Une rétrospective sur le travail sensuel de Herb Ritts à la Maison européenne de la photographie

Du 7 septembre au 30 octobre, la Maison européenne de la photographie, à Paris, met à l'honneur une rétrospective sur la vie et l'œuvre de Herb Ritts.

herbritts-1

Stephanie, Cindy, Christy, Tatjana, Naomi, Hollywood 1989. © Herb Ritts Foundation.

Légères, harmonieuses, les photographies de Herb Ritts présentent un équilibre entre l'exaltation du corps et l'évidence de la lumière sur les visages. Retour sur un homme qui a marqué le milieu de la mode avec ses nus et ses sculptures grecques modernes.

Publicité

Un esthète baignant dans un milieu mondain

Publicité

Né dans le cadre d'un mois d'août 1952, solaire et hollywoodien, dans le sud de la Californie, à Brantwood, entre grandes demeures californiennes et rangées de palmiers, Herb Ritts a connu une enfance paisible et des études prestigieuses aux côtés de ses parents commerçants. Dans un entretien datant des années 1990 avec The Bardian, il rappelle comment la photographie est entrée dans sa vie : "Après mon bac, j’ai travaillé un certain temps dans l’entreprise familiale, puis, un appareil photo m’est littéralement tombé sous la main et j’ai commencé à photographier mes amis. Puis, de fil en aiguille, c’est devenu un travail."

La photographie a finalement largement dépassé le stade de la curiosité quand Newsweek a publié un de ses clichés : un portrait de Jon Voight et Ricky Schroeder, en 1978. Herb Ritts avait eu accès, de façon privilégiée, au plateau de tournage du film Le Champion de Franco Zeffirelli, dans lequel jouaient ces deux acteurs. Un peu plus tard, son ami Matt Collins, mannequin beau et célèbre, l’introduit auprès du cinéaste et photographe Bruce Weber qui, à son tour, le présente à Charles Hix, expert en mode masculine. Dans un livre sorti peu après, intitulé Dressing Right : a Guide for Man, 40 photos en noir et blanc sont signées Herb Ritts.

Un photographe de mode reconnu

D’autres apparitions fulgurantes suivront. Par exemple en octobre 1978, Vogue publie un portrait de Richard Gere, encore jeune, que son ami Herb a capturé dans un garage lors d'un road trip à travers le désert de Californie. Ce portrait marquera un tournant dans la carrière de l'un et de l'autre, érigeant Herb en portraitiste reconnu. Très vite, il s’affirme comme photographe de mode, même s’il ne vit pas à New York, considérée comme étant la Mecque de la profession à cette époque. Ses clichés satureront les revues des années 1980 et il signera de nombreuses campagnes publicitaires avec des stars hollywoodiennes, naissantes ou confirmées, jusque dans les années 1990.

Publicité

Cultivé et passionné d’art dans un milieu mondain où il fréquente les grands noms de la mode, du cinéma et du show-biz, Herb Ritts, également collectionneur, connaît bien l’histoire de la photographie. Ses images sensuelles sont souvent comparées à celles d’Edward Weston, un autre photographe américain qui usait du noir et blanc de manière similaire. Coquillages, dunes, soleil et corps : autant d’éléments qui reviennent comme un leitmotiv dans les séries que Herb Ritts réalise. Il s'intéressait notamment aux compositions classiques de la sculpture grecque, et inventait de nouvelles notions plastiques dans le dialogue entre le corps et l’air. Fasciné par la rigueur des photographes d'antan (Horst P. Horst, George Hoyningen-Huene, Herbert List, pour n'en citer que quelques-uns), il a toujours essayé de comprendre le jeu de la lumière et du volume pour célébrer la splendeur des corps, et ce jusqu'à sa mort en 2002, sous le soleil de Californie.

Herb Ritts, en pleine lumière

Intitulée "Herb Ritts, en pleine lumière", l'exposition revient sur les images les plus célèbres de ce photographe, marquées par le soin qu'il apportait à la lumière. À travers des clichés de visages insouciants, présentant un noir et blanc un peu diaphane et des corps lisses, Herb Ritts ne propose pas sa vision du monde mais nous invite à le voir comme nous le voudrions. On retrouve dans toutes ses photographies les éléments naturels qui nourrissaient son regard tels que le vent, la lumière, l'immensité des espaces, l'horizon infinie et, bien sûr, la terre de Californie. Ces thèmes sont sublimés par les corps des modèles masculins et féminins dans un travail mêlant spontanéité et composition, glamour naturel et poses sophistiquées.

Au fil de l'exposition, on retrouve des clichés et des films qu'on a vus des centaines de fois, comme celle des mannequins nues dont les corps s'emmêlent, de William Burroughs qui cache son regard derrière ses grandes lunettes, de Liz Taylor rasée après son opération d'une tumeur au cerveau ou encore celle qui montre une Madonna sensuelle. Cette dernière a d'ailleurs fait appel à lui pour la construction de son image multiforme et pour la pochette de son troisième album True Blue (1986). Ce qui touche particulièrement quand on regarde le travail de Herb Ritts, c'est qu'il ne se contente pas de statues vivantes et de formes parfaites. Il aime aussi aborder la matérialité fragile de ce qu'il photographie : les textures des vêtements portés ou le contact de la peau d'une femme sur une matière, tout ce qu'on peut ressentir d'atmosphérique dans l'image. Avec une approche plastique, il crée un motif sensoriel pour chaque photo : comment un corps réagit à l'eau qui le frappe, au vent qui le caresse, au soleil qui le brûle.

Publicité

Même si ses œuvres répondaient presque toujours à une commande, Herb Ritts a considérablement changé la perception de la photographie commerciale par rapport à la photographie artistique, en ajoutant sa sensibilité, ses connaissances, ses inspirations et ses souvenirs de Brantwood.

herbritts-2

Backflip, Paradise Cove 1987. (© Herb Ritts Foundation)

L'exposition est accompagnée d'un livre publié aux éditions Contrasto.

"Herb Ritts, en pleine lumière", exposition du 7 septembre au 30 octobre, à la Maison européenne de la photographie (5-7, rue de Fourcy, Paris 4e).

Par Donnia Ghezlane-Lala, publié le 14/09/2016

Copié

Pour vous :