Yamal Peninsula April 2018:
The Arctic Gate terminal is located in the Gulf of Ob, near Cape Kamenny. The first oil was shipped out from the terminal in 2014, and winter out-shipments started in 2015. It was launched as part of the Novy Port oil field development.

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Ce reportage photo en Arctique montre tout le drame du réchauffement climatique

Un reportage primé et nécessaire.

Point Hope, Arctique, Alaska, mai 2018. (© Kadir van Lohuizen/NOOR pour la Fondation Carmignac)

Créé en 2009 suite à une crise de la presse sans précédent, le Prix Carmignac du photojournalisme est né afin de soutenir les photoreporters sur le terrain. Ainsi, depuis 9 éditions, un jury international désigne un lauréat qui reçoit 50 000 euros lui permettant de réaliser un reportage de fond sur le terrain. À son retour, les images sont ensuite exposées et donnent lieu à l’édition d’un livre monographique.

Jusqu’à présent, le prix a permis à des photographes de traiter de Gaza (Kai Wiedenhöfer), du Pachtounistan (Massimo Berruti), du Zimbabwe (Robin Hammond), de la Tchétchénie (Davide Monteleone), de l’Iran (Newsha Tavakolian), de la Guyane (Christophe Gin), de la Libye (Narciso Contreras) et du Népal (Lizzie Sadin).

Pour cette édition, présidée par le climatologue Jean Jouzel et sous le haut patronage de l’ex-ministre de l’Environnement Ségolène Royal, le Prix Carmignac a soutenu le travail de journalistes s’étant rendus en zone Arctique : les reporters Yuri Kozyrev et Kadir van Lohuizen. Pour leur reportage intitulé Arctique : Nouvelle Frontière, les deux reporters ont exploré plus de 150 000 kilomètres pour comprendre les effets du changement climatique sur ce territoire, mutations qui pourraient avoir des conséquences sur le reste du monde.

Un terrain d’affrontements stratégiques

Si l’un des journalistes a exploré le territoire par la route des ports russes, l’autre en revanche a préféré atteindre le territoire par le nord-ouest : tous les deux ont pu témoigner de la fonte des glaces et du dégel du permafrost (c’est-à-dire les sols qui restent gelés pendant au moins deux années consécutives). Pour Jean Jouzel, président du jury et Prix Nobel de la paix en 2007, ce travail photographique est d’une importance capitale :

"Les photos de Yuri Kozyrev et de Kadir van Lohuizen […] nous font découvrir l’Arctique d’aujourd’hui à travers des paysages et une faune qui attirent de plus en plus de touristes, des populations exposées à des climats extrêmes et engagées dans l’exploitation de ressources minières comme le nickel, et de plus en plus dans celle du gaz, du pétrole et du charbon. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la protection de l’environnement ne semble pas au cœur de leurs activités."

Yuri Kozyrev est donc allé suivre les Nénètses, dernier peuple nomade la région qui a dû changer d’itinéraire et de mode de vie pour la première fois de son histoire à cause de la fonte du permafrost. Il s’est aussi rendu à Norilsk pour rencontrer les populations rendues malades par l’exploitation du nickel. De son côté, Kadir van Lohuizen a rencontré des scientifiques qui ont découvert que la calotte glaciaire se déplaçait de 15 cm par jour vers l’océan. Il montre comment cette zone stratégique de l’Arctique est devenue un terrain d’affrontements pour de nombreuses multinationales.

Cette investigation photographique aussi passionnante qu’inquiétante donnera lieu à une exposition à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris du 7 novembre au 9 décembre 2018 et à la sortie d’un livre édité par Reliefs et la Fondation Carmignac. Des images nécessaires, à voir de toute urgence.

Péninsule de Yamal, avril 2018. (© Yuri Kozyrev/NOOR pour la fondation Carmignac. Le terminal Arctic Gate est situé dans le golfe d’Ob, près du cap Kamenny (Russie). Le premier baril de pétrole a été expédié du terminal en 2014, et le transport en hiver a commencé en 2015. Cela contribue au développement de l’exploitation du gisement pétrolier du port de Novy)

Arctique : Nouvelle Frontière par Yuri Kozyrev et Kadir van Lohuizen du 7 novembre au 9 décembre 2018 à la Cité des sciences et de l’industrie.

Par Lisa Miquet, publié le 29/10/2018

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