Par Lisa Miquet

Le prix Levallois pour la jeune création photographique internationale vient de dévoiler ses lauréats, l’occasion de découvrir des talents émergents.

Depuis 10 ans, le prix Levallois soutient la jeune photographie en récompensant chaque année des artistes de moins de 35 ans. Pas de thème ni de formats imposés, les participants au prix sont seulement jugés sur leurs projets. Orienté principalement vers la photographie contemporaine, le prix est une belle opportunité puisqu’il offre au grand gagnant une mise en avant médiatique, une dotation de 10 000 euros ainsi que la possibilité d’exposer du 5 octobre au 24 novembre 2018 à la galerie de l’Escale de Levallois. Nouveauté cette année, le lauréat sera marrainé par Valérie Jouve, photographe renommée qui accompagnera le gagnant dans son travail.

Cette année encore, la compétition a attiré plus de 700 candidatures, en provenance de 71 pays différents. Dans un premier temps, le jury a sélectionné une quinzaine de finalistes pour finalement récompenser trois photographes, annoncés le 5 juillet dernier à l’École nationale supérieure de la photographie à Arles. Catherine Dérioz et Jacques Damez, les directeurs artistiques de cette édition, ont d’ailleurs tenu à s’exprimer sur l’importance de la diversité des candidats :

"Il n’est pas ici question de faire un travail sociologique et encore moins statistique. Néanmoins, nous pouvons souligner la diversité des nationalités présentes pour cette édition. Un nombre remarquable de dossiers venant des pays de l’Est et une répartition très équilibrée entre les continents. Environ un tiers de dossiers hors de France, ce qui montre l’ouverture internationale du prix Levallois.

Les trois séries primées sont traversées par le documentaire, alliant partis pris esthétiques, recherche d’une distance critique et d’une justesse afin de nous faire découvrir et ressentir des territoires, des situations humaines et géopolitiques."

Lauréat 2018 : Pierre-Élie de Pibrac

Desmemoria, ou les oubliés du rêve révolutionnaire. (© Pierre-Elie de Pibrac/Agence VU, Desmemoria 2017)

Pour Desmemoria, Pierre-Élie de Pibrac s’est rendu à Cuba pour témoigner de la vie des Azucareros, un peuple vivant du (et pour le) sucre, dont il tire son nom, et connu pour être révolutionnaire dans l’âme. L’artiste raconte :

"En immersion dans le cœur de Cuba, je suis parti à la rencontre des habitants des bateyes – villages – des centrales sucrières toujours en activité ou désaffectées et des travailleurs du sucre pour témoigner de ces vies sacrifiées et immortaliser ces métiers si emblématiques de l’île, condamnés à disparaître. Qu’ils soient fantomatiques ou habités, les bateyes sont les théâtres du désenchantement de la société cubaine. Il y règne une ambiance pesante qui souligne la solitude, la précarité, et l’isolement dont souffre la grande majorité des Cubains du sucre."

Prix du public : Camille Shabestari

Ainsi parlait Zarathoustra, 2017. (© Camille Shabestari)

Alors que les religions restent encore un sujet sensible, Camille Shabestari s’est intéressée à la plus vieille religion monothéiste encore pratiquée du monde : le zoroastrisme. Peu connu à ce jour, le courant survit en Iran, son pays d’origine. L’artiste raconte l’histoire de cette religion :

"À l’époque, cette croyance s’étendait sur tout l’Empire perse, mais celle-ci sera considérablement réduite lors de l’invasion des Arabes et de l’islam au VIIe siècle. Depuis, celle-ci survit principalement et discrètement en Iran, en Inde et au Kurdistan irakien. J’ai eu la chance d’accéder à une toute petite partie de cette communauté difficilement accessible. Depuis quelques années, de plus en plus de musulmans se tournent vers cette religion vieille de plus de trois millénaires. Toutefois, suite à cette communauté de nouveau grandissante, une tension s’est installée entre elle et le gouvernement iranien qui, indirectement, invite à la discrétion et au silence."

Mention spéciale : Emmanuel Tussore

Home, 2017. (© Emmanuel Tussore)

Si la guerre sévit à Alep, on trouve encore son célèbre savon dans nos grandes surfaces. Alors qu’il date de l’Antiquité dans la région du Levant, le savon a été introduit en Occident seulement au XIIe siècle. Emmanuel Tussore s’est donc intéressé à cette matière qu’il qualifie "d’organique, fragile et malléable". L’artiste travaille la matière, la sculpte puis la photographie. Un travail qui convoque les notions de guerre, de perte, d’exil, mais aussi le passé et la destruction.