Sans Napoléon III, nous n'aurions (probablement) jamais eu le JPEG

L'empereur est à l'origine de l'union internationale des télécommunications (UIT) qui uniformise les protocoles de communication.

Une institution internationale méconnue est à l’origine de tous les protocoles d’utilisation des télécommunications ou de l’informatique. Et sa création remonte au XIXe siècle. Vous avez très probablement déjà vu le mot "JPEG" : c’est un format d’image compressée très utile pour Internet. Et comme tout le monde, vous avez maintes fois composé un numéro de téléphone, dépensé votre argent grâce à une carte et un terminal de paiement électronique…

Vous ne vous en rendez pas compte, et c’est voulu, mais tout ceci a été rendu possible par l’Union International des Télécoms (UIT). Aussi discrète qu’incontournable, cette institution internationale est vouée à uniformiser les protocoles de communication quels qu’ils soient. Le but est de rendre l’utilisation de ces communications le plus fluide possible pour les utilisateur·rice·s et de gommer entièrement les frontières des pays.

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Une ambition d’uniformisation

Cette ambition d’uniformisation et de fluidification à l’échelle internationale remonte au XIXe siècle et est restée intacte jusqu’à aujourd’hui. "Les technologies changent mais le besoin de communication global reste. C’est pourquoi l’UIT a plus de 154 ans d’existence", explique Bilel Jamoussi, chef du département des commissions d’études au secteur de normalisation des télécoms de l’UIT.

L’UIT voit le jour en 1865 à Paris. Les représentants d’une vingtaine de pays européens sont rassemblés au Quai d’Orsay à l’invitation de Napoléon III, qui portait un grand intérêt aux nouvelles technologies. L’objectif était de créer un réseau interopérable entre la quarantaine de pays fondateurs pour le… télégraphe.

"Au début, le réseau de télégraphe était à la charge nationale donc pour envoyer un télégraphe d’un pays à l’autre, on devait imprimer le télégraphe à la frontière, transmettre cette impression papier pour renouveler l’encodage de l’autre côté de la frontière", raconte Bilel Jamoussi.

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Passée sous l’égide de l’ONU en 1947, aujourd'hui l’UIT compte parmi ses membres 193 pays, plus de 700 entreprises et environ 150 centres de recherches et universités. L’union a su évoluer avec les technologies et a pu passer des télégraphes à la radio, au téléphone fixe, mobile, à l’ordinateur, à Internet…

Toujours plus

"Aujourd’hui nous travaillons sur des nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle, le blockchain, les voitures autonomes, le machine learning ou la technologie quantique", continue le chef du département. En chemin, l’Union a élaboré quantité de normes que nous pratiquons au quotidien comme le réseau X25, premier réseau de data, toujours utilisé par des systèmes de paiement électronique dans des supermarchés.

Sans son travail il aurait aussi été très difficile d’unifier un réseau rassemblant 7 milliards d’utilisateur·rice·s de téléphone mobile. Les numéros sont basés sur la norme E164, qui définit la structure du numéro de téléphone. Une partie pour le code du pays (+33 pour la France par exemple) puis les chiffres qui déterminent l’opérateur et enfin l’utilisateur final. Un système connu et utilisé par tous qui permet de parler à n’importe qui, n’importe où sur le globe.

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Pour aboutir à une nouvelle norme, un manque est signalé par l’un des membres. En ce moment par exemple, des constructeurs automobiles cherchent à mettre au point un système d’appel d’urgence automatique en cas d’accident pour mettre en relation les centres d’appels d’urgence avec les passager·ère·s accidenté·e·s.

La naissance du JPEG

C’est ce même processus qui a donné naissance au JPEG. Ce standard a été publié par l’UIT en 1992, et représente l’acronyme de Joint Photographic Experts Group. Il est le fruit du travail de ce groupe d’experts, formé en 1986, qui lui-même s’appuyait en premier lieu sur les recherches de Nassir Ahmed, informaticien et ingénieur indo-américain, sur des techniques de compression d’images ayant abouti dès le début des années 1970.

Une ambition napoléonienne qui traverse les guerres et les révolutions, politiques et technologiques, des centaines de personnes aux profils très différents qui cogitent des heures. Et au bout du compte, on a une personne qui crée un mème qui te fait marrer, à l’autre bout du monde, assis sur ton canapé bloqué sur ton téléphone. C’est pas celle-là la mondialisation qu’on aime ?

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Par Jean-Louis Lareille, publié le 24/03/2020