Qui est Carlota Guerrero, la photographe espagnole adoubée par Solange Knowles ?

Cette Barcelonaise est devenue l'une des artistes les plus en vue de sa génération en offrant une autre vision du corps féminin.

Poser son regard sur les photographies de Carlota Guerrero, c’est s’immiscer dans un monde poétique, dominé par des tons délicats, pastel, et surtout par la présence, à la fois douce et puissante, d’une infinité de femmes. Depuis ses débuts il y a quelques années, cette photographe et directrice artistique espagnole, aujourd’hui âgée de 29 ans, s’est fait la voix de la diversité féminine à travers son travail, opérant dans chacun de ses clichés une véritable célébration de la beauté des femmes.

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"Je prends des photos parce que, quand je vois une chose pleine de beauté, j’ai tendance à devenir nerveuse, et je ressens alors le besoin de faire quelque chose avec de l’énergie – et ce quelque chose se transforme souvent en photo", expliquait-elle à iGnant en 2016. "Ce que j’essaie d’évoquer à travers mon travail n’est rien de plus que ce que je ressens au fond de moi, à un moment bien précis. Donc j’imagine que je crée un inventaire de toutes ces choses qui m’émeuvent ou m’affectent."

Cet inventaire, beau et raffiné, est donc majoritairement composé de femmes. Des femmes qui ont la peau aussi laiteuse qu’ébène ou métissée, dont les cheveux sont tantôt roux, très courts ou crépus, et dont le corps, souvent dénudé et parfois même pailleté, est aussi imposant que frêle, musclé ou encore marqué par l’épreuve du temps. "Photographier des femmes, c’est quelque chose qui m’est venu naturellement : je me réveille chaque matin dans un corps de femme, donc c’était très logique pour moi d’explorer la condition des femmes dans mon travail", décrivait-elle au magazine i-D.

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Des femmes et des réseaux sociaux

En plus d’offrir une autre vision du corps féminin, loin des stéréotypes véhiculés depuis des décennies par nos sociétés, les photos de Carlota Guerrero explorent également la relation entre femmes et réseaux sociaux, en prônant la liberté d’expression et de représentation de ces dernières sur les plateformes numériques. Nombre de ses productions exposent en effet des femmes au corps quasiment nu flanquées d’un smartphone à la main, encourageant ainsi ses semblables à jouir d’un contrôle total sur l’image qu’elles souhaitent diffuser d’elles-mêmes sur Internet.

"Mes photos s’efforcent également d’exprimer cette idée que nous, femmes d’Internet, possédons nos corps, et que nous les utilisons comme des toiles pour nous exprimer", confiait-elle à It’s Nice That. "Et ce, non pas parce que les hommes le désirent, mais parce que nous le désirons, et que nous avons des choses à dire – et ces choses ne sont pas nécessairement liées au sexe".

La composition tient également un rôle majeur dans les photos de la jeune esthète. Minutieusement pensée, elle invite le spectateur à parcourir le cliché de long en large et de haut en bas, dans le but de s’attarder sur chacun des sujets présents, qui sont tantôt éparpillés individuellement aux quatre coins de la scène, tantôt réunis en son centre en une masse puissante. Certaines compositions rappellent d’ailleurs celles de tableaux célèbres issus de la Renaissance italienne, comme La Naissance de Vénus de Botticelli qui revient régulièrement dans le travail de la photographe, semblant constituer pour elle une inépuisable source d’inspiration.

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La photographe derrière A Seat at the Table de Solange Knowles

Grâce à cet univers singulier et cette vision inspirante, Carlota Guerrero a été plus d’une fois sollicitée au cours de ces trois dernières années, par des marques comme Nike, The Nude Label ou Oysho, par de grands magazines de mode dont Teen Vogue et Numéro Berlin, mais également par quelques-un.e.s des artistes les plus novateur.rice.s de la scène musicale contemporaine, à l’instar de sa compatriote Rosalía, du MC londonien Stormzy, ou encore de la talentueuse Solange Knowles.

En 2016, la Barcelonaise a en effet été choisie pour penser l’intégralité de la direction artistique de l’album A Seat at The Table, le deuxième album de la cadette Knowles et l’un des projets R’n’B les plus marquants de l’année 2016.

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"Solange a découvert mon travail sur Instagram et m’a proposé de collaborer sur toute la direction artistique de son projet", poursuivait-elle dans les colonnes de It’s Nice That. "Nous avons eu une belle connexion artistique. Nous avons d’abord réalisé une performance au Tate, et avons poursuivi notre collaboration sur des clips ["Cranes In The Sky" et "Don’t Touch My Hair", ndlr] ainsi que la pochette de l’album A Seat at the Table". Et d’ajouter :

"Solange est une femme forte, talentueuse, bosseuse… Elle m’a beaucoup appris. Elle a une vision très précise de ce qu’elle veut, mais elle m’a aussi laissé énormément de place pour m’exprimer. Nous avons eu énormément de conversations pour trouver un équilibre entre nos deux univers. L’album porte aussi un message très puissant sur la communauté noire, j’ai donc dû apprendre énormément pour l’aider à traduire ce message puissant dans un langage visuel à la fois beau et limpide."

Une œuvre qui encourage l’acceptation de soi

Portée par cette collaboration, Carlota Guerrero est aujourd’hui considérée comme l’une des photographes les plus talentueuses et inspirantes de sa génération, offrant un autre regard, bienveillant et positif, à l’égard de toutes les femmes.

Sur Instagram, où elle est suivie par près de 140 000 personnes, ses photos sont constamment commentées par des dizaines de femmes, originaires de tout pays, qui se disent reconnaissantes de son travail. "Merci de mettre nos rêves en photos", écrivait la mannequin américaine Cameron Russell, qui a plus d’une fois exposé les travers de l’industrie de la mode, en y dénonçant notamment le harcèlement sexuel qui y a lieu.

"C’est juste absolument incroyable", commentait quant à elle l’artiste espagnole Dóri Varga, créatrice du projet Tribe de Mama. "Tes photos continuent chaque jour de satisfaire mes yeux, mon cœur, mon esprit. […] Je ne cesse de tomber amoureuse de ton travail, que je trouve réellement innovant."

Un travail qui contribue activement à casser les représentations stéréotypées du corps féminin, et qui, selon Carlota Guerrero, s’inscrit dans un mouvement global toujours plus grand. "La beauté au naturel est de plus en plus représentée au cours de ces dernières années", affirmait-elle à i-D. Et de conclure :

"D’ailleurs, je parviens enfin à me regarder sans avoir honte, sans me sentir laide à cause de mes traits naturels – un sentiment que j’éprouvais énormément durant mon adolescence. Ce changement, il opère enfin grâce à des femmes sûres d’elles, qui s’exposent d’une manière brute et naturelle, et qui de ce fait, paraissent bien plus belles et bien plus intéressantes que ce que l’on a été habitués à voir dans les photos surproduites des magazines."

Vous pouvez suivre Carlota Guerrero sur Instagram et consulter son travail sur son site.

Par Naomi Clément, publié le 16/01/2019

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