© Vikram Kushwah

Un artiste a imaginé l’enfance qu’il aurait pu avoir sans les sacrifices de ses parents

Une fois adulte, le photographe est venu pour la première fois à l'école dans laquelle son père a enseigné pendant 35 ans.

Arrivé à l’âge adulte, et après avoir déménagé de son Inde natale, le photographe Vikram Kushwah a décidé de se pencher sur son enfance, ou plutôt sur l’enfance qu’il n’a pas eue. Issu d’une famille très modeste, le petit garçon a fait ses études dans les internats d’écoles privées réputées "aux côtés de fils de diplomates", bien loin du quotidien que connaissait son père en tant que professeur dans une petite école publique de village.

"Mon père, le professeur." (© Vikram Kushwah)

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Désormais résidant britannique, le photographe nous a raconté la genèse de The Education I Never Had ("L’éducation que je n’ai jamais eue"), un projet intime, sous forme de retour aux sources : 

"J’ai commencé à réfléchir à cette série de photos parce que les énormes différences entre ma vie et celle de mon père me fascinaient. Bien que j’ai toujours connu sa vie domestique avec nous (ma mère et moi, à la maison), je n’avais jamais vu l’endroit dans lequel il allait travailler depuis 35 ans. 

Tout était polarisé autour de cette école dans laquelle il enseignait. Je ne faisais qu’entendre des histoires sur ce lieu, et c’était donc devenu une sorte de légende – un endroit sans électricité, avec un sol sale et un seul immense arbre qui donnait un peu d’ombre aux enfants pendant la chaleur des étés, etc. 

Après avoir fait mes photos, je me suis rendu compte qu’il y avait une histoire à raconter à propos de la vie stagnante de mon père et de la mienne, privilégiée."

La série de photos est accompagnée des mots de Julie Bolitho, qui retracent les concessions faites par ses parents pour lui offrir la meilleure éducation possible tout en, de ce fait, l’écartant de leur quotidien et du quotidien de la majorité des enfants de leur région.

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"Des amis en pull rouge". (© Vikram Kushwah)

Si Vikram Kushwah est fils unique, c’est d’ailleurs parce que ses parents savaient qu’ils ne pourraient offrir l’éducation qu’ils souhaitaient pour leur progéniture à plus d’un enfant : "[Mes parents] ont vécu dans un minuscule studio pendant 18 ans pendant que je jouais au cricket et étudiais la physique avec des fils de diplomates", raconte l’artiste.

The Education I Never Had ne prend pas seulement la forme d’une reconnaissance infinie envers ses parents, c’est aussi une visite à un monde que Vikram Kushwah ne connaîtra jamais, lui qui est devenu photographe ("une profession que mes parents ne comprennent toujours pas"), qui a épousé une étrangère ("un autre concept très difficile pour eux au début") et qui a déménagé à l’étranger ("peut-être la chose la plus difficile à accepter pour eux").

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Ses images mettent en lumière des enfants "beaux, joueurs, différents" dont "l’intellect et les talents n’éclateront peut-être jamais au grand jour simplement parce qu’ils sont pauvres". Lettre d’amour à ses parents, journal en quête d’identité, réflexion sur les classes sociales et le système éducatif indien, les images de Vikram Kushwah sont plurielles et composées de différentes couches de compréhension.

"Les enfants de mon père". (© Vikram Kushwah)

"Bengali Babu". (© Vikram Kushwah)

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"Leçon à l’ombre du ficus". (© Vikram Kushwah)

"La professeure". (© Vikram Kushwah)

"Les enfants de mon père 02". (© Vikram Kushwah)

"Les garçons se recoiffent". (© Vikram Kushwah)

Vous pouvez retrouver le travail de Vikram Kushwah sur son site et sur son compte Instagram.

Par Lise Lanot, publié le 10/12/2019

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