© Hajar Benjida

Rencontre : l'intimité des strip-teaseuses d'Atlanta immortalisée par Hajar Benjida

La photographe néerlandaise a capté les coulisses des strip-clubs, après des heures passées aux côtés des danseuses.

En 2017, Hajar Benjida créait un compte Instagram mettant en scène le rappeur Young Thug aux côtés de chefs-d’œuvre de l’art classique. L’amour de la jeune photographe pour le rap américain n’a pas tari depuis, tant et si bien qu’elle s’est retrouvée l’année dernière en stage à Atlanta, véritable "centre de gravité du hip-hop" selon les mots du New York Times.

L’étudiante néerlandaise, qui arrive très bientôt à la fin de ses études, raconte sa fascination de toujours pour les artistes après leurs concerts : "J’essayais toujours de les prendre en photo en coulisses, sans bracelet VIP ou quoi que ce soit d’autre, juste moi et mon appareil photo", raconte-t-elle.

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© Hajar Benjida

C’est plus ou moins ce même processus qu’elle a suivi à Atlanta l’année dernière, lorsqu’elle s’est mis en tête de photographier des strip-teaseuses dans les vestiaires de leurs clubs. Ses images sont le résultat d’un processus de travail long de plusieurs mois et de nombreuses heures passées aux côtés de ces femmes, après leurs journées ou soirées de travail, à discuter de tout et de rien, parfois sans même rien photographier.

Pour Cheese, Hajar Benjida nous a raconté ses aventures au sein de différents strip-clubs de la capitale de la Géorgie.

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© Hajar Benjida

Cheese | Salut Hajar, la dernière fois que nous nous parlions, tu étais en Hollande en train de travailler ton projet sur Young Thug. Comment t’es-tu retrouvée à Atlanta ?

Hajar Benjida | Oui, c’est vrai ! En fait, je suis en Hollande actuellement. J’étais à Atlanta l’année dernière pour un stage. Le studio photo pour lequel je travaillais était situé juste en face du [strip-club] Magic City. Je l’avais repéré sur Google Maps avant de venir et j’étais aussi surprise qu’excitée d’en savoir plus.

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Pendant mon stage, j’allais beaucoup au club pendant ma pause déjeuner, donc les gens là-bas ont commencé à me reconnaître. Comme j’étais bien occupée avec mon stage, j’avais à peine le temps de prendre des photos pour moi. J’ai fini par me dire qu’il me suffisait de demander au Magic City la permission de photographier les danseuses dans les vestiaires. J’ai pu y aller un après-midi, c’était mon dernier lundi à Atlanta. Quand je suis rentrée aux Pays-Bas et que j’ai vu ce que j’avais pris, j’ai su que ça allait être le sujet de mon projet de fin d’études et je suis retournée là-bas.

© Hajar Benjida

As-tu seulement photographié le Magic City ou es-tu allée dans d’autres clubs ?

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Je suis allée dans plusieurs clubs, mais le point de départ, c’était le Magic City. J’ai pu aller dans un autre club, mais une fois là-bas, je me suis rendu compte que les vestiaires étaient minuscules et qu’il m’était donc impossible d’installer mon matériel là-bas.

C’était plus facile au Magic City parce que je pouvais leur montrer des photos que j’avais prises avant de rentrer aux Pays-Bas. En plus, elles ont beaucoup aimé le projet et elles étaient contentes d’aider une étudiante qui venait tout droit de Hollande pour mener à bien son projet de fin d’études. Ceci dit, j’ai aussi photographié des femmes qui travaillaient dans d’autres clubs.

Ça a été difficile de les convaincre de poser pour tes photos ?

Je voulais prendre en photo ces femmes de façon à ce que leurs histoires touchent un public sensible à l’art et, en général, elles ont toutes adoré l’idée du projet ; certaines femmes ne voulaient cependant pas que je les prenne en train de travailler.

J’avais l’impression d’être dans les coulisses de superstars. Elles sont là pour faire de l’argent et c’est un privilège de passer un moment avec elles.

© Hajar Benjida

Tu as donc pu passer du temps avec tes modèles, apprendre à les connaître et en savoir plus sur leur métier ?

Oui, je passais des heures dans les vestiaires. En général, je finissais par photographier seulement une femme, voire parfois aucune. Mais à chaque fois, j’étais là et je passais un super moment à parler de tout et de rien, de tout ce dont on parle quand on discute avec ses amies, quoi. C’est clair que le fait d’avoir le même âge que la plupart des filles a beaucoup aidé, et le fait d’être une femme aussi.

Le fait de les connaître a-t-il influencé la façon dont tu les photographiais ?

En tant que femme, on comprend comment d’autres femmes veulent être photographiées ou comment elles veulent se présenter au monde. Par exemple, une des filles, Barbi, était clairement la reine du service de jour. C’était une de celles qui se faisaient le plus d’argent avant que ne commence le service de nuit. Elle préférait travailler tôt et, à la fin de son service, vers 18 heures, on passait un bon moment ensemble.

Elle venait toujours avec les faux ongles les plus chers qui soient, mais elle était très naturelle avec son corps et son maquillage. Un soir, je l’ai surprise en train de compter ses liasses de billets avec ses magnifiques faux ongles et je lui ai demandé si je pouvais photographier ces deux éléments. Je trouve que cette photo en dit énormément sur elle sans apercevoir son visage. C’est elle qui a choisi le titre de l’image, "Barbi Billionz".

"Barbi Billionz". (© Hajar Benjida)

Comment as-tu fait pour capter des moments si intimes avec ton gros appareil photo ?

Ce n’était même pas juste mon appareil photo le problème. J’avais aussi mes lumières avec moi, je prenais beaucoup de place dans la pièce. Les services du soir, les lundis, vendredis et samedis notamment, étaient les plus difficiles. J’étais clairement dans le passage parfois mais j’étais devenue amie avec la plupart des employées à ce moment-là et certaines d’entre elles pensaient même que je travaillais là aussi. Elles pensaient soit que j’étais la photographe du club, soit que j’étais moi-même danseuse.

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Vous pouvez retrouver le travail de Hajar Benjida sur son Tumblr, son compte Instagram et son compte dédié à Young Thug.

Par Lise Lanot, publié le 28/08/2019

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