Rencontre : la violence faite aux femmes dénoncée dans une série photo engagée

Quand deux créatrices unissent leurs talents pour faire bouger les lignes.

© Marie Rouge et DZ

Comme chaque année, le 8 mars célèbre la journée internationale des droits des femmes. C’est-à-dire que ce n’est ni "la journée de la femme" ni la "Sainte Gonzesse", mais bien l’occasion de faire un état des lieux des avancées dans la lutte pour l’égalité et de mettre en lumière le chemin qu’il reste encore à parcourir. À cette occasion, la créatrice du compte Instagram "DZ la nuit le jour" s’est associée à la photographe Marie Rouge afin de réaliser trois images fortes, pour parler de la violence faite aux femmes. Des clichés pop et colorés qui contrastent, avec justesse, avec un propos lourd. Nous avons échangé avec la créatrice du compte DZ pour mieux comprendre leur initiative.

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Cheese | Qu’est-ce qui vous a donné envie de prendre la parole sur ce sujet ?

DZ | Je voulais parler des violences conjugales sous l’angle du déni. Dans notre société, beaucoup d’entre nous veulent être toujours parfaites, sur Instagram, en soirée, avec ses collègues. Faire bonne figure, coûte que coûte, s’apparente presque à de l’instinct de survie. C’est une survie sociale. On apprend à se mentir à soi-même quand on est victime de violences, car c’est un constat d’échec. C’est sa confiance en soi qui est blessée au-delà de la chair.

Les trois photos abordent chacune un aspect différent : Aïe miss you montre l’attachement, la dépendance et le défi psychologique qui consiste à se défaire d’un pervers narcissique. Un amour à couper le souffle parle du fantasme de l’amour passionnel, une histoire que l’on se raconte à soi-même et que l’on raconte aux autres pour se justifier.

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Les deux premières phrases sont tournées de manière à percevoir cette forme de déni, lorsque l’on refuse de considérer son amant comme un bourreau et de se voir en victime. La troisième photo est une décision. Un poing c’est trop. Il y a une évolution dans la psychologie du personnage. Réussir à mettre un terme à ce qui a déjà existé, c’est l’enjeu.

Je pense que l’art peut aider au quotidien à comprendre des choses de la vie, à se sentir moins seul. L’art est fait par des gens blessés, qui ont transformé leurs maux en quelque chose de partageable. De l’altruisme, pourquoi pas, un purgatoire, sûrement. La musique, le cinéma m’ont beaucoup apporté. Je cherche à créer le déclic. Si une seule personne est touchée par mon message et se reconnaît, c’est gagné. C’est comme si j’avais rendu la pareille. Mais on ne rend que les bisous, on ne rend pas les coups. C’est ma philosophie.

Comment est née votre collaboration ?

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J’ai pensé tout de suite à Marie Rouge pour ce projet, car j’aime son travail, premièrement, et aussi parce que nous partageons les mêmes valeurs. Des valeurs qui vont dans le sens du respect et de la liberté pour chacune. Elle a accepté tout de suite car le sujet la touche aussi. C’est une artiste et une personne très ouverte d’esprit, qui vit ses valeurs au quotidien. Elle est photographe pour les soirées mythiques de Barbieturix, elle shoote pour la mode, tire le portrait de différents artistes. Tous ces milieux dans lesquels elle navigue créent son univers si singulier.

Comment avez-vous travaillé pour réaliser cette série ensemble ?

J’ai écrit les phrases et pensé aux emplacements sur le corps dans le même temps, parce que les deux se font écho. Les couleurs sont dans l’esthétique de mon compte Instagram "DZ la nuit le jour", pour lequel j’ai fait cette série. Je voulais que le résultat soit tranché, vif. Je savais que Marie allait capter mon envie, car ses photos sont souvent très colorées, je trouvais que ça allait bien avec nos deux univers.

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On a shooté une après-midi en studio. L’une de mes sœurs, Vanessa, est venue nous prêter main-forte. Elle est body painter et elle exerce sous le nom de "La mouche des marquises". C’est elle qui a écrit les phrases sur moi.

Pourquoi cette série est importante pour vous ?

Je me sens concernée par la question des femmes de manière globale. Je suis une femme, une travailleuse, je suis aussi une sœur, une amie et peut-être qu’un jour je serai une mère. Toute ma vie, j’ai collecté des témoignages de proches, observé des situations. C’est comme une map géante dans ma tête, constituée des récits de ces femmes, entremêlés à mes propres expériences.

En grandissant, j’ai compris qu’il y avait une inégalité flagrante entre les hommes et les femmes, à beaucoup d’égards. Il y a toute une éducation à repenser pour les générations futures. Il y a des femmes victimes de violences conjugales, loin de chez nous, sur d’autres continents, qui sont dans des situations familiales extrêmement complexes avec des codes sociaux très différents des nôtres ici en France. On sait que pour certaines, le chemin vers la liberté et l’indépendance est encore très long.

Cependant, en France, il y a encore beaucoup de citoyens sceptiques – hommes et femmes – qui pensent que les combats féministes actuels ne sont que fioritures ou misandrie. S’il y a un chiffre à donner, c’est peut-être celui-ci : en 2018 ce sont 219 000 femmes en France qui ont été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint.

Ce projet photo est une petite fenêtre ouverte sur une montagne de sujets à aborder concernant les femmes et les hommes, parce qu’on ne parle pas de l’un sans l’autre. C’est mon premier projet vraiment engagé et il y a en aura d’autres. C’est le premier acte.

© Marie Rouge et DZ

© Marie Rouge et DZ

Retrouvez le travail de DZ la nuit le jour et de Marie Rouge sur leurs comptes Instagram.

Par Lisa Miquet, publié le 08/03/2019

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