© Otto Zinsou

À quoi rêve la jeunesse queer française ? 3 photographes répondent

Pour le Pride Month, on vous présente trois talents qui dédient leur travail à la représentation des identités LGBTQI+.

Derrière leur objectif, les photographes écoutent et subliment les espoirs et les désirs des générations qui défilent devant eux, capturant leur essence pour la postérité. La communauté queer, ses fêtes, ses ambiances incomparables sur le dancefloor, ses rassemblements et sa quête d’identité leur offrent d’infinies possibilités pour immortaliser une jeunesse qui danse comme elle milite. Ces possibilités, les trois photographes que nous vous présentons, les explorent tous les jours, mais surtout la nuit.

Otto Zinsou

Photographe nocturne, Otto Zinsou est aussi mannequin depuis deux saisons. Entre les Fashion Weeks, sa silhouette longiligne arpente les soirées parisiennes à la recherche du détail parfait, de l’instant d’abandon heureux.

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Quel est ton meilleur souvenir photo ? Ton image la plus touchante ?

Avec assurance, mes meilleurs souvenirs photo sont ceux que j’ai pu partager avec des personnes que j’ai aimées. Même si les sentiments ne sont plus, ou sont autres, restent à jamais figés la tendresse, le désir, et l’amour dans un regard. C’est presque magique, de pouvoir graver les sentiments à tout jamais. Ça doit certainement être la raison qui explique que les photos qui me touchent le plus sont celles qui capturent les moments d’affection et de proximité entre deux personnes.

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À quoi rêve la jeunesse queer de France selon toi ?

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De beaucoup de choses, à mon avis. À commencer par ne plus avoir peur : de porter une robe lorsqu’on a une barbe, de se faire casser la gueule dans le métro lorsque l’on tient la main de sa/son partenaire ou que l’on sort en drag-queen, peur que le fait de s’outer [faire son coming out, ndlr], dans quelque sphère que ce soit (familiale, amicale, professionnelle), ait des répercussions excluantes, violentes, négatives en somme.

Autrement dit, cette jeunesse rêve de ne plus être stigmatisée pour ce qu’elle est, ni en soi, ni pour ses revendications (ces deux choses s’alimentant mutuellement), soit l’abolition des normes de genre et de sexualité, et de manière plus générale, celles qui régissent cette société patriarcale et hétéronormée.

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Qu’est-ce qui te touche le plus quand tu fais le portrait d’une personne queer ?

J’aime ce qui fait d’elle cette personne, précisément. C’est ce qui explique pourquoi je m’attarde autant sur les détails. Lorsque l’on regarde mes albums, les portraits ne sont pas tant que des "photos de visages" des sujets mais plutôt des photos de ce qui les compose. Une langue percée sur une paille, un harnais sur un torse, des tatouages, une main dans des cheveux ou dans une poche, une moustache appuyée au mascara, un doigt sur une branche de lunettes, des paillettes sur les yeux, une chaîne autour d’un cou, une couronne sur la tête, un piercing au téton… Autant d’éléments réunis qui font, esthétiquement, la singularité et la beauté du milieu queer.

Linda Trime

L’univers de Linda Trime est peuplé de créatures en harnais, de féministes radicales et de fesses rebondies. Si sa palette est colorée, ce n’est que pour mieux laisser la place au mystique, et révéler le double maléfique qui se cache en chacun de nous.

Quel est ton plus beau souvenir photo ? Ton image la plus touchante ?

Ils sont tous beaux, mais il y a ce petit couple de queer américain.e.s, qui fabriquent des harnais, qui étaient de passage à Paris un jour. Le couple est venu chez moi, on ne se connaissait absolument pas. J’ai fait du thé, puis je me suis retrouvée à poil dans ma cuisine, en harnais, et Ali me photographiait. Puis à mon tour, je les ai photographié·e·s, dans leur création et je crois que le résultat a été un gros cap pour moi, aussi bien visuellement qu’en termes d’expérience : je n’avais jamais travaillé avec de parfait·e·s inconnu·e·s, et encore moins posée pour, nue.

Mon image la plus touchante, je crois que c’est une photo de Clair·e (mon partenaire) et moi il y a quelques années, l’after où on a officialisé. Cette petite touche de WTF de lendemain et le souvenir cheesy que j’en ai la rend très chère à mon cœur.

À quoi rêve la jeunesse queer de France selon toi ?

Elle essaye de vivre ses rêves, en n’oubliant pas de rêver à côté. Le futur pas si lointain semble un peu dark sur papier, alors je crois qu’elle essaye juste de faire au mieux avec ses ressources. Et elle en a. Elle n’a juste pas le mode d’emploi.

Qu’est-ce qui te touche le plus quand tu fais le portrait d’une personne queer ?

Toutes les personnes, toutes les rencontres me touchent. Toutes les images sont une expérience spéciale. Un regard, un mot, une énergie, ça n’a pas d’étiquette. C’est sans doute ça qui me touche vraiment : je ne vois pas des queers, je vois des gens.

Jean Ranobrac

Étudiant aux Gobelins, Jean Ranobrac est le photographe de la renaissance du mouvement Club Kids, ces drag-queens juniors aux looks déjantés. Résident à la flamboyante soirée Kindergarten, il réalise aussi de magnifiques portraits.

Quel est ton plus beau souvenir photo ? Ton image la plus touchante ?

Mes plus beaux souvenirs photo sont ceux où le sujet se trouve magnifique, et où pendant le shooting, je sens que ça lui apporte du réconfort. Mon image la plus touchante est assez récente, et est le résultat d’un trio incroyable entre Tiggy Thorn et Hasim Akbaba. Quand on est arrivés à ce résultat, je suis directement tombé amoureux de cette image, parce qu’elle est belle et qu’elle représente une super partie de ma vie.

À quoi rêve la jeunesse queer de France selon toi ?

La jeunesse queer rêve que les existences de chacun puissent être plurielles et non entravantes dans le quotidien. Que les différences soient des non-événements pour tout le monde, que l’acceptation soit de mise et qu’on puisse vivre heureux ensemble.

Qu’est-ce qui te touche le plus quand tu fais le portrait d’une personne queer ?

Les personnes queer sont passées par des stades de réflexions sur le monde, le genre et l’identité. C’est à chaque fois un honneur de permettre de leur donner de la visibilité, et je suis fier quand elles sont fier·ère·s de pouvoir exister de manière complète.

Par Apolline Bazin, publié le 27/06/2019

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