Le Paris de la Belle Époque en couleurs avec les "archives de la planète" d'Albert Kahn

"Les archives de la planète", c'est le nom du projet un peu fou lancé par un banquier français richissime, au début des années 1900. Son but était de proposer une vision colorisée du monde, avant même l'apparition de la pellicule couleur.

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© Musée Albert-Kahn

C'est en 1908 que le banquier et philanthrope français Albert Kahn s'est lancé dans un grand projet photographique qui couvrira tout le XXe siècle et un bon nombre de pays à travers le monde. Au début de son aventure, il s'est emparé d'un procédé photographique qui venait d'apparaître, l'autochrome, permettant de capturer des photographies en couleurs sur une plaque de verre.

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Aux côtés de plusieurs photographes talentueux, il s'est mis à documenter la vie quotidienne et les rues de différents pays, à un moment où la photographie couleur en était encore à ses balbutiements. Pour illustrer cet article, nous avons rassemblé pour vous les plus beaux clichés de Paris qui ressortent de ce projet.

Un projet ambitieux à l'international

Durant de longs mois, Albert Kahn s'est rendu dans des pays comme le Japon, la Chine et les États-Unis. À chaque voyage, il demandait à son mécanicien-chauffeur, Alfred Dutertre, d'immortaliser des scènes de vie dans les rues de chaque pays.

Résultat : ils sont revenus avec plus de 4 000 images cinématographiques et photos stéréoscopiques (donnant une impression de relief). Après ce premier jet, Albert Khan repart avec un premier photographe recruté, Auguste Léon, en Amérique du Sud. Ensemble, ils découvrent l'Uruguay, l'Argentine et le Brésil et s'entraînent sur leurs premières plaques autochrome, mesurant 9 centimètres sur 12.

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Albert Kahn recrute ensuite d'autres photographes pour les envoyer autour du globe, afin qu'ils photographient et filment un monde éphémère, en constante évolution. Parmi ces photographes téméraires, on retrouve Stéphane Passet, Frédéric Gadmer, Lucien Le Saint, Paul Castelnau et Roger Dumas, encadrés à partir de 1912 par le géographe Jean Brunhes. Dans la période de l'entre-deux-guerres, ils ont aussi tiré le portrait de nombreuses personnalités.

Au total, entre 1909 et 1931, 72 000 images couleurs ont été prises au cours de ce projet, aux quatre coins du monde. On peut ajouter à cela une centaine d'heures de films en noir et blanc, tournées dans une soixantaine de pays. Il s'agit là de la plus importante collection d'autochromes et de films au monde, conservée au Musée départemental Albert-Kahn (à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine).

À travers ce vaste projet documentaire, Albert Kahn voulait essentiellement sensibiliser la France et l'Occident aux autres nations, pour une meilleure compréhension du monde, de ses différences et de l'étranger afin de prévenir les conflits.

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© Musée Albert-Kahn

Le procédé de l'autochrome

Après un demi-siècle d'expérimentations et de colorisations en tous genres, c'est en 1903 que le procédé de l'autochrome fait son apparition au rang des techniques révolutionnaires, en tant que précurseur de la pellicule couleur, banalisée une cinquantaine d'années plus tard.

Cette invention est signée Louis Lumière et a été commercialisée dès 1907. Bien plus simple et moins coûteuse que la trichromie imaginée par Louis Ducos du Hauron dans les années 1890, la plaque autochrome permet de coloriser les images à partir d'un filtre fait de minuscules grains de fécule de pomme de terre teintés en rouge-orangé, vert et bleu-violet. La lumière passe à travers ce filtre, dans un unique écran, constitué d'une plaque de verre enduite de vernis qu'on insère dans l'appareil mais dans le sens inverse, c'est-à-dire celui du verre côté objectif.

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Cela permet à la lumière de traverser le filtre en s'imprégnant des couleurs des grains de fécule et de l'émulsion noir et blanc appliquée au préalable. Les couleurs de la photo sont projetées sur la plaque de verre sous la forme de minuscules points colorés similaires aux œuvres des pointillistes. C'est au tour de l'œil d'assurer l'homogénéité des points et d'admirer l'image par transparence à la lumière du jour ou par projection, comme pour les diapositives.

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© Musée Albert-Kahn

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© Musée Albert-Kahn

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© Musée Albert-Kahn

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© Musée Albert-Kahn

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© Musée Albert-Kahn

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© Musée Albert-Kahn

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© Musée Albert-Kahn

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© Musée Albert-Kahn

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© Musée Albert-Kahn

Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 06/09/2016

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