JR expose ses installations monumentales à Paris

Une rétrospective qui fait honneur à la richesse du travail de l’artiste.

JR, "Chroniques de Clichy-Montfermeil", fresque (détail), 2017. (© JR-ART.NET)

À Paris, JR n’est pas que dans le métro. Jusqu’au 10 février, la Maison européenne de la photographie laisse l’artiste décorer ses murs. Si vous appréciez l’œuvre de JR, vous allez être servis, car tout y est : sa fresque sur le problème des armes à feu aux États-Unis pour le Time, ses Chroniques de Clichy-Montfermeil, ses travaux à la frontière américano-mexicaine, ses ballerines sur des containers au Havre, sa série The Wrinkles of the City, son projet sur les femmes… La MEP avait déjà exposé les premiers travaux de JR en 2006, et c’est douze ans plus tard que l’artiste revient habiller leurs espaces d’exposition avec des œuvres inédites, récentes ou plus anciennes.

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Le nom de l’exposition, intitulée "Momentum, la mécanique de l’épreuve", donne le ton. Il s’agit de penser "impulsion", "élan" et "mouvement" au cours du parcours. Et elle révèle "toute la dynamique du processus créatif de JR lorsqu’il intervient dans une ville ou au cœur d’une communauté, pour en proposer un nouveau visage, en altérer la perception ou en offrir une lecture originale", avec l’ambition de témoigner de la "mémoire des femmes et des hommes, et par extension celle de la ville dans son époque."

Une série inédite sur les graffeurs

JR, "Expo 2 Rue", 2000-2003. (© JR-ART.NET)

C’est avec grand plaisir que nous avons redécouvert les premières séries photo de JR, dont 28 Millimètres, Portrait d’une génération, qui immortalise, en 2004, les visages des jeunes de sa banlieue, à la cité des Bosquets, au cœur de Clichy-Montfermeil. Nostalgique, cette expo présente aussi une série jamais exposée jusqu’à maintenant : Expo 2 Rue.

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À l’âge de 17 ans, JR tombe sur un appareil photo argentique abandonné à la gare RER de Charles-de-Gaulle - Étoile : un appareil Samsung avec un flash puissant. Le jeune artiste baignait déjà, à cette époque, dans le monde du graffiti et cet appareil l’a mené à son déclic. Il décide de photographier de nuit les graffeurs à l’œuvre, le plus souvent dans les métros parisiens, à guetter si aucun agent de sécurité ne se trouve dans les parages.

Prises également sur les toits ou au beau milieu des rues, ces images rares et précieuses, capturées en noir et blanc, montrent des jeunes qui dominent la ville et se l’approprient. À l’image de JR qui commence alors à coller ses images dans l’espace urbain, pour en faire une exposition improvisée, marquant ainsi le début de la pratique artistique qu’on lui connaît aujourd’hui. Pour limiter les coûts, il fait des photocopies et pour le cadre, il utilise de la bombe qu’il asperge tout autour de l’image. Avec les moyens du bord, il réalise sa première exposition à ciel ouvert et fait de la rue la meilleure galerie d’art qui soit.

Grand format

JR, "Eye contact #71, trains", 2018. (© JR-ART.NET/Photo : Guillaume Ziccarelli, courtesy Galerie Perrotin)

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JR passe du gigantesque au miniature avec une facilité déconcertante. On se souvient de son installation au J1 de Marseille où, dans un hangar maritime monumental, il posait des petits bateaux sur l’eau. Ou encore de ses fresques imposantes et mémorables, ces regards et ces visages affichés aux quatre coins du monde. La Maison européenne de la photographie a décidé, avec audace, d’accueillir quelques installations moyen et grand format au sein de ses espaces d’exposition.

On commence par le projet Eyes on boat, qui représente un petit bateau mécanique composé de 1 455 containers. Sur les containers, on peut voir un regard de la largeur du bateau. Cette œuvre est une référence directe à son projet Women Are Heroes, débuté en 2008, dans lequel il produisait des collages monumentaux de regards de femmes – vivant dans des pays en guerre ou au milieu de conflits –, sur des camions, un train ou un paquebot au Liberia, Cambodge, Brésil, en Inde ou Sierra Leone. En 2014, JR investit un porte-conteneurs de 363 mètres de long, partant du Havre pour faire le tour du monde. À son bord, 180 containers sur lesquels sont collés les yeux d’une Kenyane photographiée en 2009 dans le bidonville de Kibera – et son histoire avec.

JR, "Eyes on boat", 1455 containers, 2018. (© JR-ART.NET/Photo : Guillaume Ziccarelli, courtesy Galerie Perrotin)

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Deux œuvres mécaniques plus grand format que Eyes on boat sont également exposées. L’une, Eye contact #71, trains, montre des petits trains circulant sur des lignes horizontales et s’alignant de manière aléatoire sur différentes échelles afin de créer une seule image : celle d’un œil de femme, encore une fois. Au même étage, une grande image se compose en anamorphose sur plusieurs pans de murs.

Une installation plus immersive est également mise à disposition des visiteurs, qui doivent, en revanche, faire la queue. Construite à partir de matériaux de récupération, cette œuvre est comme une grotte dans laquelle le visiteur doit s’introduire. La scénographie intérieure rappelle les toits parisiens, comme une petite réminiscence de l’univers des Triplettes de Belleville, et un bruit mécanique se fait entendre de l’extérieur. Il s’agit d’un train miniature qui fait le tour de la pièce, avec un regard féminin sur ses wagons, toujours en référence à Women Are Heroes. Un espace intime où le visiteur est censé perdre ses repères.

Et pour finir, le clou de ce spectacle est deux gigantesques installations photographiques issues de son projet Géants, qui prennent possession de deux pièces, sur un échafaudage, épousant ainsi parfaitement l’architecture de la MEP. C’est à l’occasion des Jeux olympiques de Rio en 2016 que JR a pensé ces œuvres dans le but de mettre en avant non pas des athlètes connus, mais des sportifs anonymes qui s’entraînent avec un rêve en tête : participer aux Jeux. Sur une toile accrochée à l’échafaudage, l’image d’un athlète en plein saut et celle d’une nageuse se déploient.

JR, "Géants", Mohamed Younes Idriss du Soudan, Flamengo, Vertical. (© JR-ART.NET/Comité international olympique, Rio de Janeiro, Brésil, 2016)

JR, "Women Are Heroes", Elizabeth Kamanga, Le Havre, France, 2014. (© JR-ART.NET)

JR, "28 Millimètres, Portrait d’une génération", Kärcher Série, 2006. (© JR-ART.NET)

JR, "28 Millimètres, Portrait d’une génération", B11, destruction #2, Montfermeil, France, 2013. (© JR-ART.NET)

"Momentum, la mécanique de l’épreuve", exposition de JR à voir à la Maison européenne de la photographie (Paris), jusqu’au 10 février 2018.

Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 29/11/2018

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