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L’extrême droite allemande détourne un tableau de maître dans une campagne raciste

À l'aube des élections européennes, le parti d'extrême droite Alternative für Deutschland sème sa propagande raciste.

La réutilisation à des fins politiques d’un tableau français datant de 1866 fait gronder le musée propriétaire de l’œuvre et s’indigner la Toile, une quinzaine de jours avant les élections européennes.

Entre les 23 et 26 mai prochains, les citoyens européens voteront pour élire les députés qui les représenteront au sein du Parlement européen pour les cinq ans à venir. Ces élections constituent une porte d’entrée d’envergure pour les partis d’opposition qui souhaitent faire barrage aux gouvernements en place. C’est le cas d’Alternative für Deutschland (AfD), le parti d’extrême droite allemand qui gagne du terrain face au CDU, le parti de la chancelière allemande Angela Merkel.

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"L’affiche électorale de l’AfD repérée devant la Chancellerie fédérale."

Afin de rassembler leurs potentiels électeurs devant les urnes le 26 mai prochain, la division berlinoise de l’AfD a mis en place une campagne agressive basée sur son fonds de commerce : la peur. Le parti a réutilisé un tableau réalisé vers 1866 par le peintre français Jean-Léon Gérôme. Le Marché d’esclaves représente une femme nue, entourée d'hommes l’examinant avant de se décider à l’acheter.

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Imprimés sur la reproduction de l'œuvre, les slogans "Pour que l’Europe ne devienne pas 'eurabe'" et "Les Allemands votent pour l’AfD" se répondent. Le néologisme de "Eurabie", mêlant Europe et Arabie, englobe une théorie conspirationniste (aux airs de celle du Grand remplacement) selon laquelle "l’Union européenne serait l’instigatrice d’un complot secret visant à faire de l’Europe une colonie islamique".

La couleur de peau de la femme, claire, permet au parti d’extrême droite d’en faire un symbole des Européens blancs, qui se retrouveraient sous la domination d’hommes aux teints plus foncés, barbus et vêtus de turbans, étendards d’une vision étriquée et imaginaire de ce que seraient tous les hommes musulmans.

"Le marché d’esclaves", vers 1866, Jean-Léon Gérôme.

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Le tableau repris par l’AfD fait partie du domaine public : pas d’illégalité donc dans son utilisation. Cependant, détourner son message dans un contexte complètement différent de celui de sa création et l’exploiter à des fins politiques fait évidemment débat. Le Clark Art Institute de Williamstown, le musée qui présente l'œuvre – situé dans le Massachusetts, aux États-Unis –, a d’ailleurs sommé le groupe berlinois d'interrompre cette campagne dans un communiqué de presse :

"Nous condamnons fermement l’utilisation de cette toile dans le cadre du positionnement politique de l’AfD, nous leur avons écrit afin de les persuader de retirer cette campagne. Nous nous opposons fermement à l’utilisation de ce travail dans un agenda politique."

Malheureusement, malgré le tollé suscité, le parti allemand persiste et signe. Sous un post Twitter relayé le 2 mai sur leur page officielle, on pouvait lire que malgré l’indignation causée par l’image, les extrémistes ne se laisseraient "ni intimider, ni censurer" : "L’affiche reste", écrivaient-ils.

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"Les dirigeants et les fonctionnaires de la culture dominante s’indignent devant notre affiche. Mais nous ne laisserons ni intimider, ni censurer. L’affiche reste !"

Par Lise Lanot, publié le 06/05/2019

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