucoup de choses que je suis incapable de faire, comme faire des grands sauts au-dessus du vide ou escalader une gouttière, donc je ne le fais pas. Et quand il y a des passages difficiles, je garde mon calme et je prends mon temps. Ce serait de toute façon inutile de céder à la panique alors que je suis tout seul sur un toit !

Est-ce que tu as pour projet de photographier les toits d’autres villes ?

Pourquoi pas. J’ai eu l’occasion d’aller sur les toits d’autres villes, comme Lyon ou Berlin, mais il faut avouer que les toits de Paris sont assez uniques. Mais je ne l’exclus pas, et je n’ai pas assez voyagé pour me prononcer pour l’instant. Par exemple, les toits de Saint-Pétersbourg ont l’air extraordinaire, c’est une ville idéale pour aller sur les toits et c’est une pratique assez répandue là-bas apparemment.

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Vous pouvez suivre le travail de Jonathan B. Delaunay sur son compte Instagram.

Par Lisa Miquet, publié le 02/04/2019

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