Des portraits délicats de jeunes majorettes remportent le prix Taylor Wessing 2018

Le concours photo Taylor Wessing, qui met à l’honneur le portrait, vient de révéler ses lauréat·e·s.

Tanique Williams, Le Cap, Afrique du Sud, 2018, "Drummies". (© Alice Mann)

C’est une photographe native d’Afrique du Sud qui a remporté le prestigieux prix Taylor Wessing (s’élevant à 15 000 livres sterling) cette année : Alice Mann, autrice de la série Drummies réalisée dans son pays natal. Pour cette série de portraits, la photographe, résidant à Londres, a suivi des majorettes dans la ville du Cap.

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C’est la première année que le concours photo − décerné par la National Gallery de Londres − récompense plusieurs images d’une même artiste, depuis le changement de règles. Avant 2015, une seule photo était nommée gagnante, et en tant que participants, on ne pouvait en soumettre qu’une seule. La photographe a donc soumis quatre photos de sa série :

"Je m’intéresse aux sous-cultures qui affirment de manière positive une identité collective ou individuelle. J’essaie de montrer au public des images valorisantes qui sont le reflet de la manière dont les gens se voient eux-mêmes, et qui mettent en valeur la dignité et la confiance de mes sujets. […]

Je m’intéresse aux histoires qui se concentrent sur les gens. Le portrait est donc un moyen naturel pour moi de faire cela. Je commence à intégrer une approche documentaire à mon travail, car j’estime que cela me permet d’élargir les récits visuels. Il est essentiel que les spectateurs puissent se sentir en lien avec les personnes figurant sur mes photographies et dialoguer avec elles. Je passe souvent beaucoup de temps sur chacun de mes projets. Cela m’aide à créer un engagement plus profond avec ceux avec qui je travaille, ce qui, à mon avis, est visible sur mes images", explique Alice Mann à It’s Nice That.

L’empowerment des filles dans la société moderne

Son idée de suivre des majorettes lui est venue en lisant le journal qui mentionnait une troupe, au cours d’un de ses séjours au Cap. Fascinée par ces petites filles pleines de confiance, elle décide d’enquêter et d’aller à leur rencontre, avec l’envie de poursuivre sa réflexion autour de la notion d’empowerment et de féminité dans la société moderne, à l’instar de ses précédents projets.

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En anglais, on les appelle les "drummies" pour "drum majorettes". Si ce sport − qui consiste à ouvrir la marche d’une fanfare et à jouer avec un bâton − était à son apogée dans les années 1970, et a été peu à peu délaissé depuis, aujourd’hui, il est encore pratiqué avec sérieux dans quelques écoles du pays. Très compétitif, ce sport oblige les filles à s’entraîner de manière intensive, et la persévérance est le maître-mot :

"Beaucoup de ces filles viennent de communautés très affectées par la pauvreté, et où les opportunités sont limitées. Le fait de s’impliquer dans un sport est par conséquent perçu comme bénéfique puisque cela leur donne une structure positive sur laquelle se concentrer."

Ces jeunes athlètes posent pour Alice Mann dans leurs uniformes avec assurance et défi, et représentent ainsi la relève d’une génération de femmes puissantes et fortes. Leurs regards intenses contrastent avec les artifices pastel de leurs costumes. "Pour ces filles, devenir des drummies est un moyen d’exceller et leurs uniformes distinctifs servent de marqueur visuel du succès perçu, et représentent l’émancipation de leur environnement", confie-t-elle.

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Quant au jury du prix Taylor Wessing, il a trouvé sa série imprégnée "d’un récit intrigant et soutenu", rapporte le Guardian. "Chaque sujet est encadré avec précision, dans une composition soigneusement étudiée et les filles rencontrent avec confiance le regard de l’objectif. Leurs tenues parfaites et vibrantes se juxtaposent à un lieu dégradé, créant une atmosphère surréaliste et énigmatique."

Le second prix revient à Enda Bowe, pour son cliché d’une mère londonienne portant son bébé, issu de son projet en cours Clapton Blossom qui se concentre sur les habitants d’un quartier résidentiel situé à Clapton, dans l’est de Londres. Ce photographe britannique remporte ainsi la somme de 3 000 livres sterling. Le troisième prix (2 000 livres sterling) a été décerné, ex-aequo, à Max Barstow pour sa photo de femmes voilées faisant du shopping à Londres et à Joey Lawrence pour son portrait d’un enfant vivant dans un village reculé dans la jungle de la Sierra Leone. Tou·te·s les gagnant·e·s sont exposé·e·s à la National Portrait Gallery de Londres, jusqu’au 27 janvier 2019.

1er prix : Drummies, Alice Mann

Taylim Prince, Le Cap, Afrique du Sud, 2017, "Drummies". (© Alice Mann)

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Keisha Ncube, Le Cap, Afrique du Sud, 2017, "Drummies". (© Alice Mann)

Wakiesha Titus et Riley Van Harte, Le Cap, Afrique du Sud, 2018, "Drummies". (© Alice Mann)

2e prix : Clapton Blossom, Enda Bowe

Cybil McAddy avec sa fille Lulu, 2018, "Clapton Blossom". (© Enda Bowe)

3e prix : Londoners, Max Barstow

Sans titre, 2017, "Londoners". (© Max Barstow)

3e prix (ex-aequo) : Tombo’s Wound, Joey Lawrence

Portrait de 'Strong' Joe Smart, 2017, "Tombo’s Wound". (© Joey Lawrence)

Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 22/10/2018

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