© Michele Crameri

Un photojournaliste accusé d'avoir mis en scène la violence des gangs au Honduras

Une enquête met en cause trois clichés du photographe Michele Crameri sur lesquels des hommes font semblant d'être menaçants.

Finaliste du prix Lense Culture en 2018, la série Sicarios, a work like another du photographe italo-suisse Michele Crameri offre une plongée crue dans la violence des gangs qui ronge le Honduras. Sauf que Crameri a voulu en faire trop, au détriment de la réalité et de l’éthique. Sur Fstoppers, le journaliste Andy Day détaille précisément comment Michele Crameri a mis en scène de A à Z des moments de violence choquants pour son reportage.

Le photographe s’est rendu quatre fois au Honduras pour documenter la violence des gangs, entre 2015 et 2018. Il était aidé du journaliste local Orlin Castro, auteur d’un documentaire sur le sujet pour Vice News. Ce dernier a réalisé cette année que certaines des images publiées sont problématiques, car elles ne sont pas des scènes réelles : en 2016, le journaliste emmène le photographe à la rencontre de tueurs à gages dans une maison de San Pedro Sula. Là, Crameri leur demande de lui montrer comment ils exécutent les gens. Il photographie la scène et légendera l’image comme si elle témoignait d’un règlement de compte : l’histoire de Pedro, conducteur de taxi le jour et sicario la nuit, est fausse.

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Capture d’écran du site de Michele Crameri. "Col Central. Pedro, chauffeur de taxi le jour, sicario la nuit. Le chef du gang est menacé par Eduardo dans le but d’obtenir des informations à propos de son frère Carlos, un rival de Pedro qui, pendant plus d’un mois, n’a pas payé l’amende (extorsion) pour avoir fait son boulot dans le coin où les deux autres travaillent. Après avoir été menacé, Eduardo a appelé Carlos". (© Michele Crameri)

Orlin Castro atteste que la voiture sur ce deuxième cliché est en fait la voiture d’un collègue que Crameri a utilisée pour se déplacer pendant son séjour.

Capture d’écran du site de Michele Crameri. (© Michele Crameri)

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Enfin, selon Castro, les hommes sur cette photo posent et la victime supposée serait un homme de main qui se prêterait au jeu.

Capture d’écran du site de Michele Crameri. "La Satellite. Gustavo, connu sous le nom de 'El Taro', et Carlos, connu sous le nom de 'El Negro', sont des sicarios. Ils sont menacés de tuer la famille d’un dealer appelé 'RATO' s’il ne paie pas les drogues qu’il a distribuées." (© Michele Crameri)

Contactée par Andy Day, Parallelo Zero, l’agence du photographe, a protégé le travail de Crameri dans un premier temps. L’agence n’a pas répondu lorsque Day lui a demandé si elle avait été en contact avec des personnes du Honduras. Cette affaire illustre bien selon lui les dérives possibles d’un photojournalisme sensationnaliste, et l’absence de garde-fou. Le 25 juin, lorsque le site PetaPixel reprend la nouvelle, Parallelo Zero a annoncé la fin de sa collaboration avec Michele Crameri qui n’a pas pu fournir de preuves d’authenticité suffisantes concernant deux photos. Le photographe a ensuite présenté ses excuses sur son site pour ce mensonge aussi gros.

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Par Apolline Bazin, publié le 28/06/2019

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